Guinée - Retour sur l’année 2018

Guinée - Retour sur l’année 2018

27 décembre 2018 - par Raphaël Lambal 
 - © wmc - Pyspic
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Il y a 60 ans, en 1958, la Guinée a acquis son indépendance, devenant ainsi le premier pays indépendant des anciennes colonies françaises d’Afrique. Le pays a donc fêté en cette année 2018 les 60 ans de son indépendance acquise. À l’heure du bilan, force est de constater que la Guinée n’a pas été au rendez-vous du développement tant espéré.

POLITIQUE

La liberté dans la richesse
La Guinée fête ses 60 ans d’indépendance. Qu’avons-nous réussi ? s’est interrogé Ahmed Tidiane Sylla, éditorialiste à mediaguinee. Ce journaliste a rappelé qu’en ce jour du 28 septembre 1958, la Guinée votait NON au référendum de Charles de Gaulle et proclamait son indépendance le 2 octobre de la même année, sous le signe de la célèbre phrase du premier président, Ahmed Sékou Touré, « Nous préférons la liberté dans la pauvreté à la richesse dans l’esclavage ». Par cette déclaration, rappelle-t-il, le jeune État se faisait admirer par d’autres jeunes nations du tiers-monde et s’attirait le respect des leaders révolutionnaires et panafricanistes. On espérait donc que cette indépendance serait le point de départ pour le développement économique et humain de la Guinée.

Notre confrère poursuit que, de 1958 à nos jours, après trois régimes présidentiels et une transition militaire, la nouvelle génération, plus nombreuse que les témoins d’alors, se pose d’innombrables questions sur ce qu’a apporté cette indépendance, célébrée avec tant faste, dont la suivante : qu’avons-nous réussi après 60 ans d’indépendance ? Et toute une série de questions a suivi cette première :

Avons-nous réussi à rassembler le peuple de Guinée et à faire de notre pays une nation unie ? Avons-nous cessé de nous voir au-delà des clichés ethniques et régionalistes ? Avons-nous réussi à faire de notre pays une nation émergente où les fruits du développement bénéficieraient à tous les fils et une destination des investisseurs ? Avons-nous réussi à nous procurer d’institutions fortes pour mieux qualifier notre démocratie ? Avons-nous réussi à améliorer le niveau des infrastructures de notre pays, nécessaire à tout développement ? Avons-nous réussi à améliorer notre système éducatif et sanitaire pour offrir aux enfants de ce pays le bien-être et le mieux-être ?

Notre confrère relève avec justesse qu’aujourd’hui, la nouvelle génération veut plutôt dire « nous préférons la liberté dans la richesse » pour célébrer une indépendance sous le signe d’une « meilleure gouvernance au bénéfice de tous ».



À quand la justice avec après les évènements du 28 septembre 2009 ?
Près d’une décennie après les tragiques évènements du Stade du 28 septembre à Conakry, personne n’a encore été jugé en Guinée. Au moins 156 personnes furent massacrées et plus d’une centaine de femmes violées. Les organisations de défense des droits humains qui ont attiré l’attention sur ces faits ont rappelé que si l’instruction est clôturée depuis fin 2017, il est impératif que les juges soient nommés et qu’un calendrier soit établi pour ouvrir le procès en 2019.

En avril dernier, le ministre de la Justice, Cheick Sako, a mis en place un Comité de pilotage du procès chargé de son organisation pratique. Ce comité devait se réunir toutes les semaines, mais il n’a tenu que deux réunions en six mois, faisant planer des doutes sur la tenue rapide d’un procès. Pourtant, selon les organisations de défense des droits humains, le procès est à portée de main d’autant plus que plusieurs bailleurs internationaux se disent toujours prêts à le soutenir. Et de poursuivre qu’il n’y a désormais plus aucune raison de ne pas avancer rapidement vers la tenue du procès. Mais sans la volonté politique, l’affaire risque de s’enliser, alors qu’elle est attendue depuis près de 10 ans par les victimes, leur famille, et tout le peuple guinéen.

Le président de l’Organisation guinéenne des droits de l’homme, Abdoul Gadiry Diallo, a soutenu que la société guinéenne attend le jugement des auteurs des crimes politiques les plus récents et infamants pour mettre fin à l’impunité totale. Il est maintenant temps, dit-il, qu’un nouveau chapitre commence et que les victimes comme les accusés des crimes commis le 28 septembre 2009 puissent être entendus devant la justice.

Démission du Haut représentant du président de la République
Nommé par le chef de l’État au lendemain de la présidentielle de 2015, l’opposant Sidya Touré a démissionné le 11 décembre 2018. Il a justifié son geste par le fait que pendant trois ans, il n’a pu faire aboutir aucun des dossiers qui lui tenaient à cœur à savoir l’agriculture, l’éducation, la santé, l’énergie. Il a dénoncé la gestion informelle de l’État, sans aucune structure sur laquelle il est possible de s’appuyer pour bâtir un dossier solide que l’on peut mener à son terme. L’ancien Premier ministre affirme avoir œuvré pendant trois ans comme Haut représentant sans salaire ni budget. Il dit s’être battu pour que les recettes minières servent à lancer des projets sérieux, comme cela a été fait dans les autres pays de la sous-région, mais sans succès.

En réaction, les partisans d’Alpha Condé accusent Sidya Touré de faire des déclarations populistes et des calculs politiques. Pour eux, ce geste est plutôt à lire dans la perspective des législatives prévues en 2019 et de la présidentielle de 2020. Pour eux, il s’agit plus d’un positionnement en alternative pour les électeurs qui ne se retrouvent ni dans la mouvance présidentielle ni dans l’opposition incarnée par Cellou Dalein Diallo. Le désormais ex-Haut représentant d’Alpha Condé a d’ailleurs d’ores et déjà annoncé qu’une liste de l’UFR sera présentée lors des prochaines législatives.


Le président Alpha Condé au Parlement européen
© Flickr - Parlement européen

ÉCONOMIE

La Société minière de Boké (SMB-Winning), un consortium guinéo-chinois et les autorités guinéennes ont signé en novembre 2018 trois conventions d’une valeur totale de trois milliards de dollars. Ces conventions portent sur la construction d’une raffinerie, d’une voie ferrée de 135 km et l’acquisition de nouveaux permis d’exploitation de bauxite dans le nord-ouest du pays.

Ce consortium qui exploite la bauxite dans le nord-ouest de la Guinée accélère la cadence. Après avoir inauguré une route dite « de l’entente » qui relie la ville de Boké au port de Katougouma sur 16,5 km et un centre opérationnel dans la sous-préfecture de Kamsar pour contrôler le trafic maritime, le consortium a signé ces trois conventions avec le gouvernement guinéen pour concrétiser son projet de ligne de chemin de fer pour désenclaver le corridor de Bossa, annoncé depuis un an.

Le ministre guinéen des Mines et de la Géologie, Abdoulaye Magassouba, a indiqué que ces conventions répondent à la volonté du président de la République qui tient à la transformation locale des matières premières et veut faire du secteur minier un levier de développement et un facteur d’intégration économique.

Les activités de la Société minière de Boké qui ont démarré en 2015 ont vu la production de bauxite passer de 12 millions en 2016 à 31 millions de tonnes en 2017. Il projette de doubler ces chiffres grâce aux nouveaux gisements de Santou et de Houda, dans la préfecture de Télimélé. La SMB-Winning prévoit l’extraction de 10 millions de tonnes de minerai en 2022, année d’entrée en production des sites, 20 millions l’année suivante et trente millions en 2024.

La future raffinerie quant à elle devra atteindre une capacité de production d’un million de tonnes d’alumine par an. D’un coût total d’investissement oscillant entre 700 et 900 millions de dollars, la raffinerie sera alimentée par une centrale électrique et devrait générer des milliers d’emplois.


Conakry
© Claude Robillard

SOCIÉTÉ

Vaccination des enfants contre la poliomyélite
Le gouvernement guinéen, en collaboration avec ses partenaires sanitaires, a lancé une vaste campagne de vaccination de plus de deux millions d’enfants guinéens contre la poliomyélite dans tout le pays. Les enfants de 0 à 59 mois ont été ciblés dans plus de 15 districts sanitaires répertoriés à travers le pays et qui devront bénéficier d’une dose de vaccin gratuite. Ce vaccin protège ces enfants de cette maladie contagieuse et invalidante pouvant entraîner la mort. Les enfants âgés de 6 à 59 mois recevront par la même occasion un supplément en vitamine A. L’objectif de cette vaccination est d’atteindre plus de 90 % d’enfants dans les 15 districts sanitaires visés sur les 33 que compte le pays. Cette opération de vaccination a coûté plus de 760 000 dollars environ 7 milliards de francs guinéens.

Le milieu des enseignants est inquiet
© Flickr - UNICEF - Guinée

Grève des enseignants
Le Premier ministre a lancé un appel aux leaders du syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée (SLECG), les invitant à mettre un terme à la grève déclenchée depuis plusieurs semaines avant la poursuite des négociations. Il a indiqué que le gouvernement utilisera toutes les options envisageables pour qu’il n’y ait pas d’année blanche en raison de l’importance de l’éducation. Le Premier ministre a reconnu que c’est un sujet difficile parce que l’État est confronté à une situation économique difficile face aux besoins multiples. Il a insisté sur le fait que tout ne se résume pas à l’augmentation des salaires et aux primes, mais qu’il faut prendre aussi en compte l’amélioration des conditions de vie et de travail de tous les agents de l’État y compris le monde des enseignants.


Sources : guineematin.com, mediaguinee.org, xinhuanet.com, Jeuneafrique.com

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