Haut-Karabakh, ils ont le droit de vivre !

Haut-Karabakh, ils ont le droit de vivre !

5 novembre 2020 - par Jean Kouchner 

 Il me souvient des gens du Haut-Karabakh. Des jeunes, des vieux, des paysans, des enfants qui nous ont accueillis, fiers de leurs quelques mots en français. Des sourires partout, de la gaieté de ce peuple qui avait réussi à défendre son droit à vivre, son désir de paix. Ils étaient fiers de leurs combats passés pour gagner ce droit à vivre dans leur pays, celui de leurs ancêtres.

Nous étions un petit groupe de journalistes francophones, venus nous rendre compte de cette réalité géographique minuscule après nos assises de la presse sur le thème « Journalisme et migrations ». Comment mieux traiter cette question qui agite le monde entier, et qui jette sur les routes, sur les mers, partout, des millions d’êtres humains qui vivent sans terre et n’aspirent qu’à se rendre utiles et vivre dignement ?
Nos hôtes arméniens nous ont proposé de nous rendre compte sur place de cette réalité humaine qu’est le Haut-Karabakh. Et nous avons vu. C’est un pays de dignité.
Pauvre, oui, mais tourné vers l’avenir, consacrant des moyens importants à l’éducation. Ailleurs, dans le sud de la France, certains ont lancé le mot d’ordre « Volem viure al païs  ». Nous voulons vivre au pays. Dans le Haut-Karabakh, ils ne veulent rien d’autre.
Mais ils le veulent tellement qu’ils sont prêts à mourir pour défendre cette idée.
De l’autre côté, il y a d’autres hommes, d’autres femmes, qui ne demandent rien d’autre, eux non plus, que de vivre chez eux. Que leurs dirigeants autoritaires et avides de pouvoir veuillent flatter les sentiments nationalistes pour garder le soutien populaire est une évidence. Mais malgré tous leurs efforts, ils n’ont pas su motiver suffisamment pour convaincre leurs soldats d’aller seuls au combat. Alors ils font appel à des miliciens fanatisés, venus de Syrie avec la complicité active de la Turquie qui joue de sa vieille haine des Arméniens.

Et ils obtiennent le soutien d’Israël, avec des livraisons d’armes meurtrières et massives depuis 2016, en espérant pouvoir trouver en Azerbaïdjan une base arrière possible contre l’Iran. Singulière inversion des valeurs, où deux peuples persécutés, victimes des génocides les plus barbares de l’histoire, se retrouvent dans des camps opposés, les armes de l’un contribuant à massacrer l’autre… Singulière assistance, où des armes israéliennes profitent aux miliciens extrémistes d’un islam de va-t-en-guerre. Mais les marchands de canons méprisent toujours les valeurs humaines, la sagesse et la dignité au profit d’espèces sonnantes et trébuchantes.

Pendant ce temps, les habitants du Haut-Karabakh se battent, loin de ces politesses que se font les grandes puissances tournées vers les stratégies à court ou moyen terme, ou les stratégies du pétrole de Bakou, du profit et des intérêts à court terme.

Au nom de la religion, bien sûr. Les religions sont presque toujours le faire valoir des massacres, qu’on déplore à chaudes larmes après avoir prié son Dieu de nous protéger et de tuer ceux d’en face. « Tuez-les tous ! Dieu reconnaîtra les siens »… Les guerres du profit et des religions n’ont pas fini d’entasser leurs cadavres d’innocents dans les fosses communes. Qu’on ne me parle plus de prières et de religion ! Ce ne sont que des inventions destinées à empêcher les hommes et les femmes de protester contre leur surexploitation. Elles sont à l’origine de la plupart des conflits, des massacres, des tortures, de la misère. Elles maintiennent en place les exploitants. Elle sont été dénaturées au profit des tortionnaires.

« Oh ! Ce n’est pas bien ! Vilains garçons, voulez-vous bien arrêter  ! » clament quelques grandes puissances telles la Russie, la France et les États-Unis… Ils ont pourtant les moyens d’arrêter vraiment les bras armés et leurs alliés. Qu’attendent-ils ?



Je pense ici à cette jeune fille, qui dansait sur la place de Stepanakert un jour de marché, à ce vieil homme qui riait de toute sa bouche édentée, à ce jeune couple, elle enveloppée dans son drapeau du Haut-Karabakh, lui la couvant du regard, à ces enfants fiers de nous montrer leurs œuvres d’art, leurs tissages et leurs peintures où se côtoyaient le folklore ancien de leurs familles et de leur peuple et les paysages où le soleil inondait la vie.

Ils étaient tous pleins de projets, de désir d’une vie tranquille. D’un avenir souriant. Soutenons-les ! Ne serait-ce qu’en faisant connaître ce qu’ils sont vraiment : des hommes, des femmes, des enfants qui aspirent à vivre. Tout simplement.

J’ajoute qu’ils nous ont réservé un accueil ouvert, sans entraves. Libre de toute consigne. Dans le même temps, les autorités azerbaïdjanaises publiaient un communiqué nous signifiant notre interdiction à vie de séjourner sur le territoire azerbaïdjanais. Parce que nous avions commis le crime journalistique insupportable d’aller voir sur le terrain la réalité de ce petit peuple qui n’aspire qu’à vivre.

Publié dans le Courrier d’Arménie