Hervé Nizard : un consul touche-à-tout

Hervé Nizard : un consul touche-à-tout

Caraïbe anglophone : quid de la langue française ? ( La Dominique )
21 novembre 2020 - par Wendy Dyemma 
Hervé Nizard - © Aimablement prêtée par Hervé Nizard
Hervé Nizard
© Aimablement prêtée par Hervé Nizard

Âgé de 56 ans, Hervé Nizard est installé aux Antilles depuis 30 ans, dont 16 ans en Guadeloupe et maintenant 14 ans en Dominique.
Originaire de Marseille.
Entrepreneur, marin, pilote professionnel avion en Guadeloupe et opérateur d’une compagnie d’avion-taxi orientée vers le tourisme.
Consul honoraire de France en Dominique depuis 2012.

Depuis quand êtes-vous installé à la Dominique ? Pourquoi avoir choisi ce pays ?
Je suis installé à la Dominique à temps plein depuis 2007. J’y venais souvent en avion depuis la Guadeloupe. J’aimais bien ce petit pays où il me semblait, et ça s’est confirmé, qu’on pouvait inventer sa vie sans subir les codes inévitables des grands pays. Je me suis aussi lassé des relations sociales et professionnelles des îles françaises et ça a joué un rôle.

En quoi consistent vos missions en tant que Consul honoraire ? Existe-t-il des spécificités à l’exercice de ces missions à la Dominique ?
La Caraïbe est tout à fait unique dans le monde au niveau des consuls honoraires. Partout ailleurs, un consul honoraire est généralement installé dans une ville secondaire qui n’a pas de consulat de France, et son rôle est d’être au service de la communauté française, d’intervenir si l’un des concitoyens en a besoin, d’assurer le relai des transmissions de documents administratifs, etc.
Dans la Caraïbe, c’est tout à fait différent. La représentation diplomatique française est centralisée à l’Ambassade de France de Castries à Sainte-Lucie qui couvre de nombreux territoires de l’Organisation des États de la Caraïbe Orientale (OECO), tels que la Grenade, St Vincent & les Grenadines, la Barbade, la Dominique, Antigua & Barbuda, St Kitts & Nevis et Iles Vierges Britanniques, dans chacun desquelles se trouve un consul honoraire de France.
Le consul honoraire dans ces îles est donc le seul représentant officiel français pour le pays, le seul présent sur place. Au fil des années, puisque les Ambassadeurs changent régulièrement, le consul honoraire devient le contact privilégié du gouvernement pour toutes relations avec la France et ses diverses administrations. Il est donc le relai entre l’Ambassade et son pays de résidence. Il est aussi le consul des Français du pays, non seulement pour ceux qui y sont installés, mais aussi pour tous les touristes qui s’y rendent.

Vue aérienne. Citrus Creek Plantation
© Hervé Nizard

Vous avez créé le premier écovillage de la Dominique. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Citrus Creek Plantation a été créé en 2008, effectivement comme un eco-village essayant de faire harmonieusement cohabiter le tourisme, l’agriculture organique, l’écologie, et les diverses nationalités qui y résident ou qui le visitent en tant que touristes.
Le village est situé sur la côte sauvage de la Dominique, le long d’une rivière, entre les montagnes du parc naturel UNESCO des trois pitons et l’océan atlantique.
Nous avons fait le choix délibéré du village pour que des étrangers puissent y acquérir une maison, y passer du temps ou y résider à temps plein, et opérer l’ensemble comme un lodge recevant des touristes du monde entier.

La Dominique est située entre la Guadeloupe et la Martinique. Quelles relations la Dominique entretient-elle avec ses voisins francophones ? Comment s’exprime la francophonie à la Dominique ?

La Dominique est de très loin la plus francophone et francophile des îles de la Caraïbe, du fait bien sûr de sa position géographique, mais aussi par son créole francophone, très proche de ceux utilisés en Guadeloupe et Martinique. C’est donc un pays anglophone dont la population parle un patois francophone !
De très nombreux Dominiquais sont binationaux Français et il existe une forte communauté Dominiquaise en Guadeloupe, plus qu’en Martinique. Les Dominiquais ont l’habitude d’aller en Guadeloupe pour y acheter les produits qu’ils ne trouvent pas chez eux.
La Dominique a été successivement colonisée par les Français et les Anglais. Les Français n’y ont exercé le pouvoir que pendant 5 ans, mais les noms de nombreux lieux et le patois sont restés Français. L’une des raisons à cela est que les Anglais colons ne vivaient en général pas sur l’île ; ils y avaient investi et avaient délégué leurs pouvoirs à des avocats ou fondés de pouvoir locaux ; en revanche, les colons français y vivaient et ont donc transmis leur culture, leur langue, aux populations locales, même sous colonisation anglaise.
Par le créole, par l’attraction du Français, par le très grand nombre de visiteurs français qui restent encore à ce jour numéro un en termes de % de visiteurs, devant les Américains. La francophonie est aussi célébrée chaque année en Dominique.

En 2017, le cyclone Maria est passé sur la Dominique et a causé d’innombrables dommages, notamment au niveau des infrastructures. Qu’en est-il de la reconstruction aujourd’hui ? Quel impact la pandémie actuelle a sur celle-ci (si toujours en cours) ?
Maria a effectivement eu un terrible impact sur la Dominique ; mais ses habitants sont durs au mal, et « résilients » ! Ils ont reconstruit et le gouvernement a fait aussi énormément d’efforts pour réparer et améliorer les infrastructures. La pandémie est venue porter un coup supplémentaire et a limité l’économie depuis Mars. Les gens font le dos rond et attendent des jours meilleurs.

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