Issoufou Hadidiatou Soumana : Le lien entre genre, féminismes et développement
Partenariat Agora / UQO

Issoufou Hadidiatou Soumana : Le lien entre genre, féminismes et développement

27 juin 2019 - par Issoufou Hadidiatou Soumana 
 - © Flickr - DeeAshley
© Flickr - DeeAshley

Le vendredi 31 mai 2019 s’est tenu à l’Université du Québec en Outaouais lors de l’ACFAS 2019 un colloque sur le thème « Genre, féminismes et développement : une trilogie en construction ». Ce colloque a été l’occasion pour des expertes de différentes universités de présenter leurs recherches sur les relations entre le discours sur le genre, le féminisme et les débats sur les questions de développement. L’intersection du genre et du développement est un domaine d’étude qui a pour ambition d’aider à mieux appréhender et mieux exprimer les perspectives des femmes dans les discours dominants. Il s’intéresse au genre en tant que construction sociale et culturelle et cherche à comprendre les rapports hommes-femmes tels qu’ils ont été codifiés dans la société à travers l’espace et le temps. Ce colloque visait à faire le point sur le niveau d’intégration de l’approche féministe dans les discours émanant des institutions dominantes. Il cherchait aussi à faire une évaluation de l’impact du discours sur le genre, notamment sur les inégalités hommes-femmes.

Dans la séance d’ouverture, Marie France Labrecque de l’Université Laval) a brossé un parcours des paradigmes dominants et des différences entre les courants de pensée dans les discours féministes actuels. À travers sa communication, elle a montré comment le discours féministe a la capacité d’introduire une rupture dans le discours sur le développement. Elle a aussi offert une critique du paradigme de la croissance quant à son influence sur les femmes des pays développés.

Continuant sur le thème des relations entre discours féministes et développement, Katherine Gagnon de l’Université d’Ottawa a ensuite montré que le développement international pouvait intégrer une version plus équilibrée du féminisme, par exemple en jugeant la capacité à aider le développement sur les habiletés plutôt que sur le biologique, qui ne se réduirait pas juste au modèle trop occidentalisé qui a fait l’objet de si nombreuses critiques.

La deuxième session, « Enjeux et perspectives en genre, santé et territoire » a abordé les questions de genre et développement dans un certain nombre de contextes différents aussi bien sur le plan géographique que sur le plan temporel. Ainsi, Anne Calves de l’Université de Montréal a prononcé une communication sur les difficultés de la mise en œuvre du programme « genre et développement » à travers le monde en raison de facteurs politiques, culturels et religieux. Nora Nagels de l’Université du Québec à Montréal, s’appuyant sur l’expérience des PTC (les programmes de transferts conditionnés) mis en place dans les 1990, a montré comment un programme visant à réduire les inégalités de genre a fini par renforcer ces mêmes inégalités. Isabelle Auclair de l’Université Laval a présenté différents instruments internationaux pour la lutte contre la violence liée au genre qui, malheureusement, sont en augmentation grâce à certains enjeux comme la pauvreté et les conflits. La communication de Kerline Joseph affiliée à l’ISTEAH (l’Institut des Sciences, des Technologies et des Études Avancées d’Haïti) et au CRIEC (Centre de recherche en immigration, ethnicité et citoyenneté) et Caroline Andrew de l’Université d’Ottawa a présenté les efforts du Groupe de réflexion et d’action pour une Haïti nouvelle (GRAHN) pour l’autonomisation des femmes. Kerline Joseph a notamment mentionné les conditions de vie des femmes haïtiennes, celles-ci représentant le pilier de la famille et vivant dans des conditions de précarité extrêmes. Ces femmes sont exclues des prises de décisions alors qu’elles sont le point central de la famille. Plusieurs questions ressortent telles que pourquoi reléguer au second plan et écarter les femmes des lieux stratégiques et décisionnels alors que sans elles il s’avère difficile de produire des résultats qui profitent à la société entière, dont améliorer les conditions de vie de ces femmes. Finalement Denyse Côté de l’Université du Québec en Outaouais a expliqué le lien entre genre et appropriation du territoire, et a approfondi le dualisme entre l’espace public structuré par les hommes en général et l’espace privé structuré par les femmes en général.

En résumé, à travers ce colloque, j’ai retenu que le développement à tous niveaux ne pouvait se faire sans la participation de toutes les couches de la société. C’est ensemble qu’on pourrait solutionner nos problèmes pour notre bien-être commun à tous.

J’ai aussi pu faire des connexions avec des éléments vus dans un cours que j’ai suivi intitulé Genre et Développement, qui aborde différentes théories pour comprendre la question du genre et les études de développement. Par exemple le WID (Women in développement) qui dénonce l’inégalité faite aux femmes et prône pour l’insertion des femmes dans le développement et l’égalité des droits. Ensuite vient le WAD (Women and Développement) qui met l’accent sur le concept de patriarcat et qui voit la femme comme une reproductrice. Ici, tous les pouvoirs reviennent à l’homme. Pour le GAD (Genre Analysis in Développement) qui cherche à lutter contre les inégalités entre hommes/femmes afin d’éliminer la domination qui existe entre ces deux composantes de la société. On peut ajouter la théorie post-colonialisme qui soulève et dénonce les conditions de vie des femmes colonisées vivant dans les pays du Sud. Toutes ces théories de développement parlent de la place attribuée à la femme dans le processus de développement.

Au 21e siècle, le développement doit être une affaire de tou.te.s car les femmes ont leur rôle à jouer. Il suffit de mettre en place des stratégies d’interventions pour que cela soit une réalité. Pour ce qui est de la question de genre, la question ne doit pas se poser non plus, car c’est notre différence qui constitue notre force qui réside dans la complémentarité. Nous devons éviter tout ce qui conduit à des catégorisations et hiérarchisations de notre société, car ces phénomènes sont souvent le résultat de nos comportements ainsi que de notre vision des choses. Ce sont des idées qui proviennent des sphères comme sur le plan social, historique, économique et politique. C’est donc d’une démarche critique basée sur le caractère social dont il est question et non d’une démarche critique basée sur le biologique en matière de développement.