Justice pour Madame Sidnik !

Justice pour Madame Sidnik !

22 avril 2021 - par Arnaud Galy 
 - © Collection personnelle d'Eleonora Sidnik
© Collection personnelle d’Eleonora Sidnik

Eleonora Sidnik a consacré sa vie à deux amours, comme aurait dit Joséphine Baker : la langue française et l’art. Mais son caractère bien trempé et son enthousiasme ne peuvent rien contre l’âge qui avance. La santé vacillante, Madame Sidnik est effarée, scandalisée et désarmée devant la pension de retraite ridicule que lui réserve la Moldavie qu’elle n’a cessé de représenter.


Présente sur le petit écran...
© Collection personnelle Eleonora Sidnik

Tous les artistes peintres de Moldavie la connaissent. De même que les visiteurs des musées et des expositions de peinture de Chisinau à Baltes. Les francophones du pays l’ont eu comme professeure ou ont entendu parler d’elle. Les téléspectateurs l’ont vu, 30 années durant, leur expliquer les œuvres d’art sur le petit écran lors d’une émission qu’elle portait à bout de bras. Le ministère de la Culture avait-il besoin d’une guide-conférencière pour éclairer un groupe de Moldaves en mission ou en goguette à Paris, Nice ou Monaco ? Eleonora Sidnik était convoquée. D’une experte lors d’un vernissage prestigieux ? Eleonora Sidnik était invitée. D’une voix assurée pour enseigner l’art... de Lascaux à Picasso ? Elena Sidnik était l’élue ! Ainsi, elle a empilé les fonctions, les missions, les déplacements, un vrai mille-feuille ponctué par un discours au Conseil de l’Europe par-ci, une poignée de main avec tel ou tel ambassadeur par-là. Travaillant tôt le matin, faisant les heures légales sans rechigner, répondant à l’appel d’un artiste en soirée puis plongeant dans ses livres la nuit venue afin de préparer le marathon du lendemain. Ravie qu’elle était de ce rôle central qui lui a longtemps permis d’élever ses deux enfants et de se passer d’une pension alimentaire à la suite de son divorce. Indépendante !

Aujourd’hui, Eleonora Sidnik est fâchée, c’est peu dire. Angoissée aussi. Cela ne date pas d’aujourd’hui, mais Madame Sidnik s’est laissée débordée par la bureaucratie moldave. En 1998, elle décida de faire valoir son droit à la retraite. À cette époque la Moldavie autorisait ses citoyens à le faire, pour la dernière année, à 55 ans. La pension était plafonnée, mais c’était un âge où Madame Sidnik ne se voyait pas ralentir et donc y prêta peu attention. Pourquoi la fâcherie, teintée de colère ? Parce que l’employée du service social qui la reçut refusa de prendre en compte les certificats attestant d’une quantité de travail bien plus conséquente que la moyenne des salariés. Madame Sidnik s’est entendue dire qu’elle n’avait pas pu travailler autant et qu’elle devait rapporter d’autres certificats attestant que les certificats étaient valides... (!). Mais rien n’y fit ! Personne ne crut possible qu’Eleonora Sidnik ne travaillât autant.

Il y a deux ans, l’État moldave a procédé à une réforme de son système de retraite. Le moment de rectifier l’injustice avait sonné. Que nenni. Eleonora Sidnik n’a plus la forme olympique d’autrefois. Sans trahir le secret médical, ni les yeux ni les jambes de la retraitée ne lui permettent de mener le combat. Un avocat ? Oui, certes. Mais comment le payer ? Et si elle laissait tranquillement faire les procédures et les recours classiques ? Impossible. Les administrations moldaves ne sont pas du style à fonctionner sans un bon coup de pousse, légal ou... pas trop ! Et Madame Sidnik se retrouve avec une pension de retraite d’un montant de presque la moitié de celle d’une enseignante qui n’aurait donné “que” ses cours ! Même pas de quoi acheter les médicaments pour ses yeux...

Eleonora Sidnik a jeté une bouteille à la mer en écrivant un texte sur FB et en y publiant des photos “prouvant” ses activités multiples. Sait-on jamais ? Elle en perd le sommeil. Se sent brutalisée. Elle qui a tant donné aux relations entre la Moldavie et la France, à la langue française et à la langue universelle qu’est l’art...
Et si tous les artistes et les francophones qui lui doivent tant se retrouvaient, à Chisinau, devant le bâtiment de l’administration en question pour un moment de protestation, masqués, éloignés d’un mètre et pacifiques.

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