L’entrepreneuriat féminin, une clef du développement

L’entrepreneuriat féminin, une clef du développement

8 mars 2022 - par Wiam El Abdi 
Chaymae Samir - © Chaymae Samir / page FB
Chaymae Samir
© Chaymae Samir / page FB

Les femmes entrepreneures sont peu nombreuses au Maroc contrairement à ce qu’on peut remarquer dans d’autres pays du continent africain. Seulement 10 % des créateurs d’entreprises sont des femmes, le nombre des femmes est même en baisse. Il est passé de 12 % en 2015 à 10 % en 2018. Malgré cela, on note une évolution remarquable de l’entrepreneuriat des femmes au niveau de leur contribution au développement économique.

Selon l’étude réalisée par l’AFEM « l’Association des Femmes Entrepreneures du Maroc », plusieurs critères peuvent être pris en compte pour caractériser le profil socio-démographique des femmes chefs d’entreprises au Maroc : l’âge, la formation, la situation familiale et l’expérience.

Au Maroc, l’âge est le premier critère dans le profil d’entrepreneur, il se situe entre 35 et 44 ans. C’est l’âge de la maturité pour entreprendre. Au niveau de la formation, les deux tiers des femmes entrepreneures disposent d’une formation universitaire, d’au moins bac + 4.

Un grand pourcentage de femmes entrepreneures vient d’un milieu familial propice : un père ou un mari lui-même entrepreneur. Provenir d’une famille d’entrepreneures renforce certainement le désir et le goût de se lancer. Cette situation familiale favorable ne signifie pas pour autant l’inexistence de femmes qui créent et/ou gèrent leurs entreprises et qui ne bénéficient pas d’un entourage entrepreneurial. Au Maroc, les femmes entrepreneures mariées sont encore prédominantes avec 71 %. Traditionnellement, la femme doit assurer d’abord ses obligations familiales. Notons aussi que les deux tiers des femmes entrepreneures ont exercé une activité professionnelle et ont une certaine expérience dans un poste d’encadrement et de direction dans le secteur privé.

Parmi les obstacles liés à l’entrepreneuriat et à la création de projets, le premier est le financement. La femme n’a souvent pas de garanties à offrir aux banques. Le manque de formation fait aussi partie de ces freins. Manque de moyens et de structures d’encouragement, comme l’insuffisance des crèches ou encore les moyens de transport qui ne sont pas adaptés. Tout cela pousse parfois la femme à ne pas avancer dans ces projets.
D’autres freins sont ressentis par les femmes entrepreneures marocaines avec plus d’acuité comme la lourdeur des responsabilités familiales, la discrimination sexiste, notamment au début de leur activité ou lorsqu’elles sont jeunes célibataires.
Il existe au Maroc plusieurs associations et organismes de soutien et de promotion de l’entreprise féminine, pourtant peu de femmes adhèrent à ces groupements.

Parmi les associations les plus connues au Maroc, on peut citer en premier l’Association des Femmes Entrepreneures du Maroc (AFEM) qui a été créée en 2000 et dont les missions consistent à : encourager et appuyer la création d’entreprises par les femmes, informer, encadrer et assister les femmes chefs d’entreprises dans la gestion et la pérennisation de leurs entreprises et développer les compétences managériales des femmes entrepreneures.
We4She, un nouveau réseau au service de l’entrepreneuriat au féminin, initié par 9 dirigeantes marocaines a pour but d’améliorer la représentativité des femmes dans les instances dirigeantes à travers le parrainage, et œuvrer pour l’autonomisation économique des femmes dans un esprit de « give back » à travers le partage d’expériences.

Fatima Zohra Guendouz : De salariée à entrepreneuse

Responsable commerciale pendant 4 ans, elle avait besoin d’un nouveau défi, elle décida en 2014 d’entamer son aventure entrepreneuriale en lançant sa propre enseigne de service-traiteur organisations d’événements. Fatima Zohra, femme et mère, trouve là un métier riche en défis et une certaine flexibilité pour organiser sa journée comme elle le souhaite sans avoir de contraintes d’horaires fixes : « L’ennuie n’a pas de place dans ce secteur ! »
En tant que jeune entrepreneuse elle rencontre des difficultés : « L’accès aux premières commandes, les retards de paiement et la grande difficulté reste l’accès au financement pour développer l’entreprise, les banques accordent très difficilement aux jeunes entreprises des produits de financements et l’État de son côté offre très peu d’aide financière aux jeunes entrepreneur(e)s. »

Chaymae Samir : L’entrepreneuriat s’est imposé comme une évidence

Lors de sa troisième année à Sciences Po Paris, elle demande à réaliser un projet personnel au lieu de partir étudier pendant un an à l’étranger. Son projet la conduit trois mois en Inde à la rencontre de femmes entrepreneuses en Inde. À 19 ans, elle rencontre des chercheurs femmes, business women et des représentantes de grandes organisations comme ONU Femmes. Après cette expérience, elle s’installe en Malaisie où elle intègre une organisation qui accompagne et finance les entrepreneurs de la région, « J’étais profondément immergée dans l’esprit entrepreneurial et au contact chaque jour de chefs d’entreprises et de porteurs de projet. Le rêve ! C’était aussi l’occasion pour moi de participer à l’organisation d’événements à portée internationale comme le Sommet de l’Entrepreneuriat social de Muhammad Yunus, Prix Nobel et fondateur du microcrédit, mais aussi le Sommet mondial de l’Entrepreneuriat d’Obama, tous les deux organisés à Kuala Lumpur cette année-là. »

Son entreprise CS Ventures cumule plusieurs activités au Maroc (Agadir et dans le sud du pays) ainsi qu’à l’étranger (France et au Royaume-Uni) : conseil, restauration et deux sites marchands. Concernant, le conseil, ses clients viennent d’industries variées, énergies renouvelables, immobilières, ou Tech. Ce sont en général des projets qui impliquent les Fortune 500 et les chefs d’État. « Même quand mes activités sont basées à l’étranger, le lien avec le Maroc reste fort. » Son expérience internationale l’autorise à comparer : « C’est vrai que l’Angleterre facilite la chose avec le fait que toutes les procédures sont transparentes et peuvent presque toutes se faire en quelques clics en ligne ».

Pour elle, le Maroc a besoin de plus de femmes entrepreneuses. Tout le Maroc, pas seulement Casablanca, Rabat, Tanger et Marrakech. Les femmes sont assez actives, mais peu représentées dans la création d’entreprises. « Les portes ne sont pas fermées, il faut juste être patientes et les pousser comme on peut pour les ouvrir. »

L’entrepreneuriat est traité comme l’un des principaux axes de développement au Maroc. Dans cette vision, le gouvernement a mis en place toute une batterie de mesures pour l’amélioration de la culture entrepreneuriale en vue d’encourager la création de l’entreprise.

L’entrepreneuriat féminin a encore du chemin à faire au Maroc, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les Marocaines sont très souvent contraintes de s’investir davantage dans la cellule famille sous le poids de facteurs à faire évoluer.


Partenariat entre Agora francophone et l’Ambassade de France au Maroc

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