L’Université Laurentienne à Sudbury : miser sur des cerveaux aurait été un meilleur pari

L’Université Laurentienne à Sudbury : miser sur des cerveaux aurait été un meilleur pari

20 avril 2021 - par Michel Laforge 
 - © Sophia Bagaoui Aimablement prêtée par Michel Laforge
© Sophia Bagaoui
Aimablement prêtée par Michel Laforge

Chers lecteurs,
Vous ne me connaissez probablement pas. Je m’appelle Michel Laforge, je suis travailleur autonome et entrepreneur, deux fois diplômé de l’Université Laurentienne. C’est une université régionale qui dessert une population sous-scolarisée et dont les étudiants sont majoritairement de première génération à fréquenter l’université. La Laurentienne servait d’aimant pour attirer et retenir des cerveaux dans la région, et ce avec un mandat bilingue (français/anglais) et triculturel (françaises, anglaises, et autochtones).

Jusqu’à tout récemment.
La semaine dernière, mon alma mater a éliminé 69 programmes d’enseignement, dont 28 offerts en français, dans le cadre d’une restructuration financière. Je vous épargne les détails*. Sachez tout simplement qu’il n’est plus possible d’étudier en Histoire, en Science politique, en Études françaises (lettres), en Philosophie, en Études journalistiques, en Mathématiques, et bien d’autres à la Laurentienne. C’est non seulement un affront à la francophonie d’ici, mais également à toute la communauté nord-ontarienne.

Je crains maintenant pour l’avenir de ma ville et de ma région, qui se heurtaient déjà à l’exode de la jeunesse vers les grands centres. Avant de lancer mon entreprise, j’étais journaliste à Radio-Canada, où on peinait à trouver une main-d’œuvre à la fois qualifiée et sensible aux enjeux de la région. Sudbury était aussi un chef de file en reverdissement (en réponse aux dégâts de l’exploitation minière du siècle dernier) et aurait pu profiter de cet élan pour lutter contre les changements climatiques. Alors que se termine la construction d’une Place des Arts du Grand Sudbury, on ne formera plus d’artistes à l’université.

La seule voie de solution qui nous reste maintenant est de faire pression au gouvernement provincial pour qu’il octroie la gestion du mandat bilingue et triculturel de Laurentian University aux communautés francophones et autochtones, tout en finançant suffisamment ce qui reste de l’institution pour répondre aussi aux besoins des anglophones. Ici, dans le nord de l’Ontario, on doit mettre toutes les chances de réussite de notre côté. Chose certaine, on ne peut plus se permettre de miser sur Laurentian University.

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