« Là-bas » : le chemin de l’exil

« Là-bas » : le chemin de l’exil

Le comédien et metteur en scène ivoirien, Fargass Assandé, présent aux « Franco » 2020 est à la recherche d’un fils perdu. Avec « Là-bas », cette pièce présentée au Théâtre de l’Union, Assandé tente douloureusement de suivre les sentiers de la migration pour retrouver Seyba, un garçon parti.

27 septembre 2020 - par Jérôme William Bationo 
 - © Christophe Péan
© Christophe Péan

© Jérome William Bationo

Seyba est parti seul « là-bas ». Il a pris le chemin de l’autre monde, « là-bas » de l’autre côté de la mer. Plus aucune nouvelle de lui depuis qu’il est parti « là-bas ». Entre la remémoration de quelques bons souvenirs et la tristesse de l’absence d’un fils, ses deux parents tentent de résister. Un vide s’est installé entre eux depuis que Seyba est parti. Le père qui monologue continuellement est assailli par le remords et la culpabilité, lui qui a encouragé son fils à partir «  là-bas », cet ailleurs inconnu. Mais que pouvait-il ? Si ce n’est que lui donner sa bénédiction à fuir cette société qui ne présageait aucun lendemain pour lui. Il en veut à la divinité Ama de l’avoir abandonné face à son sort et souhaite aller à la recherche de son fils, car la tradition pèse et le regard de la société est accablant. La mère l’en dissuade. C’est bien déjà trop. L’absence de son garçon est trop pesante et elle ne veut pas en perdre un de plus. Surtout pas lui, le seul homme qui lui reste. Pour combler cette absence, déjà bien douloureuse de son fils, elle se façonne dans le silence, un bout d’argile, un autre Seyba à qui elle tente de donner le souffle. Elle veut y croire… Affligés, ils espèrent tous les deux secrètement que Seyba donnera des nouvelles et rentrera un jour. Mais hélas, ils devront se résoudre à la réalité d’avoir perdu leur fils à jamais…

« Là-bas » est une complainte de deux parents désespérés. Cette pièce est l’illustration d’un pan très peu révélé des affres liées à la migration. « On voit très souvent des images des canots échoués, mais on ignore toujours ceux qui restent dans l’attente et qui souffrent, car ils ne savent pas, très souvent, si leur fils parti est bien arrivé ou s’il est mort  », explique le metteur en scène. Fargass Assandé s’est résolu à écrire cette pièce quand « une cousine qui, malgré les conseils, a voulu tenter cette aventure a péri en mer avec sa petite fille de 3 ans ».

« Là-bas » c’est donc partout sur les chemins de l’immigration clandestine menant à la désolation aussi bien pour les êtres partis que ceux qui sont restés.