Laurent Muhleisen, la Comédie française décerne un Molière d’honneur à 10 sur 10 !

Laurent Muhleisen, la Comédie française décerne un Molière d’honneur à 10 sur 10 !

8 mars 2019 - par Arnaud Galy 
Au centre, Laurent Muhleisen - © Arnaud Galy - Agora francophone
Au centre, Laurent Muhleisen
© Arnaud Galy - Agora francophone

Une résidence d’auteurs de théâtre dédiée à la réécriture de pièces de Molière est un défi lancé à tous « les bien-pensants qui pensent impensable » d’oser toucher à l’œuvre de Jean-Baptiste Poquelin ! Comment diantre osez-vous, qui vous permet ? Jan Nowak et Iris Munos ont entendu ce questionnement autoritaire à maintes reprises l’année écoulée. Quel pied prenaient-ils, ces derniers mois, à répondre : qui ? La Comédie française, la Maison de Molière ! Si, si... La preuve par 9 vient d’être apportée par Laurent Muhleisen, conseiller littéraire du Français*, venu prendre le pouls des 10 auteurs et participer à 48 heures de la vie de château.

Arrivé quelques minutes avant la lecture du soir, Laurent Muhleisen a pris place autour de la table en toute discrétion. Sa présence n’a en rien perturbé le rituel. Peut-être les deux auteures lues ce soir-là étaient-elles un brin plus tendues ? Qui sait ? Rebecca Vaissermann flanquée de son Bourgeois gentilhomme et Isabelle Hubert maîtrisant son Scapin étaient au programme. Silencieux, souriant, complice Laurent Muhleisen suivait scrupuleusement le texte qui défilait sur son écran. Même si personne n’osait l’avouer ouvertement, tous, et au premier chef, les deux auteures du soir, attendaient impatiemment ses premiers mots, les tout premiers retours. Ils furent bons. Voilà, c’est tout. Pas la peine d’en faire tout un plat. Il aima. Point. Ce ne furent pas les mini débats et les propositions des uns et des autres pour améliorer ou préciser tel ou tel point qui auraient changé la donne. Laurent Muhleisen goûta et apprécia.

Que vient faire la Comédie française dans cette galère ? La Comédie française n’est pas un musée ! Les textes de Molière sont sacrés, certes, mais pas intouchables. L’idée de rendre séduisantes et accessibles, à une jeunesse francophone ou en apprentissage du français, les pièces de ce répertoire est un motif suffisant pour sauter dans la galère. Bien entendu de nombreuses personnes, plus royalistes que le roi, ne veulent voir Tartuffe ou Scapin qu’en costumes d’époque, elles ont peur qu’on enlève quelque chose à Molière alors que nous, nous pensons lui apporter un supplément. Au fond la réécriture n’est pas une nouveauté. Alors, allons-y gaiement ? Oui, sans négliger le fait que les professeurs aussi peuvent être conservateurs. 10 sur 10 devra les convaincre que le théâtre parle d’ici et de maintenant et avouons-nous-le nous avons tous lu Molière ou Racine au collège sans rien y comprendre ! Il faut tenter autre chose ? Oui, vivre en phase avec le monde d’aujourd’hui ne veut en rien dire céder à la médiocrité. Osons parler de religion ou d’intégrisme au travers des questions posées aujourd’hui. Molière ne faisait rien d’autre que de doper le sens critique des gens. Nous avons tous eu, enfant ou adolescent, des professeurs qui nous ont éveillé à la philosophie, au théâtre ou à une langue. La Comédie française doit être à son échelle le petit soldat qui parvient au même résultat. Le théâtre à l’école est un formidable outil d’émancipation. Comment utiliserez-vous les pièces 10 sur 10 ? En premier lieu, en octobre, les comédiens du Français liront les pièces en public. Puis nous lancerons une série de partenariats pédagogiques avec des dizaines et des dizaines d’écoles dans Paris, l’Île de France et tout le territoire français. Nous toucherons alors des jeunes scolarisés en France alors que traditionnellement 10 sur 10 s’adresse à des élèves de Français Langue Étrangère. Mais, très franchement, ces pièces peuvent parfaitement être proposées à des jeunes dont le français est la langue maternelle. D’autant plus qu’avec la diversité des auteurs, les pièces sont écrites dans toute la diversité des français du monde.

* Le Français : nom donné à la Comédie française