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Le cœur toujours ouvert aux Ukrainiens

Le cœur toujours ouvert aux Ukrainiens

La Pologne, pendant des décennies un pays ethniquement homogène et une terre d’émigration, compte aujourd’hui plus de deux millions d’immigrants ukrainiens. Cet énorme choc social s’accomplit dans une ambiance bienveillante.

21 juin 2023 - par Magdalena Graniszewska 
 - © Pakkin Leung - wikimedia commons
© Pakkin Leung - wikimedia commons

Un stand immense de 200 mètres, plus de 20 auteurs présents, 45 éditeurs et 723 titres, le tout en langue ukrainienne : l’Ukraine s’est ainsi présentée fin mai 2023, lors de la Foire internationale du livre à Varsovie, la capitale de la Pologne, dont elle était l’invitée d’honneur.
Les grandes maisons d’édition ukrainiennes qui ont apporté de nombreux titres en ont écoulé la majorité, se réjouit Zoja Szewczuk, responsable de la communication et des relations publiques de l’Institut ukrainien du livre.
Les Polonais lisent rarement l’ukrainien. Ces livres ont donc été achetés par les membres de la diaspora ukrainienne en Pologne, dont la taille s’est considérablement accrue après l’agression de la Russie contre l’Ukraine en 2022. Officiellement, cette diaspora compte aujourd’hui plus de 2 millions de personnes, mais officieusement, il y en a davantage. Pour la Pologne, qui compte 38 millions d’habitants, la présence de cette population crée une situation tout à fait exceptionnelle.

Les Ukrainiens, déjà avant l’invasion
Après 1945 la Pologne, qui possède elle-même une riche histoire d’émigration, vers les États-Unis, le Canada, la France et le Royaume-Uni, était un pays relativement homogène sur le plan ethnique. En Europe centrale, c’était plutôt rare.
Les minorités existaient en Pologne, mais elles n’avaient aucune importance politique, déclare Andrzej Szeptycki, professeur à la Faculté des Sciences Politiques et des Études Internationales de l’Université de Varsovie.

Aujourd’hui, les Ukrainiens constituent de loin le groupe d’étrangers le plus important en Pologne, avec une part d’un peu plus de 80%, selon L’Office des Étrangers. Cependant, leur immigration en Pologne a commencé bien avant le 24 février 2022, date de l’invasion par la Russie.
Cela a été un processus progressif, sans début bien marqué, quoique 2014, année de l’attaque russe en Crimée et dans le Donbass, ait marqué une rupture, explique Andrzej Szeptycki. De la sorte, entre 1 et 1,5 million d’Ukrainiens résidaient déjà en Pologne début 2022, principalement en tant qu’immigrants de travail.

Une aide comme pour sa famille
A l’entrée en guerre, la Pologne a été confrontée brutalement à un défi sans précédent à l’échelle européenne. La frontière polono-ukrainienne a été franchie en direction de la Pologne pas moins de 11 millions de fois, ce qui représente 35% de la population du pays. Bien sûr, les gens la traversaient parfois plusieurs fois, mais cela montre l’ampleur du défi, souligne Andrzej Szeptycki.

La société polonaise, tout comme l’État, se sont immédiatement et très fortement mobilisés pour accueillir les réfugiés. Andrzej Szeptycki explique cette solidarité par la proximité des Ukrainiens et des Polonais, mais aussi par l’inquiétude de ces derniers quant aux éventuels prochains pas de la Russie. En général, les Polonais sont méfiants envers les réfugiés, mais ils ont une attitude différente avec les Ukrainiens, remarque le professeur de l’Université de Varsovie. On estime qu’aujourd’hui environ un million d’Ukrainiens supplémentaires sont restés en Pologne depuis le déclenchement de la guerre, alors qu’une partie est déjà retournée dans leur pays, tandis que d’autres ont poursuivi leur voyage à travers le monde.

 Plus on est proche, plus la sympathie grandit
Andrzej Szeptycki souligne qu’au cours des dernières années, avec l’afflux d’Ukrainiens et le développement des contacts interpersonnels, les perceptions mutuelles se sont améliorées. Il y a 30 ans, l’image de l’Ukraine en Pologne était médiocre. On considérait qu’elle ne différait guère de la Russie et le niveau de sympathie envers les Ukrainiens était assez faible. Mais déjà deux ans avant la guerre, les Polonais mettaient les Ukrainiens sur le même plan que les Tchèques et les Américains (qu’ils considèrent traditionnellement comme amis – ndlr), - énumère Andrzej Szeptycki.

L’enthousiasme s’atténue, mais ne disparaît pas
La guerre en Ukraine dure déjà depuis 16 mois. Comme on pouvait s’y attendre, l’enthousiasme initial et la volonté d’aider se sont un peu émoussés. Selon une enquête publiée en mai par l’Institut économique polonais, avant le 24 février 2022, 40% des répondants en Pologne ne rencontraient pas d’Ukrainiens dans leur vie quotidienne. En avril 2023, ce chiffre était tombé à seulement 6%. Et si 80% des Ukrainiens estiment que la société polonaise est bien disposée envers eux, cependant la proportion de Polonais considérant les réfugiés ukrainiens comme nécessitant de l’aide a chuté - de 84% au début de l’invasion russe à 50% aujourd’hui. Le soutien reste donc très important, mais le changement est symptomatique. Les jeunes Polonaises sont les plus réticentes envers les réfugiées, en qui elles voient probablement une concurrence ou une menace, aussi étrange que cela puisse paraître, commente Andrzej Szeptycki.

L’apport économique
Pour l’économie polonaise, la présence des Ukrainiens est bénéfique. Maciej Duszczyk, professeur et membre du Conseil scientifique du Centre de recherche sur les migrations de l’Université de Varsovie, estime que l’immigration ukrainienne a un impact positif sur le budget polonais, car les recettes fiscales provenant des Ukrainiens travaillant en Pologne dépassent les coûts de leur prise en charge.

Malgré cela quelques voix suggèrent que les Ukrainiens volent les emplois des Polonais. C’est faux. En premier lieu, les Ukrainiens effectuent souvent des travaux que les Polonais ne veulent pas faire, et par ailleurs, ils pallient en partie le déficit démographique auquel est confrontée la société polonaise vieillissante, souligne Andrzej Szeptycki.
Mais la hausse violente des prix de l’énergie et l’inflation sont des défis qui peuvent, impacter le climat social et également influencer le soutien aux Ukrainiens, explique Andrzej Szeptycki. Par exemple, un litige majeur est apparu avec les céréales ukrainiennes. Exportées jusqu’en 2022 via les ports de la mer Noire en Ukraine, elles affluent en Pologne depuis le déclenchement de la guerre, provoquant une chute des cours, au grand dam des agriculteurs polonais.
 
Écoliers évapores
 Si la Pologne a mis en place et réussi avec panache l’aide d’urgence aux réfugiés ukrainiens, elle doit maintenant, selon les experts, définir une politique d’accueil de long terme. Cela se fait attendre.
Maciej Duszczyk tire la sonnette d’alarme, signalant une tendance au départ parmi les Ukrainiens les mieux éduqués qui quittent la Pologne pour d’autres pays de l’Union Européenne, le Canada ou les États-Unis. Le Canada, en particulier, affiche un dispositif de soutien attrayant.

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