Le confinement accouche d’un festival !

Le confinement accouche d’un festival !

Chanson francophone - Pologne
21 juin 2020 - par Arnaud Galy 
 - © Pixabay - joe007
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Iris Munos
© Arnaud Galy - Agora francophone internationale

Pendant que certains confinés se sont langoureusement assoupis et que d’autres se sont morfondus alternant colère et frayeur, il en est, au cœur de la Pologne qui n’ont pas molli. C’est le cas d’Iris Munos. Elle, qui avec son compagnon Jan Nowak anime avec enthousiasme des activités théâtrales autant que francophones, s’est engagée vers un nouvel horizon : Les Nuits du monde !
Les Nuits du monde est une fusée à deux étages. Commençons par le moteur qui tourne à différents carburants : ne jamais céder à l’immobilisme ; ne pas rester dans l’entre-soi ; favoriser la mobilité des jeunesses ; utiliser la langue française et l’expression artistique comme agitateurs... ! Une fois tous ces ingrédients versés dans le mélangeur-incubateur, applaudissement messieurs-dames, apparaît l’événement hybride qui participera au dépoussiérage de la culture musicale chez les jeunes francophones du monde. Second étage donc, un festival d’un nouveau genre. Il était temps. Sans rire, vous avez déjà assisté à un festival de la chanson française pour les jeunes quel que soit le pays ? L’image de la France auprès des jeunes et... souvent de leurs professeurs est bloquée sur le curseur 1970, voire 1950 ! Piaf, Aznavour, « les Champs-Elysées, une dose de Patricia Kaas, un zeste de Lara Fabian ou de Zaz pour la touche 21e siècle. Ça tourne en boucle, rythmé par des bandes-son, les musiciens sont aux abonnés absents et les jeunes interprètes sont régulièrement livrés à eux-mêmes sur une scène tristouille. Les amoureux de la langue française sont, de fait, nourris de clichés et d’une nostalgie injustifiable oubliant toute l’énergie de la chanson française et francophone contemporaine. Iris Munos, forte de son expérience de comédienne autant que de chanteuse, décide de mettre sur pied une grande offensive artistique. Objectif, avril 2021 à Łódź, au centre de la Pologne. Une première édition très polonaise, histoire de roder non pas le tour de chant, mais le concept.

Un concept dont les préceptes sont, en apparence, simples : les artistes de la chanson francophones sont invités à se faire connaître auprès d’Iris et de son organisation. Il suffit d’un CD envoyé. L’ambition est de créer un répertoire d’artistes généreux dans lequel les jeunes pourront venir piocher un titre à interpréter lors du festival. L’interpréter, oui, mais non sans avoir invité un ou des musiciens à les rejoindre. Fini les “play back !” Enfin, une scène et de la lumière, une expérience de spectacle, une vraie ! Pour Iris Munos, l’objectif est de fabriquer de toute pièce un vivier de rencontres, un moment de partage et d’épanouissement où un artiste, pourquoi pas un groupe, venu de Suisse ou rêvons un peu du Québec pourrait venir se produire. Enfin, fermez les yeux... ouvrez-les : imaginez des ateliers de chant et des conférences éclairant tous les publics sur la vie musicale en francophonie. Enfin, nous voici au cœur d’un Salon du disque francophone qui accueillera les CD ou vinyles des artistes ayant répondu à l’appel, ceux qui font partie du répertoire de base.

La fusée est sur le pas de tir. De juin à septembre, Iris Munos lance l’appel aux artistes : d’où qu’ils viennent, ils sont les bienvenus. La diversité culturelle n’a jamais tué personne ! En septembre, les professeurs et les élèves intéressés seront appelés à se découvrir et à se lancer dans l’aventure. D’ici avril, à distance, les jeunes pourront compter sur un soutien de Nuits du monde. Régulièrement le site de l’organisation proposera des tuyaux, des formations et des encouragements : apprendre à répéter, comment chauffer sa voix, où trouver des musiciens, savoir travailler ensemble...

En attendant de prendre son envol, au-delà de la Pologne, dans d’autres lieux souhaitant voir les jeunes francophones prendre du plaisir et aborder la langue sous un jour pétillant, l’Institut français de Pologne et une association polonaise de professeurs de français ont embarqué dans le bateau barré par Iris. Fermez les yeux, encore une fois. Téléportez-vous une poignée d’années plus tard, imaginez que le concept Nuits du monde ait fait des petites étoiles, Nuits du Sénégal, Nuits du Québec, Nuits de Macédoine ou Nuits du Brésil que sais-je ? Imaginez qu’un jeune polonais filme le festival à Dakar, qu’une journaliste guinéenne suive l’édition suisse ou qu’une Québécoise mette en lumière la scène de Bucarest ou de Sofia ? Connectez, connectez, mélangez, échangez, intervertissez, il en restera toujours quelque chose ! Iris Munos n’a pas besoin d’une preuve par neuf, elle l’a testée à de nombreuses reprises. Vivement être à Łódź en avril 2021 !

Łódź
© Flickr - Maciek

Au fait, j’oubliais, l’activité théâtrale nommé 10 sur 10 que dirigent Iris Munos et Jan Nowak est, à l’heure où sont écrites ce lignes, présente dans 47 pays. Ça ouvre des perspectives, non ?

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