Lectures francophones 2/2

Lectures francophones 2/2

20 octobre 2019 - par Loïc HERVOUET 
 - © Flickr - casuré
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Le numérique fossoyeur et sauveur des traditions orales

Au fil des années, les traditions orales deviennent un patrimoine menacé. Plusieurs facteurs ont favorisé ce phénomène de déperdition. Le cadre de l’ouvrage se situe à l’étude de l’intersection de deux domaines : l’étude de la conservation des faits des traditions orales, les dimensions interculturelles et les dynamiques sociales induites par les TIC.
D’une part les traditions orales, de par leur caractère populaire, ne se manifestent qu’en public dans des circonstances bien définies. Toutes les techniques d’invention littéraire et de diffusion sociale concourent à évoquer un passé légendaire, mais aussi à faire penser sur le présent.
D’autre part, les avancées les plus récentes des TIC participent d’une modernité qui accélère l’abandon des traditions anciennes et convoque des contenus et des modes de narration ou de représentation axés sur une vision du monde bien définie ; de l’autre, elles donnent des moyens inespérés « une chance historique » pour combattre l’inévitable déclin des traditions orales et pour porter leur collecte et leur transmission à un niveau qu’elles n’avaient jusqu’alors jamais atteintes.
Marie-Jeanna Razanamanana est titulaire d’une HDR de l’Université de la Réunion. Auteure de plusieurs articles et co-auteure de sept ouvrages, elle est aussi chercheuse associée au CRLHOI de la Réunion et membre du FUUP-Unesco par le biais du CIDLO (Centre d’investigation sur l’oralité) où se trouve la mise en banque de 3883 expressions culturelles.

Marie-Jeanne RAZANAMANANA, La dynamique des traditions orales grâce aux avancées des TIC, Editions Universitaires Européennes, Sarrebrück, juin 2016, 204 pages, prix public 42€
Marie-Jeanne RAZANAMANANA est une contributrice du réseau Agora francophone / Année Francophone Internationale


Le monde en archipel d’Andreï Makine

D’origine sibérienne, Andreï Makine, arrivé en Paris en 1987, a commencé à écrire ses romans en français. Son œuvre, dense et diverse, récompensée de nombreuses fois (Goncourt, Médicis...), est étudiée dans cet ouvrage. L’auteur dépasse la simple autobiographie pour construire une ""géopoétique"" : "monde en archipel", son univers permet l’émergence de connexions et de liens qui redéfinissent son univers littéraire. Un essai expérimental.

Erzsébet Harmath, Andreï Makine et la francophonie, Editions L’Harmattan, Paris, juillet 2016, 300 pages, 25€


La France tous azimuts, Amérique incluse

Dans ce nouveau livre, l’auteur nous fait découvrir les pays francophones d’Amérique : Canada, Québec, Acadie, Louisiane, les communautés franco-américaines et Haïti. Plusieurs thèmes sont développés : l’histoire, la francophonie, les grandes heures et les grands personnages de l’Amérique française, la vie culturelle, Louis Hémon, les Amérindiens, les minorités francophones canadiennes et des Etats-Unis.
L’auteur nous parle également des relations franco-canadiennes, franco-québécoises et franco-américaines et du voyage historique de général de Gaulle en 1967 ainsi que de la coopération franco-québécoise.
La deuxième partie du livre est consacrée à la France d’Outremer : Guadeloupe, Martinique, Guyane française, Saint-Pierre et Miquelon, Maurice, Réunion, Seychelles, Mayotte, Nouvelle-Calédonie, Polynésie française, Wallis et Futuna, et Terres Australes et Antarctiques Françaises.
Dans cette partie, plusieurs thèmes sont développés comme l’histoire, la francophonie, le tourisme, la vie culturelle, les hommes célèbres et la philatélie.
Ce nouveau livre d’Alain Ripaux, richement illustré intéressera certainement les nombreux amis de l’Amérique française, de la France d’Outremer et de la Francophonie. Préface d’Henri Rethoré, ancien Ambassadeur et ancien Consul général de France à Québec

Alain RIPAUX, La France en Amérique du Nord et en outre-mer, Editions Visualia (cartophiles de la poste et des télécoms), Paris, 2013, 280 pages, 28€ port compris, contact alain.ripaux@laposte.net


Français d’ici, d’ailleurs, de là-bas et de partout

Les différentes variétés de français observables dans tout l’espace francophone, et dites « français régionaux » dans la terminologie sociolinguistique, sont étudiées dans ce volume par certains des meilleur-e-s spécialistes du sujet, dans une perspective synchronique et à travers un spectre large qui embrasse aussi bien la variation diatopique que la variation sociale. Les chercheur-e-s interrogent le statut linguistique de ces formes endogènes de français et la place qu’elles seraient susceptibles d’occuper dans les politiques linguistiques-éducatives de régions ou d’États traversés par des tensions sociales et ethniques. Ces variétés s’inscrivent dans le paysage plurilingue et pluriculturel de la francophonie du XXIe siècle où la question des langues et des identités en contact est centrale.
Marie-Madeleine Bertucci est professeure de sciences du langage à l’université de Cergy-Pontoise. Elle s’intéresse aux variations du français ainsi qu’aux politiques linguistiques-éducatives dans une perspective sociolinguistique et didactique dans les contextes plurilingues de l’espace francophone.

Marie-Madeleine BERTUCCI (dir.), Les français régionaux dans l’espace francophone, Editeur Peter Lang, Edition Lea, Berne, cuir-luxe, avril 2016, 251 pages, 46€


Ecrivains malgaches, métis culturels

La littérature malgache de langue française constitue aujourd’hui un champ de recherche bien établi avec ses classiques, ses grands écrivains, sa critique, ses précurseurs, ses fondateurs, ses moments marquants et son actualité. Elle occupe néanmoins un statut ambivalent au sein des institutions qui la situent quelque peu en marge des « grandes régions » de la Francophonie que sont la Caraïbe, le Maghreb et l’Afrique subsaharienne. Cette littérature riche et vieille de plus d’un siècle reste donc encore relativement méconnue.
Cet essai s’inscrit dans une double dynamique qui permet de relire des auteurs reconnus sous un nouvel angle tout en faisant découvrir des textes moins fréquentés, et ceci à partir de la question du métissage culturel.
Le projet de Michèle Ratovonony était ambitieux, puisqu’il est né du désir de savoir comment l’écrivain malgache assume son identité plurielle. Elle avait opté pour une lecture transversale d’un corpus de textes en prose dont certains s’inscrivent dans le canon conventionnel du roman « lettré », alors que d’autres sont plus proches de l’autobiographie, du roman populaire ou de l’essai, présentant ainsi un caractère hybride. En même temps, afin d’assurer la cohérence conceptuelle de sa recherche, l’auteur interroge ce corpus à partir de la théorie des figures, approche qui lui permet de tenir compte à la fois de l’explicite et du non-dit, voire de l’indicible - que la littérature s’efforce inlassablement d’amener au seuil des mots.
Les auteurs étudiés sont Michèle Rakotoson, Michel- Francis Robinary, Charlotte Rafenomanjato et Raymond William Rabemananjara, l’un des pères de l’indépendance. Ce parcours de lecture qui aurait dû se poursuivre a été brusquement interrompu par la mort, mais, tel qu’il est, il nous propose déjà une riche matière à réflexion.

Michèle RATOVONONY, Le métissage culturel dans la littérature malgache de langue française, Editions Karthala, Paris, coll. Lettres du sud, septembre 2015, 180 pages, 16€


Dans l’intimité politique de Léopold Sédar Senghor

Senghor fut un homme multiple, aux « sangs mêlés », que rien ne prédestinait à embrasser une carrière politique. Christian Valantin l’a connu alors qu’il était lui-même encore lycéen, en 1945. Senghor, alors député français du Sénégal, le prend rapidement sous son aile et lui confie un premier poste en 1958. Deux ans plus tard, il mena son pays à l’indépendance, et devint le premier président de cette République en construction. Christian Valantin resta à ses côtés pendant plus de trente ans.
L’auteur de ce texte, sensible à la philosophie de Senghor, à sa défense de la francophonie, ferment d’une « civilisation de l’universel », rapporte son expérience avec beaucoup de délicatesse et de profondeur. Il témoigne non seulement des événements qui ont secoué la jeune République mais aussi, et peut-être surtout, du poids des engagements philosophiques de Senghor dans sa pratique politique. Un texte unique sur Senghor, l’homme politique.
Avocat, ancien directeur de Cabinet de Senghor, Député du Sénégal de 1968 à l’an 2000, Ancien Directeur du Haut Conseil de la Francophonie, Commandeur de la Légion d’Honneur, Commandeur du Mérite français, Christian Valantin a travaillé pour son pays, le Sénégal, comme pour la défense de la francophonie.


Christian VALANTIN, Trente ans de vie politique avec Léopold Sédar Senghor, Editions Belin, Paris, février 2016, 202 pages, 19€


À l’écoute des corps souffrants et gémissants

Dans ce collectif, chercheurs, écrivains et artistes se penchent sur l’espace tabou qu’est le corps souffrant, sa sexualité et ses complexes formations identitaires. Ils interrogent sans ambages les couleurs, formes et mouvements que prennent le désir et le trauma lorsque les individus en présence sont des produits de l’histoire post-esclavagiste, post-coloniale, et portent en eux, les stigmates du rapport dominant-dominé. Sont incluses 22 illustrations en couleur des œuvres artistiques de Victor Anicet, Béatrice Mélina et Michel Rovélas.
Gladys M. Francis est enseignante-chercheure à l’université de Georgia State à Atlanta (USA). Elle y enseigne les études francophones, culturelles et théoriques. Ses récents travaux interdisciplinaires portent sur l’esthétique des représentations du corps souffrant dans la littérature et les arts visuels. Elle y explore les questions de résistance, de trauma, de construction identitaire, de genre et de sexualité. Elle publie régulièrement dans ses domaines de spécialisation. Elle compte également deux chaires de recherche en lettres, diverses bourses nationales et internationales, ainsi que trois prix d’excellence pour son enseignement.

Gladys M. FRANCIS (dir.), Amour, sexe, genre et trauma dans la Caraïbe francophone, Editions L’Harmattan, coll. Espaces littéraires, Paris, mars 2016, 294 pages, 29€


Une Afrique au prisme du Manitoba

Lise Gaboury-Diallo est professeure à l’Université de Saint-Boniface au Manitoba. Elle est également critique, essayiste, dramaturge et poète. Pour sa poésie (trois recueils parus) elle a obtenu plusieurs prix. Lise Gaboury-Diallo est une des plus importantes représentantes de la littérature franco-manitobaine. Les Franco-manitobains ne comptent qu’environ 50.000 personnes. Mais Saint-Boniface qui en est le centre, regroupe toute une infrastructure culturelle, dont une université, des écoles et deux maisons d’éditions, les Éditions du Blé et les Éditions des Plaines.
Avec « Lointaines », Lise Gaboury-Diallo a publié son premier recueil de nouvelles en 2010. Ses 15 récits sont imprégnés de ses voyages en Afrique et transmettent par le biais du narrateur à la première personne une immédiateté du vécu sur le sol du continent noir. Le lecteur est ainsi amené à participer à des drames du quotidien qui se passent au Sénégal ou bien au Mali.

Lise GABOURY-DIALLO, Lointaines, Editions du blé, Saint Boniface (Manitoba, Canada), 216 pages, 60€

Recension Peter Klaus


Des personnages pour déguster le Québec

Ce roman québécois, qui a eu un succès évident au Québec (prix des Libraires 2013), voit son cercle de lecteurs s’élargir d’année en année et connaît deux éditions en France (Le Toucan en 2014, puis en poche chez J’ai lu), Le fait est assez rare pour que l’on s’intéresse au phénomène (comme le mentionne la page de couverture).
La brique peut à l’occasion -et à priori- freiner quelques envies de lire, mais dès les premiers chapitres, le lecteur est totalement « embarqué » dans une histoire passionnante qui s’étale sur plusieurs décennies, quasiment tout le dernier siècle. L’astuce de l’auteur est de bien équilibrer la narration en français international et les dialogues en « parlure » québécoise. Du coup, les personnages très vivants s’intègrent parfaitement au déroulement de l’histoire. Aucun trait n’est forcé, les personnages construisant leur propre complexité au fur et à mesure du récit.
Éric Dupont sait jouer avec un suspense sans cesse renouvelé ; il sait garder le lecteur attentif, tantôt en lui révélant un fait nouveau, tantôt en le laissant deviner une conséquence qui s’avérera juste quelques chapitres plus loin. Pour les lecteurs francophones, ce roman fourmille de renseignements historiques, d’allusions culturelles, de réflexions politiques ou autres propres au Québec, qui donnent une charpente solide à une intrigue bien maîtrisée. Je ne pense pas que l’auteur se soit donné la mission de faire un roman québécois qui puisse être lu avec plaisir par tout francophone, mais il y a fort bien réussi.

Eric DUPONT, La fiancée américaine, Editions Marchand de feuilles, Montréal, 2012 et Editions J’ai lu, Paris, juin 2015, 919 pages, 10,40€
Recension Françoise Tétu de Labsade


L’appel lancinant de la lutte sénégalaise

Aminata Sow Fall, née à Saint-Louis (Sénégal) est une pionnière de la littérature africaine en langue française. Après une formation universitaire en France, elle rentre au Sénégal pour se dédier à l’enseignement. Elle s’active ensuite dans différents établissements et devient un moteur indispensable pour la création littéraire dans son pays. C’est ainsi qu’elle s’implique dans la création de maisons d’édition et de centres culturels. Souvent sollicitée à l’étranger pour y donner des conférences, elle a obtenu entre temps des doctorats honoris causa de plusieurs universités américaines.
Aminata Sow Fall est une romancière reconnue internationalement au moins depuis le succès de son roman « La Grève des bàttu » (1979) pour lequel elle a obtenu le Grand prix littéraire d’Afrique noire (1980). Ce roman a été porté à l’écran, de même que « L’appel des arènes ». La version filmée de Cheikh Ndiaye est sortie en 2005.
Le récit du roman est différent du film. Le protagoniste Nalla, qui a 17 ans dans le film, n’a que 12-13 ans dans le roman et traverse une crise d’adolescence où il s’avère que le sport national, la lutte, a plus d’importance pour un jeune que la réussite et le travail scolaire. Les parents, une famille aisée, ont beau exhorter leur fils et lui procurer un professeur de français, Monsieur Niang, avec qui Nalla s’entend bien, l’enfant s’éloigne physiquement et psychiquement de sa famille et ne rêve qu’aux idoles de la lutte, symbolisée par les tam-tams qu’il entend de loin. Finalement et grâce à l’obstination de son fils, le père de Nalla réussit à renouer avec ses propres racines et il découvre qu’en assistant à un match de lutte il participe ainsi à un moment exaltant de rencontre entre tradition et modernité.

Aminata SOW FALL, L’appel des arènes, Nouvelles éditions Africaines du Sénégal, Dakar, décembre 1993, 191 pages, 30€
Recension Peter Klaus


La saga des pauvres gens vendus aux enchères

Daniel Poliquin (* 1953) n’en est pas à son premier roman. Loin de là. Depuis 1982 il a publié une dizaine de romans, plusieurs recueils de nouvelles et deux essais, dont un (en 2009) sur René Lévesque, le charismatique leader du Parti québécois et chef du gouvernement du Québec. Daniel Poliquin a reçu de nombreux prix dont le Prix Trillium, la plus haute distinction que la Province de l’Ontario décerne aux écrivains.
Originaire d’Ottawa, Daniel Poliquin est germaniste et comparatiste de formation. Il a été longtemps interprète et traducteur près du Parlement canadien à Ottawa. Son talent de traducteur s’est vu couronner par le Prix du Gouverneur général en 2014 pour la traduction du livre de Thomas King « L’Indien malcommode. Un portrait inattendu des Autochtones d’Amérique du Nord. » (Montréal, Boréal, 2014).
Dans ce dernier roman, il relate une histoire somme toute incroyable qu’on aurait dite impossible à notre époque et dans nos pays soi-disant civilisés : la mise en vente aux enchères d’enfants et de personnes âgées qui se pratiquait au Nouveau-Brunswick entre environ 1875 et 1925. D’aucuns disent que dans ce roman il s’agirait surtout d’une méditation joyeuse sur l’identité. Il est vrai qu’on pourrait qualifier ce roman de récit picaresque à l’acadienne s’il n’y avait pas comme fond de l’histoire ces démunis, orphelins et vieillards qui suite aux ventes aux enchères se retrouvaient au service d’agriculteurs. Ces « esclaves » évitaient ainsi l’orphelinat ou l’hospice et trouvaient un abri et du travail.
Au fur et à mesure que le récit progresse on suit un de ces « vendus » lors de sa pérégrination à travers l’Acadie. La teneur du récit est loin d’être triste vu le caractère cocasse de certains de ses protagonistes. Le roman gagne en saveur par le fait qu’il s’agit en grande partie d’un récit à la première personne qu’on accompagne au fil de la narration. Un roman touchant et un récit qui nous démontre encore une fois que Daniel Poliquin est un grand conteur.

Daniel POLIQUIN, Le vol de l’ange, Editions Boréal, Montréal, mars 2014, 316 pages, 15€
Recension Peter Klaus


La reconnaissance pour permettre la réconciliation

Les raisons qui incitent les anciens belligérants à se réconcilier et à coopérer intéressent autant les praticiens que les théoriciens. Ce livre se veut une étude constructiviste du rôle de la reconnaissance dans le processus de coopération et de réconciliation franco-algérien. La reconnaissance peut être un moyen par lequel des rapports conflictuels se transforment en rapports plus coopératifs.
Mustapha Arihir, Docteur en science politique, il s’est spécialisé dans l’étude des relations internationales. Il a approfondi ses études sur le monde arabo-musulman et sur les relations franco-algériennes. Il est diplômé d’une université algérienne (Constantine) et de trois universités françaises (Université d’Auvergne, de Michel de Montaigne et de Bordeaux).

Mustapha ARIHIR, Les relations extérieures franco-algériennes à l’épreuve de la reconnaissance : de 1962 à nos jours, analyse de la coopération et de la réconciliation, Editions L’Harmattan, Paris, janvier 2016, 398 pages, 39€, format kindle 31€


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