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Maamkumba Bang, le génie protecteur du fleuve par Fatou Kiné Sene

Maamkumba Bang, le génie protecteur du fleuve par Fatou Kiné Sene

2 janvier 2020 - par Fatou Kine Sene 
 - © Arnaud Galy - Agora francophone
© Arnaud Galy - Agora francophone

Ville tricentenaire et ancienne capitale de l’Afrique-Occidentale française (AOF), du Sénégal et de la Mauritanie jusqu’en 1957, Saint-Louis située au nord du Sénégal est très connue à travers son génie protecteur du fleuve. Maamkumba Bang, symbole de toute une cité. Ce mythe installé dans l’imaginaire saint-louisien et nourri par les anciens, reste très méconnu de la jeune génération.

Une histoire aussi vieille que Saint-Louis
Située au nord du Sénégal, Saint-Louis se caractérise par son pont Faidherbe, son Thiéboudien (riz au poisson) et son génie protecteur Maamkumba Bang. Cette dernière appelée aussi la légende de l’eau une histoire certes répandue dans cette ville tricentenaire, patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2000, mais ses origines restent méconnues. « Personne ne sait de quand date cette légende. Mais, il y a une vieille dame habitant le quartier sud appelé “Sindoné” qui est morte aujourd’hui, Adjia Fatma Samb qui soutenait mordicus avoir vu Maamkumba Bang et qu’elle était même assise près d’elle », souligne l’écrivain Louis Camara originaire de la localité. Le récit partagé par plusieurs Saint-Louisiens fait état d’un génie tutélaire, protecteur de la ville. Une femelle qui sort parfois du fleuve et se métamorphose. Elle est décrite comme mi-humain, mi-poisson, très belle au teint clair et à l’allure à l’image des Signares, ces descendantes d’esclaves, avec de longs cheveux, décrit Louis Camara qui aime cette légende et l’a fait vivre à sa manière.



Pour ce dernier, Maamkumba Bang se promenait tout au long du fleuve et prenait place au coucher du soleil, au bord de l’eau sur un banc d’où son sobriquet « Bang  ». Son salon près de la grue de Saint-Louis, une technologie implantée au nord de l’île communément appelée « Lodo » du temps de la colonisation est très visité par les promeneurs. Ici se côtoie le patrimoine immatériel matérialisé par ce salon de Maamkumba Bang au bord du fleuve et cette grue, patrimoine matériel qui date de la colonisation.
Maamkumba Bang, selon la légende, est une coépouse de Maam Kumba Castel le génie protecteur de l’île mémoire de Gorée, de Maam Kumba Lamb de Rufisque à 40 kilomètres de Dakar. Toutes les trois sont les épouses de Leuk Daour Mbaye, le génie protecteur de la presqu’île du Cap-Vert. Les divinités de l’eau ne se limitent pas à ces trois génies. Tout le long des côtes sénégalaises, il y a d’autres déesses de l’eau comme MaamNjaré de Yoff (Dakar), MaamMbossé (Kaolack au sud-ouest), MaamNguedj (Joal-Fadiouth), MaamMindiss (Fatick), etc.

Maamkumba Bang pendant de la déesse Oshun des Yoruba ?
Selon l’écrivain Louis Camara, le génie de l’eau de Saint-Louis aurait des connexions avec la déesse Oshun du peuple Yoruba du Nigéria, un pays ouest-africain, une déesse de l’eau douce, de la fertilité, de l’amour. Aujourd’hui, l’imaginaire autour de ce génie protecteur de Saint-Louis est maintenu par des offrandes faites pour conjurer le mauvais sort ou à l’approche de l’hivernage pour de bonnes récoltes ou encore pour retrouver le corps d’un naufragé ou protéger des enfants baigneurs. Les étrangers aussi s’adonnent à ce rituel en offrant souvent du lait pour un bon séjour à Ndar. Des familles dépositaires de ce patrimoine immatériel continuent de nourrir cet imaginaire par des offrandes de lait caillé accompagnées parfois de bouilli de mil, de la cola, du djinn une boisson alcoolisée, etc. « Il y a une grande part d’inventions, de créations locales, des gens ont rajouté des anecdotes , fait valoir l’écrivain. Par exemple, j’ai un ami qui était directeur à Dakar, la capitale sénégalaise et à chaque fois qu’il devait voyager, il venait faire ses offrandes au fleuve. »



Des endroits symboles de la présence du génie
D’ailleurs, certains endroits de Saint-Louis rendent visible ce symbole. Il s’agit de l’ex-hôtel relais du Méridien rebaptisé Hôtel Maamkumba Bang depuis 1985 situé à l’entrée de la ville sur la route de Gandiol. « Saint-Louis est composée de plusieurs facettes, mais le plus marquant est MaamKumba Bang, l’histoire a beaucoup parlé d’elle. C’est l’identité culturelle de Saint-Louis », indique le réceptionniste Momar Niasse qui travaille sur les lieux depuis 25 ans.
Un bar restaurant sur l’île nommé L’Harmattan possède en son sein une statuette baptisée MaamKumba Bang. Mais l’endroit le plus populaire dans cette ville est « Guouyesédelé » (le baobab du partage) où des séances de Kassak, cérémonies de sortie des circoncis étaient souvent organisées. Et chacun enfonce une capsule de boisson pour symboliser son passage à l’instar des cadenas accrochés sur la seine par les nouveaux mariés. Ce lieu a aujourd’hui disparu après la mort du baobab, racontent les Saint-Louis dans un air nostalgique.

L’enjeu de la préservation et transmission de ce patrimoine immatériel
Pour certains habitants, c’est ce patrimoine immatériel qui risque de disparaitre, car la transmission n’a pas été assurée. Les jeunes rencontrés dans les rues de Lodo sur l’île ignorent l’existence de Maam Kumba Bang. « Elle n’existe pas. On en parle, mais personne ne l’a jamais vue. C’est une sorcière. C’est une sirène qui protège les baigneurs du fleuve… », lance ce groupe de jeunes venus se promener au salon du génie protecteur. « On a deux problèmes fondamentaux, celui de la conservation et de la transmission. Et sous ce rapport on parle de moins en moins de MaamKumba Bang, car les vieux et les jeunes d’aujourd’hui n’ont pas l’inspiration qu’il faut pour transmettre cette dimension importante de notre patrimoine immatériel  », déplore le philosophe et écrivain Alpha Amadou Sy auteur de l’ouvrage L’imaginaire Saint-Louisiens paru en 2014. Louis Camara abonde dans le même sens. Pour lui, c’est parce que la jeune génération ne connaît pas la légende par manque de transmission. J’y ajoute souligne l’écrivain, « il y a une petite radicalisation religieuse. La religion a un peu freiné cette tendance animiste », dit-il.



Louis Camara
© Fatou Kiné Sene

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