MALI - Le casse-tête des déchets médicaux

MALI - Le casse-tête des déchets médicaux

À Bamako, capitale du Mali, la gestion des déchets médicaux demeure un casse-tête pour les responsables du secteur de la santé. En cause, des incinérateurs vétustes dans certains hôpitaux et inexistants dans d’autres, le mauvais tri des ordures et le manque de sensibilisation des populations.

25 mars 2022 - par Kangaye Sangaré 
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Bamako, Centre hospitalier universitaire Gabriel Touré situé en plein cœur de la capitale est l’un des plus fréquentés. Avec ses six cents lits et plus de huit cents agents, il reçoit en moyenne mille patients par jour. Mais l’établissement ne dispose pas d’incinérateur pour traiter ses déchets médicaux et biomédicaux, car situé dans une zone habitée. « Chaque deux jours, trois conteneurs chargés de déchets médicaux, dont un de déchets biomédicaux, sont transférés au CHU du point G, situé à quelques kilomètres de là sur la colline de Koulouba pour être incinérés, » explique Abdoulaye Maîga, hygiéniste au CHU de l’hôpital Gabriel Touré.


Centre hospitalier universitaire Gabriel Touré
© wikimedia commons - aboubakrsidiki

Selon lui, dans les normes chaque établissement sanitaire qu’il soit communautaire, centre de santé de référence ou hôpital doit être doté de son propre incinérateur. Mais tel n’est pas le cas au Mali. « Pour des raisons d’ordre technique et sanitaire, certains centres de santé ne disposent pas d’incinérateurs. Dans les centres implantés à côté de maisons d’habitation ou dans une zone à forte affluence, l’installation d’un incinérateur n’est pas possible car la fumée qu’il dégagerait est nuisible à la santé et polluerait l’environnement », explique Kola Bocoum, Médecin du département de la Direction générale de la santé et de l’hygiène publique, division hygiène publique. Et au Mali, une grande majorité des structures sanitaires sont dans ce lot.

Faire le tri

Une meilleure gestion des déchets exige l’utilisation correcte des poubelles en fonction des codes couleur dans chaque service de santé. Les poubelles de couleur noire pour tous les déchets assimilables aux ordures ménagères : papiers, cartons, flacon vide d’eau de javel, balayures, débris alimentaires, etc. Les poubelles de couleur jaune pour les objets piquants, coupants, verre, les tubulures de perfusion, les flacons de sérum, les déchets issus de la vaccination, etc. Les poubelles rouges quant à elles sont utilisées pour les déchets anatomiques : pièces anatomiques, les placentas. Elles reçoivent aussi les déchets infectieux : emballage imprégné de sang, compresse, les bandes de pansements, les pipettes, etc.
Problème : ce principe n’est pas respecté. Au CHU Gabriel Touré comme dans plusieurs autres établissements sanitaires publics, ce dispositif de tri des déchets n’existe même pas. Le tri se fait seulement à deux niveaux la plupart du temps.

Conséquences

Contamination, pollution de l’air, danger sur l’écosystème, les déchets biomédicaux mal traités ont des conséquences sur la santé des populations et leur environnement. Les personnes en charge du transport et de l’élimination de ces déchets, sont les premiers exposés lorsque les conditions ne sont pas réunies.
Dans les centres de santé, les visiteurs peuvent être touchés par des infections nosocomiales. « Aussi, hors des centres de santé les patients qui suivent leur traitement à la maison mettent les tubulures de perfusion et les flacons de sérum aux enfants dans la poubelle. Souvent les enfants jouent avec dans la rue. Cela prouve le niveau de méconnaissance du danger par la population », s’indigne Mariam Maiga, aide-soignante.

Les mauvaises pratiques face à la gestion des déchets biomédicaux sont également influencées par nos cultures et traditions. Aujourd’hui encore certains parents refusent de laisser les placentas avec les agents de santé et préfèrent rentrer avec à la maison.
« Il n’est pas rare de rencontrer des personnes qui, pour de croyances culturelles et traditionnelles, réclament certains déchets anatomiques tels que le placenta », confirme Kadidia Diarra, hygiéniste ayant servi à Gao, au nord du Mali. 

De son côté, d’après le Dr Kola Bocoum, l’État fournit des efforts pour sensibiliser les populations. « Il y a au niveau de chaque structure un plan de gestion de déchet, il y a même des lois et des textes sur la gestion des déchets malheureusement chez nous la sensibilisation a un caractère temporaire, car cela nécessite de gros moyens et le travail n’est pas à hauteur du souhait », se désole-t-il.


Article écrit dans le cadre de la création d’un réseau international de jeunes journalistes enquêtant sur les Objectifs de développement durable afin de sensibiliser les populations au respect de ceux-ci.
Organisation Internationale de la Francophonie ; Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (France) ; Ministère de la Francophonie (Québec) : Principauté d’Andorre.
Avec le soutien de l’École supérieure de journalisme de Lille (France) et de l’Institut francophone du Développement durable (Québec).

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