Markus Arnold : La littérature mauricienne contemporaine. Un espace de création postcolonial entre revendications identitaires et ouvertures interculturelles

Markus Arnold : La littérature mauricienne contemporaine. Un espace de création postcolonial entre revendications identitaires et ouvertures interculturelles

18 janvier 2022 - par Peter Klaus 

Cette publication volumineuse nous ouvre des horizons et prouve que la Francophonie est un creuset quasi inépuisable. L’Île Maurice qui a pour devise « One Island-Many Peoples-All Mauritians » pourrait servir de modèle, tout comme le Canada ou dans une moindre mesure le Cameroun qui font également partie aussi bien du Commonwealth of Nations que de l’Organisation Internationale de la Francophonie. Et là s’arrêtent les points communs.

Markus Arnold, d’origine allemande, actuellement « research fellow » à l’Université de Johannesburg, est ou a été également chercheur-enseignant à l’École Supérieure d’Art de La Réunion. C’est cette institution et le Laboratoire LCF de l’Université de La Réunion qui ont contribué financièrement à la réalisation de cette publication.
Dans son introduction, Markus Arnold nous présente l’Île Maurice comme « une Babel revisitée » (p.6) qui parallèlement à son appartenance multiple se pare en dehors des langues comme l’anglais et le français de différents créoles et de « langues dites orientales » (p.6).

C’est assez extraordinaire de voir se développer sur cette île d’environ 2000 km² et de 1,3 million d’habitants un creuset démographique multiethnique dont deux tiers de la population sont d’origine indienne. L’Île Maurice peut en plus se vanter d’une production littéraire dynamique surtout en français, mais également en anglais.
Comme l’indique le titre, le livre de Markus Arnold se consacre à la littérature mauricienne contemporaine entre1990 et 2009. Son corpus comprend des œuvres de trente auteurs. Il s’agit d’auteurs aussi bien de langue anglaise comme Lindsey Collen ou Ramesh Bucktawar que de langue française surtout comme Nathacha Appanah, Carl de Souza, Shenaz Patel, Amal Sewtohul, sans oublier, bien sûr, la grande dame de la littérature mauricienne : Ananda Devi qui vit actuellement en Suisse.

L’Île Maurice, un laboratoire post-colonial et post-esclavagiste pourrait-on se demander ? Les théories développées dans ce livre pourraient nous le faire penser. La ou les littératures mauriciennes ne seraient peut-être pour l’auteur qu’un prétexte pour mettre à l’épreuve ces dites théories ? Ses analyses portant sur les particularités de cet espace « isolé » de création permettraient ainsi de voir comment se positionnent les auteurs et leurs œuvres par rapport à une société au passé colonial et esclavagiste, mais tourné vers la modernité en étant également à la recherche de son identité dans un contexte littéraire globalisé. L’approche comparatiste de l’auteur se développe autour d’un parcours diachronique qui replace les auteurs et leurs œuvres dans leur contexte sociétal et historique et souligne le caractère hétérogène de la littérature mauricienne, constatation qui n’est une surprise pour personne.
Le livre de Markus Arnold, doté de plus d’une bibliographie quasi surabondante, a sa place dans toute bibliothèque francophone et devrait intéresser maints chercheurs en littératures post-coloniales, insulaires et autres. Et ceci malgré sa relative surcharge théorique.


Markus Arnold : La littérature mauricienne contemporaine. Un espace de création postcolonial entre revendications identitaires et ouvertures interculturelles. Berlin : LIT Verlag Dr.W.Hopf 2017. (publié dans la collection « Frankophone Literaturen und Kulturen außerhalb Europas - Littératures et cultures hors d’Europe », vol. 10). 553 pages.