francophonie, OIF, Francophonie, Organisation Internationale de la Francophonie, langue française, diplomatie culturelle, littérature, théâtre, festival, diversité culturelle, les francophonies

MENU
MAROC - Rim Jalal : le son est sacré

MAROC - Rim Jalal : le son est sacré

3 décembre 2023 - par Arnaud Galy 
Rim Jalal cherche des réponses en suivant la formation proposée par Visa for Music et l’OIF. - © Arnaud Galy - Agora francophone
Rim Jalal cherche des réponses en suivant la formation proposée par Visa for Music et l’OIF.
© Arnaud Galy - Agora francophone
Partenariat OIF / Agora francophone

Pour quelqu’un qui ne rechigne pas à s’invisibiliser et qui n’entre en relation directe avec ses frères et sœurs humaines que parcimonieusement Rim Jalal est le contraire de quelqu’un de neutre. Depuis toute petite, elle se pose 1000 questions sur tout, s’informe, lit, bouscule. Dans une société marocaine assez largement traditionnelle, à la limite du conservatisme, son attitude un quasiment un péché. Elle remet en cause, encore et encore. Veut comprendre, savoir...
Elle se dit introvertie et technophobe. Soit. Pourtant, lancez-la sur « le » thème qui trace sa vie et vous verrez une jeune femme intarissable, appuyant son expression sur des références que bien des soit disant érudits, ostentatoires à souhait, n’ont plus depuis bien longtemps. L’intuition selon Bergson ou Démocrite ; le concept du Rhizome de Deleuze sans oublier un petit coup de Schopenhauer ! En toute simplicité, voix basse, hésitante parfois, mais au final rien ne manque. Sa conviction est faite : le son a sauvé sa vie ! Oui, le son. Celui qui selon les religions ou moult philosophies est la Source, l’origine de tout. Pour la jeune femme, le son est sacré et elle lui voue sa vie. Plus qu’un métier, le son lui permet de mieux appréhender son existence, elle profite des énergies et des fréquences qu’il distribue généreusement.


Rim Jalal avide d’expériences

Diable, comment en arriver à cet extrême ? D’autant plus que lorsque Rim dut choisir son orientation, elle était tentée par la criminologie. L’hypersensibilité supposée des tueurs en série ou des barbares de toute sorte l’attirait. Les aléas de sa vie l’ont détourné de l’université en Espagne, et une année de liberté lui a fait découvrir un autre monde. Celui des raves party. Un ingénieur du son triturait sa console, là, devant elle. Une évidence allait la traverser. Physiquement. Mystiquement. Le son et la musique deviendraient son alpha et son oméga. Mais comment progresser, comment mieux maîtriser les intuitions qui la font agir ? Une école d’audiovisuel n’a pas suffi. Beaucoup de mouvements de caméra, mais peu de connaissances sur le son, encore moins la sonorisation de concert. La formation technique demeure l’enfant pauvre sur le continent africain, y compris au Maroc pourtant dans le peloton de tête dans bien des domaines. Restent les stages formels ou informels et le temps passé sur des événements, des concerts. Mais les « ingés son » penchés sur leur console sont peu disponibles, ne sont pas là pour diffuser le savoir. Rim a beaucoup câblé les scènes, mais au bout du compte a peu le sentiment d’avoir progressé. L’intuition est toujours son principal outil... Mais elle voudrait tant essayer, essayer encore, pour valider ses intuitions.

La voilà présente à la formation proposée par le festival Visa for Music et l’Organisation Internationale de la Francophonie. Est-ce exagéré de dire que Rim compte 75 % des questions posées à Saintrick et Brahim ? Non. Présente aux moments d’immersion, studieuse. Entre concentration, intuition et feeling, la jeune femme ne perd pas une miette de ce qui se joue sur scène et sur la console. Se former avec les meilleurs aidera aussi à diminuer son principal défaut aux yeux de la profession : être une femme. Ne lui a-t-on pas déjà dit : « j’adore ton profil, mais tu es une fille et il n’y a que des hommes dans l’équipe, tu auras du mal à t’intégrer. » Pour faire sauter ce plafond de verre, une solution : faire ses preuves, être meilleure, différente sans doute, mais meilleure. Quant à sa personnalité, messieurs, il faudra vous y habituer. Rim n’en changera pas. Elle parlera de son à vous en casser les oreilles ; elle ne parlera pas si elle n’a rien à dire et l’hypocrisie ne sera jamais son arme de séduction ni de réussite.

Si, par hasard ou curiosité, vous vous interrogez sur ce que Rim écoute dans son gros casque, greffé sur ses oreilles ? Attendez-vous à être surpris. Le métal progressif arrive en tête de ses choix. Puis tout ce qu’offre la musique, un « ingé son » doit d’avoir l’oreille aguerrie. Son avenir ? Derrière une console car : «  Quelque chose prend possession de moi quand je suis à la console. Rien n’égale le plaisir d’être à une console... J’ai l’impression d’être chez moi, à la Source, ma vie prend un sens, je sais pourquoi je suis là... ». Rien d’autre ? « Ha si, faire des bruitages pour des films... intuitivement ! » Et aussi faire tourner son collectif...
Intuitivement. Et n’oubliez pas : le son est sacré...


Rim Jalal dans son élément avec Brahim Gafsia

Partagez cette page sur votre réseau :

Précédents Agora mag