Ne les laissez pas mourir

Ne les laissez pas mourir

20 avril 2021 - par Agathe Mazouin 
 - © Lomane de Dietrich - Aimablement prêtée par Agathe Mazouin
© Lomane de Dietrich - Aimablement prêtée par Agathe Mazouin

Ce matin, il est 10h à Paris quand je reçois un message de mon ami franco-ontarien Michel Laforge. Celui-ci me contacte à propos de la situation tragique à l’université Laurentienne et me demande de lui raconter quelques souvenirs. Michel et moi nous sommes rencontrés en 2016 lorsque j’ai eu la chance d’être admise comme élève étrangère dans deux programmes de la Laurentienne : Political Science & Theatre.

Aujourd’hui ces deux programmes sont supprimés et les professeurs qui m’avaient à l’époque partagé leur amour et leur savoir ne peuvent plus exercer leur vocation. Des enseignantes époustouflantes comme l’ont été pour moi Aurélie Lacassagne ou Jenny Hazelton et grâce auxquelles cette année d’échange fut une année décisive de mon parcours.

Grâce à Aurélie, j’ai découvert Ottawa lors du Model Parliament - un débat annuel et fondateur dans la formation, dans lequel les étudiants doivent recréer à la façon des membres du parlement une assemblée où chacun soutient un parti - et je me souviens ce jour-là, alors émerveillée d’être là, avoir demandé à l’assemblée ma naturalisation canadienne immédiate sous le regard amusé d’Aurélie.

Bien que Science Politique était ma majeure et le théâtre ma mineure, je passais bien plus de temps à répéter dans les locaux de Thorneloe pour les productions d’automne et d’hiver. Grâce à Jenny, Ian et Patricia, qui m’ont soutenue sans relâche et n’ont jamais transigé sur l’apprentissage de l’anglais et du jeu, j’ai développé un amour du théâtre si fort que j’ai décidé d’en faire mon métier en rentrant en France. En 2019, j’ai intégré le Conservatoire National d’Art Dramatique de Paris, et il ne se passe pas un jour sans que je pense à eux. Je travaille d’ailleurs actuellement dans une production anglophone d’Othello et cela n’aurait pas été possible sans eux, ni sans le monde riche, ouvert et aimant que j’ai trouvé à la Laurentienne en arrivant. Ce sont les politiques sociales et inclusives qui m’ont accueillies à bras ouverts dans cette université, et c’est l’amour de la communauté francophone qui a mis des paillettes dans ma vie à Sudbury. Ne les laissez pas mourir.

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