Nelly Cazal et Mangane, kozé an shanté !

Nelly Cazal et Mangane, kozé an shanté !

9 octobre 2019 - par Arnaud Galy 
Nelly Cazal et Mangane au Phare à Limoges - © Arnaud Galy - Agora francophone
Nelly Cazal et Mangane au Phare à Limoges
© Arnaud Galy - Agora francophone

C’est en mode minimaliste qu’ils se présentent face au public. Instrument et voix, les voix sont leurs instruments. Elle, debout, derrière un micro, les cheveux tenus par un foulard, n’esquissant qu’occasionnellement des gestes amples avec les bras qui semblent combattre harmonieusement le vent et l’adversité. Au fil de la lecture et du chant, elle laisse les feuilles noircies de poésies s’envoler, planer jusqu’à s’entasser à ses pieds. Lui, assis, homme-orchestre à la voix grave et haute à la fois. Cris de douleur ou interpellations poétiques, la langue wolof transporte, prend aux tripes. Quelle présence !

De la poésie en français et en créole saupoudrée de wolof, si cela n’est pas de l’ouverture vers l’ailleurs c’est à désespérer de tout ! Nelly Cazal et Mangane forment un duo de voix puissantes et envoûtantes. Elle, Réunionnaise, lui, Sénégalais sont pourtant des « régionaux » de l’étape comme disent les chroniqueurs du Tour de France. Ils ont posé leurs guêtres en Limousin depuis belle lurette, mais leurs voix sont celles de l’exil. Peut-on jamais s’extraire de cet état d’âme ? Nelly est arrivée de son île phare de l’Océan indien pour suivre les cours de l’École du théâtre de l’Union. La première outremerienne ! Le choc thermique ne l’a pas découragée, elle s’est même installée en Creuse, c’est dire si elle a le caractère bien trempé !
Son compagnonnage artistique avec Mangane est né d’un étonnement – euphémisme ! - en 2017 lorsqu’elle constate que le programme du Printemps des poètes dédié « aux Afriques » met à l’affiche la poésie de tout l’océan Indien sauf celle de son île ! En urgence, elle mijote une sélection de poésies d’auteurs vivants tels que Carpanin Marimoutou, Patrice Treuthard, Kaloune et Stephane Hoarau, pimentée par ses propres mots, et propose à la Maison de la Réunion de, vite fait bien fait, s’inscrire au dernier moment sur les tablettes de l’événement. Mangane, conseillé à Nelly par un ami, se joint à l’aventure, embarquant avec lui ses percussions et sa guitare. Ils firent le bonheur de la Maison de la Réunion deux semaines durant puis ce fut le début d’une tournée d’une dizaine de dates jusqu’à ce que Hassane Kouyaté et son équipe les programment pour des concerts au cœur de la ville.

Chanter en créole et s’approprier cette langue marquée par une histoire sombre et singulière n’allaient pas de soi pour la jeune femme. Enfant, le créole était tabou. Les familles, dont la sienne, ne pratiquant qu’un créole francisé acceptable pour la République ! Le français s’imposait sans vergogne, balayant toute une part d’identité et d’Histoire de France. Pourtant, au Conservatoire de théâtre de la Réunion, elle prend conscience de la richesse de la langue créole et finit par s’intéresser à sa version la plus traditionnelle et travaillée. Tout un univers musical, avec le maloya, et poétique s’ouvrait alors à elle. Paradoxalement, l’arrivée en Limousin ne fit que renforcer l’attrait pour l’imaginaire îlien en créole bien qu’il fut délicat d’assumer ce rapport à la créolité en pleine Creuse. Incongruité !

Incongruité apaisée par de nombreux séjours sur son île et le lien toujours vivace avec le milieu artistique local. Ainsi, Nelly s’envolera d’ici quelques jours, jouer un autre spectacle musical et poétique qu’elle a écrit et qui a été déjà joué en France. Sans sous-titres, pour laisser la magie de la langue opérer et séduire. Qu’importe le sens ! L’amour, la mer, la Terre, la souffrance sont universels ! Les voix de Nelly et de Mangane aussi !

Retrouvez Nelly Cazal au micro de Pascal Paradou, dans l’émission "de vive(s) voix" - RFI -, enregistrée lors du festival. Mathieu d’Angelo (dit Maky) et Babacar Oualy sont également invités.


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