NIGER - Autonomisation économique de la femme nigérienne, la voie pour vivre dignement

NIGER - Autonomisation économique de la femme nigérienne, la voie pour vivre dignement

22 novembre 2022 - par Balkissa Ibrahima Mahamane 
 - © Flickr - Ministère des Affaires étrangères des Pays-Bas
© Flickr - Ministère des Affaires étrangères des Pays-Bas

Par définition, l’autonomisation économique de la femme, désigne à la fois sa participation pleine et entière à la vie économique d’une Nation ou d’un pays par son accès facile aux ressources, aux biens fonciers ; à la formation ; aux moyens de production mais aussi et surtout, à l’emploi et à l’information sur les marchés entre autres, toute chose qui lui permettra de recouvrer sa dignité. L’autonomisation économique permet donc à la femme, d’accroitre son pouvoir d’action, ses droits afin de maitriser sa vie quotidienne.

Comme partout ailleurs, au Niger les femmes se battent sur tous les plans pour s’autonomiser malgré les stéréotypes qui jadis, les confinaient dans des rôles figés, s’écroulent sous nos yeux comme un château de carte au regard de l’évolution de nos sociétés. Elles représentent 50,4% de la population et constituent le principal moteur de la croissance nationale, selon les données du Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD).

Beaucoup d’entre elles, entreprennent des activités génératrices de revenus (AGR), afin de pouvoir subvenir à leurs besoins spécifiques. C’est l’exemple de Mme Halima Maïga, âgée de 45 ans, vendeuse de boissons de jus naturel avec un local bien structuré au quartier Terminus de Niamey. Depuis treize ans, cette brave dame, veuve de son état, a en charge quatre enfants dont, trois filles. C’est une femme très attachée à ce métier qu’elle exerce avec amour, passion et rigueur. Pour Mme Halima Maïga, il n’est pas question de tendre la main aux autres parce qu’on est veuve. « C’est le commerce que j’exerce qui m’a permis de faire face à toutes les charges familiales durant toutes ces années », dit-elle avec un air de fierté et d’endurance. C’est donc, grâce à son travail que Mme Halima Maiga arrive à prendre soin de ses enfants depuis le décès de leur père il y a plus d’une dizaine d’années. Elle a su payer les études supérieures de ses deux premiers enfants. A l’en croire, elle a commencé avec un budget de cinq mille francs 5.000 CFA seulement. « Chaque jour, je croise Dieu sur mon chemin car aujourd’hui, je reçois de multiples commandes pour des cérémonies sociales (mariages, baptêmes et autres). De nos jours, nombreuses sont les femmes qui exercent des AGR dans les différents marchés et quartiers, mais aussi, sur le net à travers la vente en ligne communément appelée e-commerce. Je fais partie de ces femmes. Nous avons compris qu’il ne faut pas tout attendre de l’homme » avait affirmé Mme Halima Maïga au sujet de cette nouvelle dynamique d’autonomisation de la femme. Ce qui est bien vrai car depuis l’arrivée des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC), plus de 40 % des travailleurs au niveau mondial sont des femmes selon un rapport de la Banque Mondiale. Bien que la révolution digitale améliore nos conditions de vie, leur accès laisse encore les femmes surtout rurales, en situation de désavantage d’après la FAO. Raison pour laquelle, l’ambition de Mme Halima Maïga veuve de son état, est d’amener ces femmes à faire comme elle, à travers la mise en œuvre d’un important programme de renforcement de leurs capacités en matière d’autonomisation financière ciblant dans un premier temps les femmes rurales de son département. Selon toujours Mme Halima Maïga, les technologies de l’information présentent de nombreux et nouveaux défis pour les femmes rurales. C’est une problématique qui lui tient à cœur depuis qu’elle en a fait la découverte.


© Balkissa Ibrahima Mahamane

Toujours, parmi ces femmes qui ont eu la chance d’être financièrement autonomes à travers leurs activités génératrices de revenus, figure une autre dame qui s’est frayer un chemin dans un environnement aux défis multiples, grâce à son centre de formation, d’apprentissage des métiers qu’elle a créé dans le but de promouvoir l’autonomisation financière des femmes. Dénommé foyer féminin Alhikma, qui signifie sagesse en langue locale, ce centre de formation est né au mois de septembre 2022. Il est situé à une cinquantaine de mètres de l’école Bleu-Blanc du quartier Lossogoungou dans le 1er arrondissement communal de Niamey. Voulue par les femmes et pour les femmes, cette structure de formation dédiée aux femmes est un véritable creuset d’apprentissage et de partage d’expérience des métiers porteurs d’avenir. Sur place, nous avons trouvé plusieurs femmes mariées et célibataires dont l’âge oscille entre 20 à 40 ans toutes à l’œuvre en train d’apprendre des petits métiers pour lutter contre le chômage et la pauvreté. Dans cette petite “baraque’’ qui peine à les contenir, une cinquantaine de jeunes femmes mues par l’envie d’apprendre sont subdivisées en plusieurs petits groupes. Pendant que certaines font les tricotages, d’autres confectionnent méticuleusement des chaussures à perles et un troisième groupe finalisent un tableau de décoration fait à base de cuillères jetables. Il y’en a aussi celles qui font la couture ou fabriquent des produits cosmétiques tels que le savon liquide ; la pommade de karité etc. Selon, la fondatrice de ce centre, Mallama Sakina, le foyer était autrefois, une école coranique “MAKARANTA”. « Depuis la création de notre centre de formation, nos élèves, sont soit des déscolarisées, soit, des femmes qui n’exercent aucune autre activité. Aujourd’hui, ils observent du changement dans leur vie quotidienne », s’est-elle réjouit. Une des élèves trouvées sur place et répondant au nom de Nana Fatouma Kimba Zelani, s’est dit satisfaite de son apprentissage. Les connaissances acquises tout au long de l’apprentissage, lui permettent aujourd’hui de gagner sa vie sans attendre quelque chose de ses parents ou de certains “Samarin Chawo” communément appelés les hommes trompeurs d’après une artiste locale.


© Balkissa Ibrahima Mahamane

Alou Ayé
© Balkissa Ibrahima Mahamane

Regard sociologique sur la vie des groupements féminins au Niger
Selon les explications fournies par le Sociologue Communicateur M. Alou Ayé, au Niger, les groupements féminins et les associations sont les premiers acteurs du changement de mentalité au niveau communautaire. Il y’a quelques années, dans la conscience collective, la place de la femme se trouve au foyer où elle doit s’occuper du bien-être de la famille. Mais avec l’accroissement de la scolarité de la jeune fille, l’on a compris que la femme est aussi une actrice du développement qu’il faudra impliquer à tous les niveaux de la vie collective. La cherté de la vie, la pauvreté, le taux élevé de chômage et les besoins sans cesse croissants de la famille en général et de la femme en particulier, ont permis à beaucoup de comprendre l’utilité de l’autonomisation financière de la femme pour la famille, la société et la communauté toute entière.

Du point de vue économique et social, les avantages sont nombreux lorsque la femme acquiert cette autonomisation économique, parce que de tout temps la femme a été injustement réduite à travailler uniquement dans le ménage. Or, ce travail n’est pas considéré comme étant un apport sur le plan économique ou en tout cas, n’a pas été quantifié comme tel. Selon M. Alou Ayé, le jour où la femme aura cette indépendance économique, cela suppose qu’on aura un bras valide de plus dans la communauté. Et, cela suppose qu’on a une autre source de revenus dans une famille. « En plus de l’homme qui est considéré comme étant un acteur économique, la femme vient se joindre à lui. Et du coup, la situation de cette cellule familiale, va s’augmenter parce que tout simplement, les deux vont apporter quelque chose en terme économique qui va soulager la gestion familiale. Autonomiser la femme, c’est avant tout, soulager les charges de l’homme et en même temps, rehausser l’indépendance économique de la femme. C’est une source de revenus supplémentaires qui peut aider véritablement le foyer à se développer, à mieux s’épanouir », avait-il indiqué. A noter que sur le plan social, une femme qui a une certaine autonomie financière, a toujours un droit au chapitre en termes de décision, de consultation, de concertation, lorsqu’il s’agit de problème de la société et de la cellule familiale.

Les actions déjà posées
Pour arriver à ce résultat, l’on note plusieurs initiatives mises en œuvre par l’Etat et ses Partenaires Techniques et Financiers (PTF), afin de contribuer au changement des mentalités et attitudes des hommes et des femmes sur le rôle de ces dernières. Ce qui a permis de transformer significativement les normes sexo-spécifiques néfastes à l’autonomisation économique des femmes.

Rappelons que, selon le document de la Stratégie Nationale portant sur l’Autonomisation Economique des Femmes au Niger élaboré en février 2015, le premier mouvement féminin formel a été l´Union des Femmes du Niger (UFN), créée en 1962 par le régime du parti unique de l’époque. Au fil des années, elle a pris une grande ampleur et se muer, 13 ans plus tard, en Association des Femmes du Niger (AFN). Des organisations féminines dotées des Projets et Programmes spécifiques à l’autonomisation de la femme nigérienne, remontent jusqu´au niveau des villages et hameaux. Parmi ces Programmes, l’on note le mouvement “Mata Masu Dubar” a (MMD) qui est particulièrement actif, avec la constitution de quelques 8.000 groupements réunissant plus d’un million de femmes depuis les années 1990. « Mata Masu Dubara », est une expression en langue hausa, signifiant littéralement femmes ingénieuses. C´est aussi, le nom de tout un réseau mis en place par l’ONG Care International, et qui constitue l’une des principales références de la structuration du mouvement féminin dans le pays. Cependant, force est de constater que malgré les nombreux efforts fournis par l’Etat, les PTF et par les femmes elles-mêmes, l’indépendance économique de la femme nigérienne reste encore un défi à relever. Pour ce faire, des actions visant à créer davantage un environnement plus sécurisé permettant aux femmes d’être plus représentatives dans les différents processus de prise de décision et de programmation, peuvent être engagées. Aussi, les hommes (maris et parents), doivent soutenir les femmes qui acceptent d’entreprendre quelque chose au sein de leur communauté car il y va de l’intérêt de toute la population. La place de la femme n’est pas seulement au foyer et au champ comme le chantent certains.


Article écrit dans le cadre de la création d’un réseau international de jeunes journalistes enquêtant sur les Objectifs de développement durable afin de sensibiliser les populations au respect de ceux-ci.
Organisation Internationale de la Francophonie ; Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (France) ; Ministère de la Francophonie (Québec) : Principauté d’Andorre.
Avec le soutien de l’École supérieure de journalisme de Lille (France) et de l’Institut francophone du Développement durable (Québec).


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