NIGER - Impact du changement climatique sur la pêche

NIGER - Impact du changement climatique sur la pêche

10 octobre 2022 - par Balkissa Ibrahima Mahamane 
 - © Flickr - Gustave Deghilage
© Flickr - Gustave Deghilage

Les pécheurs déplorent une situation précaire
Adamou Sékou, 54 ans, est pêcheur depuis son jeune âge. Cet homme au teint noir, les traits tirés par l’âge et à la taille moyenne est si attaché à son métier qu’il considère le fleuve Niger comme une seconde mère. « Depuis quelques années, nous, “les fils du fleuve Niger”, rencontrons d’énormes difficultés dans la pêcherie. Avant, nous remontions nos filets remplis de poissons, mais aujourd’hui, à peine arrivons-nous à en attraper une dizaine par tentative » dit-il.

Sans savoir ce qui lui arrive, Adamou voit ses conditions d’existence s’amenuiser au jour le jour, son métier sérieusement menacé. En réalité, il vit de plein fouet les conséquences du changement climatique. D’ailleurs, ils sont nombreux dans ce secteur à se plaindre et à s’inquiéter. « C’est très compliqué pour nous. On a de plus en plus du mal à exercer ce métier, le seul par lequel nous gagnons des revenus pour entretenir nos familles et assurer l’éducation des enfants » renchérit Zabeirou Salifou, le président de l’Association des pêcheurs que nous avons trouvé à Yantala-bas dans le 1er arrondissement communal de Niamey. Les deux pêcheurs comme beaucoup d’autres sont riverains du fleuve Niger appelé le Djoliba. Le témoignage de cet ancien pécheur est vivement soutenu par plusieurs de ses pairs ainsi que du président des pêcheurs du quartier Yantala de Niamey.
Les Hommes vivants le long du fleuve Niger, remarquent en effet, une faible capture par unité d’effort. Ils passent plus de temps sur l’eau pour gagner une capture médiocre de poisson.

© Balkissa Ibrahima Mahamane

Ainsi, au Niger, la pêche et l’aquaculture constituent des activités socioéconomiques très importantes qui occupent plus de 50 000 personnes. « Ce secteur engendre un chiffre d’affaires de plus de 76 millions d’euros, soit plus de 49 milliards de francs CFA » note le directeur national de la pêche et de l’aquaculture, le colonel Abdou Ibrahim. Ces chiffres s’expliquent en partie par le fait que le territoire Nigérien a la chance d’être traversé sur 42OO km par le fleuve Niger considéré comme le troisième des plus grands fleuves d’Afrique après le Nil et le Congo. Selon la Direction de la Pêche et de l’Aquaculture, les ressources halieutiques sont regroupées sur une superficie totale d’environs de 400. 000 d’ha répartis entre le fleuve Niger et ses affluents (sur 73 000 d’hectares),la Komadougouyobé (environs 600), le Lac Tchad (310 000). L’on dénombre aussi 970 mares naturelles et 69 retenues d’eaux artificielles qui contiennent aussi des ressources halieutiques.

Malgré tout, le poisson se fait de plus en plus rare dans le Djoliba. L’arrivée précoce d’étiage, l’ensablement et l’envasement des cours d’eau, les inondations perturbent les écosystèmes aquatiques et favorisent la pollution et l’urbanisation galopante liée à la démographie sont entre autres raisons pointées du doigt par les spécialistes du domaine. La responsabilité des pêcheurs n’est pas non plus à négliger. « Ils (les pêcheurs) s’acharnent sur les petites espèces par l’utilisation même des engins prohibés comme la seine “raclant”, les filets et éperviers de maillage inférieur à 6 mm ou trois doigts » déplore le colonel Abdou Ibrahim. « Le secteur de la pêche connait une situation précaire comme beaucoup de secteurs agricoles. Tributaire des effets du changement climatique, de l’urbanisation, de la pollution, de pratiques illicites, de l’insécurité, de la COVID 19, du manque de financement et d’insuffisances de cadres spécialisés, le secteur de la pêche, malgré qu’il soit pourvoyeur d’emplois et contributeur de l’économie nationale, de la sécurité alimentaire et nutritionnelle ne bénéficie pas d’un soutien approprié » a-t-il indiqué.

La production de poisson au Niger
Cependant, contrairement au fleuve Niger, les pêcheries des autres sources qui ont connu des opérations d’empoissonnement et qui ont respecté les principes de fermetures et d’ouvertures périodiques ont vu leur productivité se multiplier. Le retour de la Komadougou et la réouverture de la pêche durant ces deux dernières années ont aussi contribué à rehausser la production de poisson au Niger. « À titre indicatif, sur une prévision annuelle de 30 000 tonnes de poisson, 46 002 tonnes sont produites en 2020, soit un taux de réalisation de 153 %. La valeur marchande de cette production sur la base du prix moyen de 1.500 FCFA par kg de poisson frais est estimée à 69 milliards (rapport DPA 2021). Aussi, la production de 2020 a connu une progression de 1 018 tonnes par rapport à la production de 2019 qui était de 44 984 tonnes » précise le colonel Abdou Ibrahim. Certes, poursuit-il, la quantité de capture a augmenté, mais l’évaluation des prises montre plus de poissons de petites que de grandes tailles, ce qui est le signe d’une surexploitation de la ressource. Par contre, dans un extrait des résultats de l’enquête réalésée en 2012 par la filière pêchent et aquaculture n° 1, montre que les productions s’étalent entre 20 000 et 40 000 tonnes selon que l’on considère que la période intermédiaire est une période d’inactivité ou une période d’activité. La production nationale serait d’environ 40.000 tonnes, ce qui est proche des données existantes habituellement acceptées (45.000 tonnes). Par la méthode 3, les captures sont plus importantes à Dosso (28,04 %), suivi dans l’ordre de Tillabéry (24,39 %), Diffa (24,14 %) et de Tahoua (16,82 %). En effet, les captures les plus faibles sont observées à Niamey (2,42 %), Maradi (2,68 %) et Zinder (2,92 %). En moyenne la pêche génère plus de 40.milliards F.CFA de chiffres d’affaires par an. Le prix au kg varie d’une localité à une autre et d’une espèce à l’autre. Le prix du kg de poisson frais sorti de l’eau, varie de 400 F.CFA (mare) à 1.000 F.CFA (fleuve). La consommation nigérienne de poisson qui est de l’ordre de 3 kg/habitant et par an. La demande est portée majoritairement sur le poisson frais plutôt que sur le poisson transformé se font en toute saison. En meilleure saison (juin, juillet et août), il y a plus de sorties et les captures sont plus importantes qu’en mauvaise (mars, avril, mai). On relève que la capture en meilleure saison fait environ le triple de celle de la mauvaise saison. Il y’a une forte corrélation entre l’effort de pêche, le statut/régime du plan d’eau et les captures. La capture moyenne par sortie et par saison/pêcheur est plus importante dans la région de Diffa (43 kg), suivie de Dosso (27 kg) et Tahoua (22 kg). En mauvaise saison, les captures tombent en dessous de 5 kg par sortie sauf à Diffa.

Définition du changement climatique et ses effets néfastes sur la pêche
D’après l’article premier de la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC), on entend par Changements Climatiques : des changements de climat qui sont attribués directement ou indirectement à une activité humaine altérant la composition de l’atmosphère mondiale et qui viennent s’ajouter à la variabilité naturelle du climat observée au cours de périodes comparables ; en d’autres termes, c’est une perturbation à long terme, des paramètres climatiques habituels tels que les températures moyennes, les précipitations, les vents… qui caractérisent une région de la Terre. Les mesures à prendre pour contrôler le changement climatique dans le sous-secteur de la pêche sont connues. Autrement dit, la hausse de la température moyenne entre 1980/99 et 2080/99 s’échelonnera entre 3 et 4 °C sur l’ensemble du continent. Cette hausse sera moins forte au sein des espaces côtiers sahéliens et équatoriaux (< +3 °C) et la plus élevée dans le Sahel Continental (+ 3 à 3,5 °C). Source :(impact du c-c sur la pêche au Niger ; Tillabéry, le 31 aout 2013).

Lutte contre le changement climatique sur la pêche
Pour lutter contre les impacts du changement climatique sous le secteur de la pêche au Niger, l’État nigérien a adopté et mise en œuvre une Stratégie Nationale de Développement Durable de la Pêche 2022-2035. Et d’un plan d’action 2020-2024 dans lequel figure l’enquête, cadre pêche et les actions d’aménagements des bassins versants ; de l’habitat aquatique et des espèces qui y vivent dans ce biotope. Ainsi, il s’agit notamment de l’élaboration d’une Stratégie de l’Economie-Bleue du Niger et son plan d’action. De l’élaboration des textes complémentaires pour la mise en œuvre effective de la loi 2021-03 du 16 mars 2021 portant le régime de la pêche et de l’aquaculture au Niger. Du Financement du secteur au même titre que les autres secteurs de l’Agriculture.

« C’est aussi un challenge que nous avons, celui de reprendre notre enquête-cadre pêche. Le dispositif actuel de suivi statique pêche date des années 2011-2012 hors il est recommandé à chaque pays membre de l’UEMOA de renouveler son enquête-cadre pêche chaque 5 ans. C’est l’enquête-cadre qui permet à un pays de connaitre le nombre des pêcheurs dont ils disposent, les nombres d’engins de pêche, des embarcations, des équipements et même de la vie socio-économique et éducative des pêcheurs et aquaculteurs dont il compte. Sur la base de cela, on évalue les pressions exercées sur les ressources aquatiques. C’est aussi depuis cette enquête-cadre pêche de 2012 que l’on estimait la contribution de la pêche à 0,7 % du PIB national et que la consommation per capita est de 2.1 kg (ou 12.35 % des protéines animales consommées dans le pays). Présentement une enquête est en encours par l’INS avec notre participation pour déterminer cette contribution à cette année. Ces chiffres seront certainement revus » conclut le directeur national de la pêche, le colonel Abdou Ibrahim.


Article écrit dans le cadre de la création d’un réseau international de jeunes journalistes enquêtant sur les Objectifs de développement durable afin de sensibiliser les populations au respect de ceux-ci.
Organisation Internationale de la Francophonie ; Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (France) ; Ministère de la Francophonie (Québec) : Principauté d’Andorre.
Avec le soutien de l’École supérieure de journalisme de Lille (France) et de l’Institut francophone du Développement durable (Québec).


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