Nouveau-Brunswick - Une année d’actualité - 2018
Année Francophone Internationale

Nouveau-Brunswick - Une année d’actualité - 2018

9 février 2019 - par Pascal Raiche-Nogue 
Moncton - © Flickr - Shawn Harquail
Moncton
© Flickr - Shawn Harquail

POLITIQUE

Une année rocambolesque en politique provinciale

L’année 2018 a été marquée par les élections provinciales du 24 septembre et par leurs suites rocambolesques. C’est sans contredit le sujet politique qui a le plus retenu l’attention au Nouveau-Brunswick.

Lors du déclenchement de campagne électorale, en août, les libéraux (qui étaient au pouvoir depuis les élections de 2014) détenaient 24 sièges à l’Assemblée législative. Les progressistes-conservateurs en détenaient 21 et l’on comptait un député du Parti vert. Deux sièges étaient vacants. La course a été sans grand bouleversement. Les libéraux ont rapidement imposé une cadence effrénée, multipliant les discours, les promesses et les rassemblements. Les progressistes-conservateurs ont pour leur part opté pour un rythme beaucoup moins soutenu.
Le 24 septembre, les résultats ont pris à peu près tous les analystes par surprise. Les libéraux ont remporté le vote populaire avec une avance de près de 6 %, mais n’ont pu décrocher que 21 sièges. Leurs plus grands adversaires, les progressistes-conservateurs, en ont décroché 22.

Pour la première fois en près de cent ans, ni l’un, ni l’autre des deux grands partis – qui s’échangent le pouvoir depuis toujours au Nouveau-Brunswick – n’ont donc obtenu la majorité à l’Assemblée législative (soit 25 des 49 sièges). Deux tiers partis ont effectué des percées historiques. Le Parti vert a sorti son épingle du jeu en faisant élire trois candidats. La People’s Alliance of New Brunswick – une formation populiste de droite fondée en 2010 par un ancien pasteur baptiste et ancien militant progressiste-conservateur – a causé la surprise en l’emportant dans trois circonscriptions.
Ces résultats inattendus ont plongé le Nouveau-Brunswick dans l’incertitude politique. Le soir des élections, le Premier ministre libéral Brian Gallant et son rival progressiste-conservateur Blaine Higgs n’ont pas voulu concéder la victoire.

Brian Gallant a par la suite tenté de s’accrocher au pouvoir et de rallier les appuis nécessaires auprès des autres partis pour gagner la confiance de l’Assemblée législative. Il a présenté un discours du Trône qui reprenait plusieurs éléments des plateformes électorales des autres partis.
Ce discours, présenté une fois par année, est écrit par le gouvernement et lu par la lieutenante-gouverneure. Il doit être adopté par une majorité de députés de l’Assemblée législative pour que le gouvernement ne tombe pas. En coulisses comme sur la place publique, les partis se sont prêtés à un jeu d’alliances et à des tractations.

Cela est peut-être tout à fait normal dans des pays ou des régions qui sont dotés d’une forme ou d’une autre de représentation proportionnelle. Mais c’était du jamais vu (du moins au cours de l’histoire moderne) au Nouveau-Brunswick, une province dotée du mode de scrutin uninominal à un tour. Brian Gallant a fini par convaincre le Parti vert de voter en faveur de son discours du Trône, mais pas la People’s Alliance of New Brunswick ni le Parti progressiste-conservateur.
Le 2 novembre 2018, le gouvernement libéral est tombé. Blaine Higgs a succédé à Brian Gallant à titre de Premier ministre quelques jours plus tard. Il a ensuite présenté son discours du Trône, qu’il a fait adopter le 30 novembre avec l’appui de l’ensemble son caucus et des trois députés de la People’s Alliance.


Le Premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs
© Pascal Raiche-Nogue / Acadie Nouvelle

ÉCONOMIE

Les années se suivent et se ressemblent au Nouveau-Brunswick. En 2018, cette petite province d’à peine 747 000 habitants – situé à l’écart des grands centres urbains du pays et qui dépend grandement du secteur des ressources naturelles et des industries saisonnières– a continué à faire face à d’importants défis financiers, démographiques et économiques.

Une économie qui tourne au ralenti
Pour comprendre les dynamiques économiques du Nouveau-Brunswick, il faut savoir qu’il s’agit de l’une des deux provinces qui comptent le plus de personnes de 65 ans et plus, avec 19,9 % de la population (à égalité avec l’une des provinces voisines, la Nouvelle-Écosse). Dans l’ensemble du pays, on ne compte que 16,9 % d’aînés. Le vieillissement de la population – accéléré par la faiblesse de l’immigration et par les suites du baby boom des années 1950 et 1960 – commence de plus en plus à se faire sentir dans la province.
Les entrepreneurs le répètent à qui veut bien l’entendre ; elles ont beaucoup de difficulté à trouver suffisamment de travailleurs qualifiés. C’est l’une des priorités des groupes de lobbying qui défendent les intérêts des gens d’affaires sur la scène provinciale.


Des participants aux Jeux des aînés de l’Acadie jouent au serpentin —un jeu qui aurait vu le jour dans la région du Restigouche, au Nouveau-Brunswick lors de l’édition 2012 de l’événement
© Jean-François Boisvert / Acadie Nouvelle

Pendant ce temps, la province a un taux de chômage élevé. En décembre 2018, il était de 8,4 %, tandis qu’il n’était que de 5,6 % à l’échelle nationale. C’est ce qu’estime l’agence statistique nationale, Statistique Canada.
La croissance économique est elle aussi plutôt modeste au Nouveau-Brunswick. Le produit intérieur brut réel (PIB) n’a connu une croissance que d’environ 1 % en 2018 selon des estimations publiées en décembre.

Finances publiques : un surplus inattendu en 2018
Le gouvernement provincial du Nouveau-Brunswick a un budget déficitaire depuis l’année financière 2008-2009, lors de laquelle une crise financière majeure a ébranlé l’économie mondiale. La dette de la province n’a cessé de croître. Elle presque doublé au cours des dix dernières années pour atteindre 14 milliards $. L’enjeu retient l’attention dans le monde politique et fait constamment l’objet de débats et d’interventions de toutes sortes sur la place publique.

Au début de 2018, le gouvernement libéral de Brian Gallant a adopté son dernier budget annuel (pour 2018-2019) avant les élections du 24 septembre. Ce budget de 9,6 milliards $ prévoyait un déficit de 189 millions $ (le onzième de suite) pour l’année financière 2018-2019. Le déficit projeté a été révisé à la baisse à 131 millions $ quelques mois plus tard.

Les libéraux ont du même souffle reporté l’atteinte de l’équilibre budgétaire d’un an, à l’année financière 2021-2022. La décision a été qualifiée d’électoraliste par les partis d’opposition, qui ont reproché au gouvernement de se servir des fonds publics pour redorer son image auprès de la population.

En août 2018, la vérificatrice générale (une haute fonctionnaire indépendante qui rend compte à l’Assemblée législative et qui mène les audits du gouvernement provincial) a créé la surprise en annonçant qu’un léger surplus budgétaire de 67 millions $ au cours de l’année financière 2017-2018. Ce surplus était dû à l’augmentation des revenus, à la diminution des dépenses et à l’influx de transferts fédéraux supplémentaires. L’annonce a été effectuée quelques jours à peine avant le déclenchement officiel de la campagne électorale.

Quelques semaines après les élections du 24 septembre, le Parti progressiste-conservateur – dirigé par Blaine Higgs, un ex-ministre des Finances qui fait depuis longtemps la quête du déficit zéro l’une de ses priorités – a pris le pouvoir. Dès la lecture de son premier discours du Trône, en novembre 2018, le nouveau gouvernement – minoritaire, faut-il le mentionner – a annoncé son intention d’atteindre l’équilibre en 2020-2021 (soit un an plus tôt que ce qui était prévu par les libéraux). Les progressistes-conservateurs ont même ouvert la porte à un retour dans l’encre noire plus tôt, en précisant que le déficit serait effacé « d’ici à mars 2020 ».

SOCIÉTÉ et CULTURE

Les Jeux de la Francophonie 2021 dans la tourmente
En 2015, le gouvernement Nouveau-Brunswick a soumis la candidature des villes de Moncton et de Dieppe – situées l’une à côté de l’autre dans le sud-est de la province – afin d’organiser les Jeux de la Francophonie en 2021. Deux autres membres de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) étaient de la course : le Québec (ville de Sherbrooke) et la France (Guadeloupe). Ces deux membres de l’OIF ont retiré leur candidature, ce qui a ouvert la voie au Nouveau-Brunswick, qui a été officiellement été désignée en 2016. Au cours des deux années suivantes, l’organisation a suivi son cours en coulisses sans anicroche.

Ce que la population ignorait, c’est que pendant ce temps, les coûts projetés des Jeux de la Francophonie de 2021 ont explosé. La nouvelle a éclaté au début décembre 2018 après la prise du pouvoir par les progressistes-conservateurs. On alors compris que le budget initial de 17,5 millions $ – proposé par le gouvernement provincial lors du dépôt de la candidature, en 2015 et qui était calqué sur le budget conventionnel prévu par l’OIF – était nettement insuffisant. Lorsqu’un comité organisateur a été formé et qu’il a repris le dossier des mains du gouvernement provincial, des plans plus détaillés ont été effectués. Les coûts projetés ont alors été revus à la hausse à 45 millions $ en octobre 2017 et à 130 millions $ en mars 2018. Lorsque le voile a été levé sur l’explosion du budget, en décembre 2018, les partenaires financiers des Jeux n’ont pas réussi à s’entendre sur un partage des coûts.

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick, la Ville de Moncton et la Ville de Dieppe ont maintenu qu’ils allaient investir les fonds prévus initialement, en 2015, mais pas plus. Quant au gouvernement fédéral, il a accepté d’augmenter sa contribution, mais seulement si le gouvernement du Nouveau-Brunswick en faisait autant. Il s’est dit prêt à investir exactement le même montant que la province et les municipalités hôtesses.
Au cours des semaines suivantes, les gouvernements fédéral et provincial se sont lancé la balle, mais ni l’un ni l’autre n’ont changé leur position d’un iota. À la fin décembre, le Premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs a dit ne pas vouloir laisser traîner le dossier et qu’il prendrait une décision quant à l’avenir des Jeux en janvier 2019.

Le 15 janvier 2019, le vice-premier ministre du Nouveau-Brunswick et ministre responsable de la Francophonie (ainsi que seul francophone du conseil des ministres) a lancé un ultimatum aux partenaires financiers des Jeux. Il leur a donné jusqu’au 30 janvier pour clarifier leurs intentions. À la toute dernière minute, le 28 janvier, les organisateurs des Jeux ont proposé au gouvernement provincial d’organiser l’événement avec un budget de 62 millions $. Cette tentative n’a cependant pas été suffisante. Le 30 janvier 2019, le Premier ministre Blaine Higgs a annoncé le retrait du gouvernement du Nouveau-Brunswick de l’organisation des Jeux. La décision a été dénoncée en bloc par les communautés acadiennes et francophones.

Le chef de la People’s Alliance of New Brunswick, une formation politique populiste de droite, Kris Austin
© Pascal Raiche-Nogue / Acadie Nouvelle

La montée de la People’s Alliance crainte par les francophones
Le 24 septembre 2018, le cauchemar politique de la minorité francophone du Nouveau-Brunswick s’est réalisé lors des élections provinciales. Ce jour-là, la People’s Alliance of New Brunswick a remporté trois des 49 circonscriptions et a récolté 12,6 % des votes. Il s’agissait d’une percée historique pour cette jeune formation fondée en 2010 et qui n’avait remporté aucun siège et récolté moins de 3 % des votes lors des élections de 2014.
La People’s Alliance s’est retrouvée en position de force après le scrutin du 24 septembre 2018, le fait qu’aucun parti politique n’avait remporté une majorité de sièges lui permettait de gouverner seul. Avec ses trois sièges, elle a obtenu la balance du pouvoir. C’est d’ailleurs elle – avec l’aide des progressistes-conservateurs – qui a fait tomber le Premier ministre sortant, le libéral Brian Gallant, quelques semaines plus tard lors du dépôt du discours du Trône.

L’Alliance a ensuite appuyé le discours du Trône des progressistes-conservateurs et leur a permis de prendre le pouvoir en novembre 2018. Les deux partis ont commencé à collaborer de près sur divers dossiers. Si cela a donné des sueurs froides aux francophones, c’est parce que la People’s Alliance of New Brunswick est un parti populiste de droite particulièrement hostile à certains de leurs acquis et droits linguistiques. Il est par exemple en faveur de l’abolition du poste de commissaire aux langues officielles du Nouveau-Brunswick, un haut fonctionnaire indépendant qui répond à l’Assemblée législative.

La People’s Alliance veut aussi abolir la régie de santé francophone (qui fonctionne en français et qui gère le système de santé dans les régions francophones de la province) et ne croit pas que les francophones devraient avoir accès à des services ambulatoires de qualité égale à ceux reçus par les anglophones (ce qui va à l’encontre des droits constitutionnels de la minorité francophone).
Elle souhaite également les élèves anglophones et francophones soient transportés à l’école dans les mêmes autobus (alors qu’ils voyagent présentement à l’école à bord d’autobus séparés). La communauté francophone tient mordicus à ce que cela ne se produise pas, puisque les autobus deviendraient alors des lieux assimilateurs.

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