République tchèque - Une année d’actualité - 2018
Année Francophone Internationale

République tchèque - Une année d’actualité - 2018

9 janvier 2019 - par Petr Kyloušek 
 - © Flickr - Tore Bustad
© Flickr - Tore Bustad

POLITIQUE

La vie politique a été marquée par deux campagnes électorales. L’enjeu de la première – la Présidence de la république – a opposé, au premier tour, neuf candidats. Ce premier scrutin a désigné deux candidats du second tour : le président sortant Miloš Zeman et le candidat de l’opposition Jiří Drahoš, chercheur chimiste et ancien président de l’Académie des Sciences. Le miracle que laissait espérer l’union « sacrée » de l’opposition n’a pas eu lieu et Miloš Zeman a été réélu Président de la république au second tour, les 26 et 27 janvier 2018, avec 51, 36 % des voix contre 48,63 %. Les élections présidentielles ont confirmé la polarisation de la société tchèque, avec un double impact sur la vie politique : au niveau de la formation du gouvernement et de l’électorat.

Le Premier ministre Andrej Babiš
© wmc - Martin Strachon

Le soutien inconditionnel que Miloš Zeman apporte constamment au Premier ministre Andrej Babiš a influencé la formation du nouveau gouvernement, négocié à force de longs louvoiements et négociations entre le parti ANO d’Andrej Babišet les autres formations politiques : le parti émergeant Les Pirates, le Parti Liberté et Démocratie Directe (SPD), nationaliste et xénophobe, le Parti Communiste (KSČM), les sociaux-démocrates (ČSSD), la droite représentée par le Parti civique (ODS) et les chrétiens-démocrates (KDU-ČSL). La longue partie d’échecs a abouti au gouvernement minoritaire du parti ANO d’Andrej Babiš et des sociaux-démocrates, appuyé par le Parti Communiste. Ainsi, pour la première fois, depuis la Révolution de Velours, en 1989, le Parti Communiste pèse dans les décisions et les affaires parlementaires.
La polarisation politique qui caractérise la société tchèque est analogue à celle que vit l’Europe, sous différentes formes, à l’heure actuelle : d’un côté un électorat populaire, enclin à un certain autoritarisme paternaliste, préférant l’isolationnisme national et opposé à l’immigration et à la mondialisation, de l’autre côté un électorat libéral, plutôt urbain, de différentes tendances. Le blocage de la situation politique donne lieu à des manifestations publiques, parfois choquantes, qui tentent de nier la légitimité du Premier ministre Andrej Babiš et du président Miloš Zeman de représenter le peuple et le pays lors des célébrations et anniversaires. Toujours est-il qu’Andrej Babiš, accusé de détournement de fonds européens, continue à faire face à l’enquête de la police et aux votes réitérés de l’Assemblée nationale où l’opposition profite de toute occasion pour demander sa démission. Malgré cela, son parti ANO se maintient constamment à 30 % dans les sondages. Toutefois, une certaine érosion est perceptible que semblent avoir indiquée les résultats des élections communales et sénatoriales du mois d’octobre. Tout en se maintenant dans les villes de moyenne importance, le parti ANO a perdu la mairie de Prague et celle de Brno et il a subi un échec clair au deuxième tour des élections sénatoriales où l’opposition avait su jouer le soutien réciproque contre les candidats de Babiš. Les deux élections d’octobre ont montré la consolidation et la remontée du traditionnel Parti civique (ODS) et un renforcement des Pirates qui, en coalition, imposent leur maire à Prague et deviennent des joueurs marquants des échiquiers communaux. Le Parti civique, vainqueur des sénatoriales, a réussi à négocier l’élection de leur candidat Jaroslav Kubera à la présidence du Sénat, une fonction d’importance dans le système constitutionnel tchèque. Serait-ce là le signe d’un changement politique aux prochains scrutins ?
En politique étrangère, le comportement pragmatique, pro-européen, d’Andrej Babiš contraste avec les affinités pro-russes et pro-chinoises du président Zeman. La Tchéquie semble se conformer à l’image d’une Europe qui se cherche sans toutefois pencher ni du côté clairement intégrationniste d’Emmanuel Macron ni du côté plutôt isolationniste de certains pays de l’Europe centrale, avec lesquels elle continue à entretenir d’excellentes relations.

ÉCONOMIE

Malgré le ralentissement de la croissance, de 4,6 en 2017 à 3,8 % prévus pour 2018, la Tchéquie fait partie de l’espace centre-européen qui vit une période d’essor et de développement. L’augmentation des salaires, notamment dans le secteur industriel et le bâtiment, qui manquent de main-d’œuvre, va de pair avec la baisse du chômage à 2,4 %, y compris le chômage de longue durée qui se situe actuellement à 1,7 %. Toutefois la structure de l’économie, notamment la domination du secteur automobile et l’importance des usines Škoda, Hyundai, Peugeot, Citroën ou Toyota, éveille des inquiétudes et impose la nécessité de donner préférence au développement des nouvelles techniques et industries informatisées. L’avantage est une réserve démographique professionnelle pour ces postes hautement qualifiés, peut être un nombre élevé de femmes issues de formations universitaires – près de 60 % des femmes dans les professions exigeant la formation en mathématiques et en sciences naturelles, 83,5 % dans le secteur de la santé et dans les services sociaux. Cependant un tiers des femmes entre 25 et 35 ans, de formation universitaire, préfèrent le congé de maternité de longue durée au gardiennage. La mise en place d’un système de travail à temps partiel ou de travail à domicile sera nécessaire pour faire évoluer la situation.


Dans l’usine TPCA (Toyota - Peugeot - Citroën)
© TPCA

SOCIÉTÉ et CULTURE

L’année 2018 a été celle des grands anniversaires et commémorations. L’histoire tchèque semble particulièrement jalonnée par le chiffre 8, et non seulement pour le XXe siècle : à côté des batailles commémorées (1278, 1618), il y la fondation de l’Université Charles (1348), celle du Musée National (1818), la révolution de 1848, la création de la Tchécoslovaquie (1918), les accords de Munich qui ont précédé l’occupation nazie (1938), le coup d’État communiste (1948), le Printemps de Prague et l’occupation soviétique (1968).
Un certain nombre de manifestations culturelles qui concernent les relations franco-tchèques ont été naturellement liées à ces anniversaires. En premier lieu. Il s’agit de l’exposition intitulée Notre France qui s’est tenue du 10 mai au 31 octobre au Pavillon de la Montagne Blanche à Prague et qui a été consacrée aux traductions tchèques et aux illustrations de la poésie française.

Jiří Šíma, eau-forte colorée dans le livre Paříž (Aventinum, Praha 1927)

Les contacts entre les avant-gardes tchèque et française, incarnés par le peintre Josef Šíma (Sima), sont aussi au cœur de l’exposition Vers le Grand Jeu à la Galerie Morave de Brno. Il faut mentionner également deux expositions consacrées aux peintres tchèques liés au milieu parisien : František Kupka (Prague) et Alfons Mucha (Parc des Expositions de Brno). Si la diplomatie française a été déterminante pour l’indépendance et la création de la Tchécoslovaquie en 1918, les relations culturelles ont tissé un canevas bien plus durable qui traverse tout le XXe siècle.
L’édition a en partie accompagné les expositions précitées : la volumineuse publication Notre France a rassemblé les études concernant les traducteurs, les illustrateurs et les éditeurs tchèques de la poésie française, alors que Le Grand Jeu présente la correspondance de René Daumal avec les écrivains et les artistes tchèques. L’année 2018 a vu aussi la réédition de deux traductions d’Alfred Jarry (Messaline, Le Surmâle) et l’entrée en force d’auteurs québécois : Larry Tremblay (Orangeraie), Jocelyne Saucier (Il pleuvait des oiseaux) et de Christian Guay-Poliquin (Le Poids de la neige).
Parmi les activités saisonnières organisées régulièrement par l’Institut français de Prague et les six alliances françaises de la Tchéquie (Brno, Ostrava, Plzeň, Pardubice, Liberec, České Budějovice) il importe de signaler Les Journées de la Francophonie, le festival Bonjour Brno et le Festival du Film Français qui cette année a présenté notamment Bécassine (Bruno Podalydès), Le Grand bain (Gilles Lellouche), En guerre (Stéphane Brizé), L’Apparition (Xavier Giannoli). Mentionnons aussi Les Journées de l’Afrique (22.- 31.5.) organisées par l’Alliance française de Brno : projection du film Aujourd’hui (Alain Gomis), lectures et débats avec l’écrivain Caya Makhélé, conférence sur l’Humour noir de l’Afrique noire.


L’entrée de l’exposition "Notre France"
© Centre tchèque

ENSEIGNEMENT et RECHERCHE

Le Centre français de recherche en sciences sociales (CEFRES) qui, en coopération avec l’Institut français de Prague, l’Université Charles et l’académie des sciences coordonne les études doctorales en Europe a décerné le Prix Jacques Derrida aux trois meilleures thèses en sciences humaines et sociales : la première place a été remportée par Josef Wilczek (Université Masaryk, thèse portant sur le traitement informatisé des artefacts archéologiques, la deuxième par Radek Janhuba (Université Charles, thèse sur l’optimalisation économique dans le domaine du sport), la troisième par Jana Fabová (Université Palacký, thèse consacrée aux dialectes des immigrés italiens au Brésil). La cérémonie de remise des prix a eu lieu le 20 juin 2018 à l’Ambassade de France à Prague en présence de l’Ambassadeur Roland Galharague et de trois lauréats du prix Nobel : Jean-Marie Lehn, Jean-Pierre Sauvage et Serge Haroche.