Sauter dans le TGV des nouvelles technologies

Sauter dans le TGV des nouvelles technologies

Par Jean-Noël Cuenod - contributeur au réseau AGORA - ZIGZAG - AFI
15 septembre 2016
© Jean-Noël Cuenod
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Le président de la République de Madagascar, Hery Rajaonarimampianina (Ph : Cyril Bailleul / OIF)

Dans une économie numérique largement dominée par la langue anglo-américaine, les francophones doivent s’organiser pour ne pas rester sur le quai et rater le TGV des nouvelles technologies. Consciente de cette urgente nécessité, l’OIF (Organisation internationale de la Francophonie) a mis sur pied, mercredi à son siège parisien, la première « Journée de la Francophonie économique et numérique ». Quelque 200 personnalités issues du monde académique, de la nouvelle économie, de la politique et de la diplomatie y ont participé. Il s’agissait de rédiger un « livre blanc » destiné au XVIe Sommet de la Francophonie qui se tiendra les 26 et 27 novembre à Antananarivo. D’ailleurs, le président de la République de Madagascar, Hery Rajaonarimampianina, a assisté aux travaux de cette journée où il a été le plus souvent question de l’Afrique en développement.

« L’Organisation internationale de la Francophonie a démontré son savoir-faire en matière de diplomatie, de culture et d’enseignement. Elle doit désormais s’investir dans les secteurs de l’économie et du numérique » explique, en substance, Michaëlle Jean, secrétaire générale de la Francophonie. Dédaigner la nouvelle économie est un luxe que les pays francophones ne sauraient se payer, notamment dans leur lutte contre le chômage massif des jeunes, pourvoyeur de troupes pour les organisations criminelles et terroristes. La secrétaire générale a rappelé les initiatives prise par l’OIF, créatrice d’incubateurs qui aident les jeunes et les femmes à monter leurs entreprises.


Michaëlle Jean, secrétaire générale de la Francophonie (Ph : Cyril Bailleul / OIF)

Sur la piste du financement participatif
L’information la plus intéressante qui est sortie de cette journée a été apportée par Arnaud Poissonnier, président de Babyloan, une société solidaire spécialisée dans le microcrédit. A l’occasion du prochain Sommet de la Francophonie, l’OIF lancera sur la Toile son portail destiné à soutenir des projets de création d’entreprises par le financement participatif (en franglais, crowfunding). Ce système « don contre récompense » permet de se passer des services bancaires qui sont hors de portée des créateurs de petites entreprises. Il convient donc particulièrement bien aux jeunes des pays en développement qui veulent lancer leur projet. Hélas, il ne leur sera pas accessible directement, du moins pour le moment. Ce type de financement participatif s’adresse aux pays industrialisés qui sont liés par des accords d’échanges monétaires. Dès lors, un jeune du Burkina Faso ou de Côte d’Ivoire ne pourra pas financer son projet par ce truchement.


Arnaud Poissonnier - président de Babyloan (Ph : Cyril Bailleul - OIF)

Néanmoins, selon Arnaud Poissonnier, il existe un moyen pour surmonter cet écueil : « Il faut créer ce que j’appelle un tiers de confiance qui pourra prendre la forme d’une association. Ce tiers de confiance, basé dans un pays industrialisé, mettra en ligne sur son site le projet des jeunes Africains et récoltera les fonds nécessaires par son intermédiaire ».
Aider à la création de ce tiers de confiance fera-t-elle partie des initiatives de l’OIF ? En tout cas, le financement participatif n’est plus du tout un accessoire marginal dans la finance mondiale. D’après Arnaud Poissonnier, dans dix ans, le financement participatif drainera sur la planète quelque 1000 milliards de dollars. D’où l’importance vitale pour les pays en développement d’irriguer une partie de ce flux vers leurs économies.

Obésité règlementaire et cybersécurité
Toutefois, le financement participatif et l’économie numérique ne sont pas des potions magiques. Les États concernés doivent aussi y mettre du leur, dans deux directions principales. D’une part, adapter les codes nationaux – trop souvent atteints d’obésité règlementaire – à la nouvelle économie ; d’autre part, assurer la sécurité numérique afin d’éviter que les échanges sur internet ne soient pollués par la cybercriminalité. D’une manière générale, le développement économique est indissociable de l’État de droit. Sans État de droit, pas de sécurité juridique. Sans sécurité juridique, pas d’investissement. Sans investissement pas de développement économique.

En matière de formation, les pays francophones de l’Afrique subsaharienne ont pris du retard par rapport à certains de leurs voisins anglophones. L’un des participants à cette Journée a déploré le fait que le numérique n’était pas enseigné aux écoliers dans les États de l’Afrique francophone, contrairement au Ghana qui prévoit cet enseignement dès la maternelle.
Toutefois, avec ses taux de croissance de 5 à 6% qui feraient rêver les Européens, l’Afrique francophone subsaharienne démontre sa vigueur. Et l’ancien premier ministre du Bénin, Lionel Zinsou de citer en exemple quelques initiatives emblématiques de la créativité africaine, tels ces jeunes Togolais qui ont créé une imprimante 3D en recyclant de vieux appareils électroniques. Comme le formule Alioune Sarr, ministre sénégalais du commerce : « L’Afrique francophone n’est pas un espace de mendicité ».

L’économie francophone, c’est…

20% des échanges commerciaux du globe
16% du Produit Intérieur Brut (PIB) mondial
14% des ressources énergétiques de la planète
la troisième langue des affaires (après l’anglais et le mandarin mais devant l’arabe et l’espagnol)
274 millions de personnes
80 États.