Tchéquie - Une année d’actualité - 2019

Tchéquie - Une année d’actualité - 2019

11 janvier 2020 - par Petr Kyloušek 
 - © Flickr - David Seibold
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POLITIQUE

Après les élections législatives de 2017 et les présidentielles de 2018, le gouvernement minoritaire de coalition d’Andrej Babiš a passé avec succès le test des élections européennes du 24 et du 25 mai 2019 centrées sur deux thèmes majeurs, celui du dirigisme de la Commission Européenne, perçu par la population comme un avatar de l’ancien autoritarisme communiste, et celui des quotas migratoires refusés par trois des quatre pays du groupe de Visegrad.


Andrej Babiš (à dr) et ses collègues du Groupe de Visegrad
© Flickr - V4Presidency

La position pragmatique du parti ANO de Babiš s’est avérée gagnante avec 21 % des voix (6 députés sur les 20 qui échoient à la Tchéquie), devant les deux partis majeurs de l’opposition ODS (14 %, 4 députés), les Pirates (13 %, 3 députés), STAN (11 %, 3 députés). Les nationalistes du parti SPD en sont restés à 9 % (2), les chrétiens-démocrates KDU-ČSL à 7,2 % (2), les communistes à 6,9 % (1). Le grand perdant est le parti socialiste sans aucun député au Parlement européen. Malgré un très faible taux de participation (28,7 %), les élections européennes ont confirmé une des causes du malaise politique dû à l’inefficacité de l’opposition divisée entre la droite (ODS, STAN) et la gauche (Pirates) : les deux composantes de l’opposition attisent périodiquement le scandale du détournement des subventions européennes par le holding de Babiš, Agrofert, sans ébranler la position du Premier ministre recueillant constamment le tiers des intentions de vote à tous les sondages. Il convient de dire que le détournement des subventions européennes reste toujours encore litigieux, le dossier et les arguments à charge sont encore à compléter, selon les injonctions récentes du procureur général. Du moins les Tchèques s’habituent à un Premier ministre placé sous l’enquête de la police, mais non encore inculpé, faute de preuves. Serait-ce là une preuve de l’indépendance de la police et du pouvoir judiciaire auquel l’opinion publique fait confiance et dont le fonctionnement indépendant est considéré comme un des acquis majeurs des trois décennies écoulées ?

Trente ans après la chute du mur de Berlin et la révolution de velours de Prague, la société tchèque semble polarisée. Si une partie des élites reste campée sur les positions antigouvernementales en s’alignant sur la politique de la Commission Européenne, notamment en matière de migration et d’écologie, elle reste perdante à cause du radicalisme de certaines manifestations qu’il s’agisse du mouvement Exctinction Rebellion, des prises de position anti-russes ou anti-chinoises, perçues par une population plutôt pragmatique comme trop radicales, moralisatrices ou manipulatrices. Pourtant, l’opinion publique ne reste pas les bras croisés. La nomination de la nouvelle ministre de la Justice, Marie Benešová, proche du président Miloš Zeman, a provoqué le mouvement Un million d’instants pour la démocratie (Milion chvilek pro demokracii) qui a rassemblé à Prague et dans les autres villes les plus importantes manifestations depuis la révolution de velours de 1989, à commencer par celle du 23 juin 2019, avec plus de 250.000 manifestants.


Manifestation : "un million d’instants pour la démocratie"
© Reflex.cz

La polarisation politique s’est transformée à plusieurs reprises en une joute autour des différents anniversaires dont l’année 2019 a été jalonnée : occupation de la Tchéco-Slovaquie en 1939 par l’Allemagne nazie, mort de l’étudiant Jan Opletal, fermeture des universités et internement des étudiants dans les camps de concentration en 1939, mort de Jan Palach en 1969 et processus dit de normalisation mis en place par l’occupation soviétique, révolution de velours en 1989. D’autres anniversaires sont restés plus discrets : le centenaire de la fondation des nouvelles universités en 1919 - Université Masaryk, Université Mendel et École vétérinaire à Brno.


A la mémoire de Jan Palach et Jan Zajic
Jan Zajic s’est immolé par le feu lors d’une cérémonie en mémoire de Jan Palach, le 25 février 1969.
© Flickr - Zoran M.

Un événement a peut-être réuni la population autour d’un sentiment largement partagé : le décès, le 1er octobre, de la star de la chanson pop Karel Gott et les obsèques nationales suivies par des milliers de personnes de tout âge.


Les tchèques, en masse, rendent un dernier hommage à Karel Gott
© Hospodarské noviny

ÉCONOMIE

En suivant la courbe décroissante de l’économie européenne, notamment allemande, dont la République tchèque dépend pour un tiers de sa production et de ses exportations industrielles, la croissance des années précédentes a diminué de 4,6 % en 2017 et 3,8 % en 2018 à 2,7 % pour 2019. La nécessité de la transformation technologique qui s’impose au secteur automobile des usines Škoda, Hyundai, Peugeot, Citroën ou Toyota éveille des inquiétudes et incite à développer les nouvelles techniques et industries informatisées comme Avast, Sonet, Jablotron, ou les compagnies commerciales comme Alza. La robotisation est en progrès et le gouvernement se voit obligé de soutenir davantage la recherche et le secteur de l’éducation, longtemps sous-financé. L’éducation et la santé publique sont les deux secteurs où l’activité syndicale et les revendications salariales sont les plus marquées. Le taux de chômage se maintient à 2,7 % depuis 2018.

SOCIÉTÉ et CULTURE

Un fait est certain : depuis la réforme des programmes scolaires en 2007 qui accorde à l’anglais le statut de langue prioritaire dans le premier cycle (à partir de la 3e année de la scolarisation) et aux autres langues la position de la seconde langue (à partir de la 5e année), le français cède devant l’allemand, le russe et devant l’espagnol. Le nombre des apprenants de français est en chute libre ce qui va se répercuter dans le deuxième et le troisième cycle du système scolaire.

Pour le moment, les activités culturelles francophones se poursuivent sur la lancée et la force de la tradition, grâce aussi aux efforts conjugués de l’Institut français de Prague, du réseau des Alliances françaises et des autorités et organisations tchèques.

Le Salon du Livre qui s’est tenu du 9 au 12 mai à Prague et à Plzeň a vu les lectures publiques des traductions de Jean-Marie-Gustave Le Clézio et Michel Tournier. Miguel Bonnefoy a présenté son nouveau roman Sucre noir et Alain Finkielkraut ses essais. Un débat s’est tenu sur Milan Kundera pour rappeler ses quatre-vingt-dix ans. Ce débat a suivi l’exposition de la Bibliothèque Morave de Brno consacrée au romancier tchéco-français. Plusieurs écrivains et intellectuels sont venus à Prague et dans d’autres villes pour parler de leurs œuvres et partager leurs idées : Pierre Michon, Gilles Kepel, Nocilas Tenzer, Nancy Huston, François Julien, Marie Laure Geoffray, Pierre Allart, Delphine Horvilleur. L’Institut français de Prague a organisé la rencontre avec Petr Král, lauréat du Grand prix de la francophonie de l’Académie française. Parmi les auteurs nouvellement traduits, mentionnons Dany Laferrière, Michel Serres, Bernard Minier, Michel Houellebecq, Didier Decoin et surtout Céline dont on aura bientôt une traduction complète en tchèque grâce au travail systématique d’Anna Kareninová, lauréate, cette année, du Grand prix du Ministère de la Culture.


L’Institut français, toujours au coeur d’animation francophone
© IF Prague

La scène musicale a produit les concerts du violoniste de Renaud Capuçon et de la pianiste Marina Samson au Festival Antonín Dvořák à Prague et à Mariánské lázně (Marienbad). L’organiste Jean-Baptiste Dupont a enrichi le Festival International d’Orgue de Prague.

La 15e édition du Festival d’Afrique qui a eu lieu s’est déroulée à Prague du 18 au 20 mai a eu au programme l’histoire d’Amadou Hampate Ba, penseur de Mali, une lecture scénique de la pièce du théâtre du Béninois Sédjra Houansou, des projections de films sur le Mali. Le Festival International du Théâtre, à Brno, a consacré une soirée à la lecture scénique de Fontaine solaire de la Martiniquaise Suzanne Césaire. Une autre performance de taille a été Europena de Patrik Ouředník, dans la mise en scène de Sarah Lecarpentier et avec Arnault Lecarpentier dans le rôle principal.

Le public tchèque a pu apprécier plusieurs nouveautés cinématographiques : Les Misérables de Ladj Ly, Curiosa de Lou Jeunet, Raoul Tabourin et Yao de Pierre Godeau ou Wellness de Guillaume Nicloux. Le Festival de Karlovy Vary (Carlsbad) a salué le cinéaste québécois Denis Côté et son Répertoire des villes disparues, ainsi que Génèse de Philippe Lesage.

Parmi les expositions marquantes relevons celle du Palais Kinský de Prague sur les impressionnistes tchèques inspirés par la Bretagne Bonjour, Monsieur Gaugin, et l’exposition consacrée à Josef Šíma et au Grand Jeu Un peintre parmi les poètes – Un poète parmi les peintres dans le cadre de laquelle Bertrand Schmitt, poète et réalisateur de films documentaires, a organisé une présentation du peintre-poète.

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