Thaïlande - Une année d’actualité - 2018

Thaïlande - Une année d’actualité - 2018

24 mars 2019 - par Jean-Philippe Leblond  , Yann Roche 

Mise en contexte

L’actualité thaïlandaise de l’année 2018 a été dominée par plusieurs évènements, dont l’un relevant du fait divers, mais ayant eu tout de même pour effet d’attirer l’attention du monde entier sur le pays. En premier lieu, plus qu’un évènement en tant que tel, 2018 a été l’occasion pour la junte militaire au pouvoir depuis 2014 de renforcer sa mainmise sur la Thaïlande. Le régime, dirigé par le général Prayut Chan-O-cha, a reporté les élections initialement prévues en novembre 2018 jusqu’en 2019, le tout sans que la moindre pression internationale ne se fasse sentir. Bien au contraire, le général était reçu comme un chef d’État au Royaume-Uni et en France. Ensuite, et dans un tout autre ordre d’idées, la Thaïlande a fait la Une de l’actualité estivale lors du spectaculaire sauvetage des treize enfants coincés dans la grotte de Tham Luang (1), non loin de Chiang Rai, dans le Nord.

POLITIQUE

Le Premier ministre Prayut Chan -ocha
© Flickr - Dominique A. Pineiro

Dans le domaine politique donc, les élections promises pour 2018 ont une nouvelle fois été reportées par la junte, cette fois-ci jusqu’au début de l’année suivante. En fait, la date initialement fixée, le 24 février 2019, a par la suite été reportée au 24 mars 2019, cette fois-ci pour cause de préparatifs du couronnement du nouveau roi. Si cette dernière date semble devoir être la bonne, il apparaît de plus en plus probable que le scrutin n’ait que peu de chances d’apporter un réel changement. En effet, la constitution imposée par référendum par le pouvoir en place en 2017 assurera de toute évidence le maintien de l’autorité du général Prayut, quel que soit son résultat des urnes, puisque le chef de gouvernement n’aura pas besoin d’être un élu. Prayut n’a même pas eu, contrairement aux autres éventuels candidats, à déclarer sa candidature 90 jours avant le déclenchement des élections (2).

Prayut a par ailleurs marqué des points sur le plan diplomatique en effectuant une tournée en Europe fin juin, tournée au cours de laquelle il a successivement été reçu à Londres par Teresa May puis à l’Élysée par Emmanuel Macron (3). À cette occasion, le président français a eu beau insister sur la nécessité pour la Thaïlande d’un « retour sur le chemin de la démocratie », il a également, par communiqué, « noté l’engagement du Premier ministre Prayut Chan -ocha à ouvrir l’espace politique dans un très proche avenir et à tenir les élections d’ici à février 2019 ». Cette reconnaissance internationale implicite a bien entendu choqué les opposants au régime, d’autant que ces derniers semblent progressivement perdre du terrain politique (4).

En effet, si en février 2018, des manifestations organisées par les partisans de Thaksin et de sa sœur (5) ont contesté le nouveau report des élections, en bénéficiant d’un certain succès populaire, les mouvements de contestation se sont par la suite essoufflés (6). L’étoile des Shinawatra, Thaksin et sa sœur Yingluck, tous deux ex-Premiers ministres et tous deux chassés par un coup d’État a en effet pâli. En fait, bien que Yingluck ait fait l’objet d’une demande d’extradition de la part du gouvernement thaïlandais auprès du Royaume-Uni suite à une condamnation à cinq ans de prison pour négligence (7), elle et son frère ont encore beaucoup d’influence sur le Pheu Thai, principal parti d’opposition à la junte. Mais ce dernier, en dehors de ses traditionnels appuis dans les régions rurales du nord et du nord-est, ne semble pas être en mesure d’emporter la mise lors des prochaines élections entre autres en raison des modifications au mode de nomination ou d’élection du Premier ministre, des députés et des sénateurs.

L’influence des Shinawatra se fait aussi sentir sur un autre parti d’opposition, le Thai Raksa Chart Party, qui s’est distingué en recrutant comme candidate la propre sœur du roi Ubolratana Rajakanya Sirivadhana Varnavadi (8), candidature qui devait être rejetée par la suite par le roi lui-même.

Sur cette scène politique troublée, une nouvelle « étoile montante » est apparue, en la personne du milliardaire de 40 ans Thanathorn Juangroongruangkit (9), leader du Future Forward Party, qui a promis de mettre fin à la dictature. Sans surprise, il se trouve à présent dans l’eau chaude, car on lui reproche d’avoir produit une biographie inexacte. Son parti semblait promis à mener une éventuelle coalition de partis opposés à la junte, mais ce « scandale » plutôt mineur pourrait lui coûter cher sur le plan politique. Mais en tout état de cause, l’opposition semble s’essouffler et se diviser et avoir peu d’espoir de remporter une victoire décisive, qui serait donc de toute manière amputée de son efficacité par les contraintes imposées par la constitution récemment amendée par la junte.

Dans le sud, par contre, l’opposition au régime de Bangkok demeure forte, notamment du côté des mouvements musulmans rebelles, qui ont relancé des attaques durant l’été après une période de calme relatif dont le pouvoir s’était attribué le mérite (10). La situation reste tendue et la junte du général Prayut ne semble pas avoir imposé une paix durable sur les trois provinces à majorité musulmane rétives.

ÉCONOMIE ET SOCIÉTÉ

Du point de vue de la société thaïlandaise, l’un des principaux évènements a donc été le sauvetage des enfants de la grotte de Tham Luang, au cœur de l’été (11). D’abord considérés comme disparus, 12 jeunes membres d’une équipe de football thaïlandaise et leur entraîneur avaient été retrouvés bloqués dans une grotte inondée non loin de Chiang Rai. Les conditions dans lesquelles se trouvaient les enfants et la difficulté de les secourir en ont fait un fait divers majeur. Les étapes de l’opération de sauvetage qui ont duré plusieurs jours ont donc été suivies dans le pays, mais aussi dans le monde entier, le mot-clic #ThaiCaveRescue devenant un des mots les plus répandus du début juillet. Le 12 juillet, les derniers membres du groupe de 13 enfants et leur entraîneur, qui étaient entrés dans la grotte le 23 juin ont tous été sauvés, la périlleuse opération ayant toutefois malheureusement coûté la vie à l’un des sauveteurs, un plongeur thaïlandais.

Au-delà du fait divers, l’élan d’intérêt et de solidarité causé par le drame, avec notamment la participation de plongeurs australiens et l’implication controversée du célèbre milliardaire Elon Musk(12) ont fait de ce sauvetage, qui s’est donc bien terminé, l’un des hauts faits de l’été dans le monde.



Autre fait divers, de moindre ampleur, en cette année de coupe du monde, le monde du football a été endeuillé par le décès dans un accident d’hélicoptère d’une personnalité thaïlandaise de premier plan, le millionnaire Vichai Srivaddhanaprabha, propriétaire du club de football anglais de Leicester (13). Proche de la famille royale, ce dernier était aussi très apprécié en Angleterre, et ses obsèques ont été l’occasion pour le football anglais d’exprimer cette appréciation.


Le tourisme maritime en difficulté
© Flickr - Eng hooi sim

Enfin, le secteur touristique, moteur de l’économie du pays, a subi plusieurs revers. Tout d’abord, en juillet, le secteur a été endeuillé par le naufrage spectaculaire et meurtrier au large de Phuket, d’un bateau transportant des touristes et surpris par une tempête (14). Faisant 37 victimes, principalement chinoises, parmi les 105 passagers, le naufrage du Phoenix a relancé le débat sur la sécurité dans les transports maritimes consacrés au tourisme dans le sud du pays. Débat qui est loin d’être clos.

Autre coup dur pour une industrie qui demeure l’un des fers de lance de l’économie thaïlandaise, la fermeture en octobre de la célèbre plage du film the Beach, pour cause de déprédations liées à la surexploitation touristique (15). L’industrie, qui continue à se maintenir malgré les remous politiques et la présence au pouvoir d’une junte militaire qui se garde bien de lui nuire directement, pourrait accuser le coup dans les mois à venir de ce genre d’événements.


© Flickr - Roberto Trombetta

Notes :

(1) https://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2018/07/06/thailande-une-mission-de-sauvetage-compliquee-pour-sortir-les-enfants-de-la-grotte_5327448_3216.htm

(2) http://www.nationmultimedia.com/detail/opinion/30359420

(3) https://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2018/06/25/le-chef-de-la-junte-militaire-thailandaise-recu-a-l-elysee_5321164_3216.html

(4) https://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2018/05/23/la-manifestation-des-opposants-a-la-junte-thailandaise-tourne-court_5303206_3216.html

(5) https://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2018/02/26/thailande-la-junte-militaire-de-plus-en-plus-contestee_5262666_3216.html

(6) https://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2018/05/23/la-manifestation-des-opposants-a-la-junte-thailandaise-tourne-court_5303206_3216.html

(7) https://www.nytimes.com/2018/07/31/world/asia/uk-thailand-yingluck-shinawatra.html

(8) https://www.nytimes.com/2019/02/11/world/asia/thailand-prime-minister-princess.html

(9) https://www.nytimes.com/reuters/2019/02/26/world/asia/26reuters-thailand-election-thanathorn.html

(10) https://www.asiatimes.com/2018/08/article/thailands-muslim-insurgency-roars-back-to-life/?_=3 782 991

(11) https://www.asiatimes.com/2018/07/article/blog-race-against-time-to-save-thailands-cave-kids/?_=2 300 885

(12) https://www.nytimes.com/2018/07/14/opinion/sunday/elon-musk-thailand-hubris.html

(13) https://www.nytimes.com/2018/11/03/world/asia/thailand-funeral-vichai-srivaddhanaprabha-leicester-city.html

(14) https://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2018/07/05/thailande-un-mort-et-53-disparus-dans-le-naufrage-d-un-bateau-au-large-de-phuket_5326642_3216.html

(15) https://www.lemonde.fr/planete/article/2018/10/03/thailande-la-baie-rendue-celebre-par-le-film-la-plage-degradee-par-le-tourisme-de-masse_5364046_3244.html

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