UKRAINE - « C’est humain » : comment les bénévoles aident l’Ukraine

UKRAINE - « C’est humain » : comment les bénévoles aident l’Ukraine

6 mai 2022 - par Olesia Tytarenko 
Enfants réfugiés dans la gare centrale de Lviv - © Flickr - Mannhai
Enfants réfugiés dans la gare centrale de Lviv
© Flickr - Mannhai

Lviv, le centre touristique et culturel de l’Ukraine, après l’invasion russe est devenu son hub humanitaire. Plus de 300 000 déplacés intérieurs ont été accueillis et environ 135 000 tonnes d’aide provenant de l’Union européenne ont été reçues, selon les pouvoirs locaux, dans la région ces derniers mois. « Toute l’aide humanitaire dans nos entrepôts s’achemine toujours où elle est nécessaire. Notre mission consiste à faire tout le possible pour la livrer, pas pour la stocker », raconte Anton Sheveliov, voyageur et photographe, représentant du Centre de bénévolat et de protection de Lviv.

Manuel de Jesus et Louis Lanza, des Canaulais* qui s’étaient adressés à cette association il y a deux mois et par leurs propres moyens ont сollecté et livré plus de 12 tonnes d’aide humanitaire, comptent renouveler leur initiative en septembre. « Si on n’a pas de cœur, on ne le fait pas. On n’a pas fait ça pour la gloire, on a fait ça pour aider “, expliquent-ils.

Les produits alimentaires, hygiéniques, cosmétiques et les médicaments constituent la partie principale de l’aide humanitaire livrée en Ukraine. « Au début de la guerre, on recevait des tonnes de vêtements. Après qu’on en a parlé avec les donateurs et leur a demandé de réduire leur nombre, car il y avait des choses vraiment inutiles. Dans nos entrepôts, tous ces vêtements prenaient énormément de place. C’est arrivé à un tel point qu’il fallait les garder dehors, dans la rue », confie Anton Sheveliov.

Le Centre de bénévolat et de protection, organisation à but non lucratif, fonctionne dès le 24 février. Les habitants de Lviv qui avaient des ressources ou des locaux dans un premier temps ont assumé la responsabilité de sa création et son fonctionnement. Aujourd’hui, le Centre regroupe des représentants de tout le pays, fait partie du top 10 des plus grandes associations humanitaires au moins à Lviv et s’occupe non seulement de l’acheminement de l’aide humanitaire et de l’hébergement des déplacés, mais aussi de l’assistance psychologique et juridique pour ceux qui en ont besoin. À Dnipro et Kyiv, l’organisation a ses représentations responsables de la répartition de l’aide humanitaire dans les régions voisines.

Par exemple, environ 4000 tonnes de nourriture, 44 000 sacs de vêtements et 88 000 boîtes de médicaments ont été acheminés et livrés pendant les deux derniers mois par l’organisation. Aujourd’hui, l’aide humanitaire est composée principalement des produits de première nécessité : médicaments, produits de santé et d’alimentation.

À part cela, l’organisation reçoit parfois à Lviv des cadeaux et des lettres. Anton Sheveliov se souvient bien de l’une d’entre elles. « Le colis qu’on a trouvé dans une cargaison venant de Géorgie est celui qui m’a le plus touché depuis tout ce temps. C’était un jouet, un lapin vert accompagné d’une lettre écrite en Ukrainien, vraisemblablement à l’aide de Google Translate. Un enfant avait écrit : "Mon cher ami ukrainien, j’écris pour te dire que tout se terminera bientôt par ta victoire. Tu reçois de ma part un cadeau que j’ai beaucoup aimé et quand j’avais peur de quelque chose, je le câlinais et je me calmais tout de suite. Je suis avec toi pour vous apporter la paix. Je t’aime fort. Un jour, on se reverra en Géorgie"… Et à la fin de cette lettre, il a laissé son numéro de portable ». Anton raconte sans cacher son admiration.


... un jour, on se reverra en Géorgie...
© Centre de bénévolat de de protection

Mais l’aide étrangère que l’organisation achemine ne se limite pas aux mots de soutien. La majorité des produits reçus par l’organisation, selon Anton Sheveliov, provient de la Pologne, l’Allemagne, des Pays-Bas, de Géorgie et de France. Ce sont principalement des initiatives privées, il y a beaucoup de colis envoyés par les églises et communautés religieuses, mais parfois, ils reçoivent aussi l’aide collectée et livrée par les États. Toute cette cargaison est acheminée dans les entrepôts du Centre de bénévolat et protection en Pologne. Il y en a trois. L’un d’entre eux se situe à Tomaszów Lubelski, où en mars, sept amis français, dont trois retraités, ont personnellement acheminé leur aide pour l’Ukraine.


Une bande d’amis pour un voyage de solidarité
© Archives de Manuel de Jesus

Quelques semaines après l’invasion russe en Ukraine Le Centre de bénévolat et protection a reçu un appel depuis la France, de la commune de Lacanau. L’association Le cœur sous la main qui aide habituellement les Sénégalais en leur acheminant des ambulances, a collecté plus de 12 tonnes d’aide et cherchaient comment la livrer. Lviv et l’un de ces hubs humanitaires les ont aidé à organiser l’accueil.

Manuel de Jesus, l’un des sept bénévoles participant à l’opération raconte : « Au début de la semaine, le président de l’ONG Le cœur sous la main Patrick Chasserez est venu dans mon bureau. Il m’a dit qu’il aimerait bien faire quelque chose pour les gens en Ukraine. Le soir même, il a envoyé un mail à tous ses contacts. Nous, l’entreprise LDA, on a fait pareil. Le lendemain, on s’est vus et a décidé de partir. J’ai donné le camion, après on s’est payé le voyages, de la nourriture et des hôtels. Grâce à nos amis et nos contacts, on a récolté environ 6000 euros. On est aussi allé voir les supermarchés, les pharmacies, les infirmières. Les villes et villages des alentours nous ont beaucoup aidé pour les médicaments. J’estime qu’on a reçu de 40 000 à 45 000 euros de dons. Très vite, en moins de 8 jours. Je pense que si l’on était resté quatre ou cinq jours de plus, on serait parti avec le double. »


Le camion sans frontières !
© Archives de Manuel de Jesus

Leur voyage a commencé le 12 mars, les Canaulais ont traversé France, puis la Belgique, l’Allemagne et la Pologne et ont parcouru approximativement 5400 km pour arriver à 30 km de la frontière avec l’Ukraine. « J’ai beaucoup aimé la Pologne. Quand on est arrivé, certaines personnes sont venues nous féliciter et dire ‘Bravo’. On ne comprenait pas ce qu’ils disaient parce qu’il y avait cette barrière de langues. Après la nuit en Pologne, le lendemain matin, on a vu les réfugiés ukrainiens. Cela faisait mal au cœur de les voir et de comprendre qu’ils avaient peut être tout perdu », ajoute Manuel.


A Lviv, Patrick et Manuel retrouvent les bénévoles ukrainien(e)s
© Archives de Manuel de Jesus

Le Centre de bénévolat et de protection en tant qu’organisation caritative a été officiellement enregistré auprès du ministère de la Justice de l’Ukraine le 8 avril. À ce jour, ces bénévoles ont aidé plus de 1000 personnes à trouver un hébergement à Lviv.

Manuel, fils d’immigré portugais qui avait fui la dictature, et Louis, le retraité français qui connu la guerre de première main, ne trouvent rien d’extraordinaire à leur volonté d’aider. « Si on était dans le même cas, vous ne nous aideriez pas ? C’est vrai que la guerre a commencé en 2014. Mais vu qu’aujourd’hui les médias en parlent beaucoup, l’ampleur de l’aide est incomparable. Peut-être, si les médias avaient couvert les événements en Ukraine de la même manière en 2014-2015, on ne serait peut-être pas arrivé à la situation d’aujourd’hui. »

Les organisations caritatives, dont le Centre de bénévolat et protection, qui continuent à recevoir et acheminer l’aide humanitaire sur le territoire ukrainien, confient qu’aujourd’hui ils reçoivent moins de cargaisons de la part des partenaires en Europe. « Il est vrai que les donateurs sont un peu épuisés. La guerre en Ukraine dure plus de deux mois. On était conscient qu’à un moment pour des raisons financières notamment il y aurait moins d’aide humanitaire. C’est pourquoi aujourd’hui on cherche d’autres moyens pour la trouver et l’acheminer », raconte Anton Sheveliov.

« Mais cela n’empêche pas les sept amis de Lacanau qui ont déjà commencé la collecte de dons en France et prévu de répéter leur voyage en Ukraine en septembre de garder le cap : Pourquoi ? C’est une question d’amour, les uns pour les autres, c’est dont on a besoin. C’est humain’, explique Louis. ‘En plus, j’ai un ami qui m’a engueulé parce qu’en mars, il voulait venir avec nous et aider les Ukrainiens  », ajoute Manuel en espérant que cet automne, il reviendra dans le pays... en paix.

* Habitants de Lacanau (Gironde - France)


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