WALLIS et FUTUNA - Par Christian Jost

WALLIS et FUTUNA - Par Christian Jost

Année Francophone Internationale 2017 - 2018

L’Assemblée territoriale, qui représente le système coutumier, a renouvelé ses membres qui comportent désormais six femmes sur les vingt conseillers. La Collectivité a connu des avancées notables en matière d’équipement et de désenclavement, avec notamment la pose du câble sous-marin à très haut débit. La tendance à la reprise semble se confirmer même si l’économie est toujours largement soutenue par les emplois publics.

30 janvier 2018 - par Christian Jost
 - © Flickr - Red - Dream
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POLITIQUE

Ce Territoire d’outre-mer, devenu depuis 2013 Collectivité d’outre-mer (COM) à statut particulier est parfois décrit comme « dernier royaume » de la république, rappelant par-là cette spécificité française de reconnaissance du droit coutumier et des rois. La population a ainsi renouvelé, comme tous les cinq ans, son Assemblée territoriale, instance de délibération qui représente les chefs coutumiers des trois circonscriptions ou royaumes, l’un d’Uvéa, l’île principale de Wallis, les deux autres de Sigave et d’Alo à Futuna. L’Assemblée territoriale comprend vingt membres, treize pour Wallis, sept pour Futuna, qui portent le titre de Conseillers territoriaux. Toujours élevée, la participation a atteint 88,75 % des 8 438 électeurs inscrits. Trente et une listes étaient en compétition lors de ce scrutin proportionnel. Au total neuf élus sur vingt sont des nouveaux venus remplaçant quelques figures historiques parmi lesquels on compte désormais six femmes, soit deux de plus qu’en 2012. L’une est du district de Hahake, l’autre de Mua à Wallis d’où provient la moitié des élues. Seule la circonscription d’Alo ne compte aucune femme élue. La vie chère, l’exode des jeunes, le développement économique et la réforme du statut de 1961 ont constitué les thèmes principaux de la campagne. Mais plus que les programmes politiques, ce sont surtout les liens coutumiers et familiaux qui guident le choix des électeurs.

Rappelons que l’État français est représenté par un Administrateur supérieur, le Préfet qui dispose d’un adjoint délégué à Futuna. En poste depuis deux ans, le préfet Marcel Renouf a été remplacé en février par Jean-Francis Treffel. Le Préfet est assisté d’un Conseil territorial, qui réunit les trois chefs traditionnels (le roi de Wallis et les deux rois de Futuna) et trois représentants qu’il a nommés après approbation de l’Assemblée territoriale. La Collectivité est représentée au Sénat par le sénateur Robert Laufoaulu, et à l’Assemblée nationale par le député Napole Polutele. Ce dernier a été réélu dès le premier tour des législatives avec 50,24 % des voix, contre 46,19 % à Sylvain Brial, également sous l’étiquette divers-gauche (DVG), et 3,57 % au candidat Les Républicains (LR), Hervé Delord.


Sébastien Lecornu, Secrétaire d’État auprès du ministre d’État, ministre de la Transition écologique et solidaire au village de Vaitupu - Ph : Prefecture de W et F

Suite au Forum des îles du Pacifique qui s’est tenu à Apia, Sébastien Lecornu, Secrétaire d’État auprès du ministre d’État, ministre de la Transition écologique et solidaire, s’est rendu sur le Territoire où il a été accueilli par le Lavelua (roi de Wallis) Takumasiva Aisake Kanimoa Patalione autour d’un kava organisé par le village de Ahoa (Hahake). Il a ensuite rencontré les élus du territoire à l’Assemblée territoriale où trois dossiers lui ont été présentés par son président nouvellement élu David Verge : la protection du littoral, la production d’énergie renouvelable et la surveillance de la zone maritime de Wallis et Futuna. Son déplacement à Futuna lui a permis de découvrir les contraintes de site de cette petite île haute sans lagon, notamment les enjeux, les équipements et les coûts induits par l’indispensable protection du littoral face à l’érosion marine ainsi que les problèmes des usages de l’eau. Il a apporté des éclairages sur les perspectives et les solutions relatives à la protection de l’environnement et invité à la réflexion sur les métiers à créer dans le cadre de la stratégie de développement durable (SDD). Les élus de Wallis et Futuna ont manifesté à cette occasion leur volonté de produire 50 % de l’électricité avec des énergies renouvelables d’ici 2030 et 100 % en 2050 de au travers d’une programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Plus de 90 % sont aujourd’hui issus d’énergies fossiles.

ÉCONOMIE

Le Territoire doit toujours relever le défi de son développement économique, seul remède contre l’exode inexorable de sa population active. Rappelons qu’avec 12 197 au dernier recensement de 2013, la population a baissé de 9,5 % entre 2008 et 2013. L’adoption par la Commission permanente de l’Assemblée territoriale de la Stratégie de développement durable 2017-2030, portée dès 2016 par l’administration supérieure et axée sur la dynamisation de l’activité économique à travers notamment le développement du tourisme et des activités tertiaires délocalisées, constitue, à cet égard, une avancée remarquable pour lutter contre l’exode. La SDD 2016-2030 avait été reportée de plusieurs mois par l’Assemblée territoriale, malgré un avis favorable émis par le Conseil territorial composé des trois chefferies. Elle fixe pour les quinze ans à venir les orientations de développement du Territoire et doit servir de référence pour la contractualisation du Territoire tant avec l’Union européenne qu’avec l’État pour le financement des projets de développement.

Trois importantes mesures à la fois économiques et environnementales, proposées par le Service territorial de l’Environnement et le Service des douanes, ont été adoptées par l’Assemblée territoriale et approuvées par le préfet. La première mesure est une écotaxe sur la consommation des canettes en aluminium (5 XPF l’unité [0,04€]) et des bouteilles en plastique et en verre (10 XPF l’unité [0,08€]). La deuxième est l’interdiction de l’utilisation des sacs plastiques de caisse à usage unique (dans l’esprit de la loi de transition énergétique pour la croissance verte [LTECV] votée en 2015). Cette deuxième mesure est entrée en vigueur le 01/07/2017. La troisième est la taxation à l’importation à un taux minoré des appareils électroménagers économes en énergie. Il a été regretté que l’Assemblée n’ait pas adopté le projet de délibération limitant les prélèvements de sables à 25m3 et aux seules fins de construction d’une maison individuelle, mesure qui aurait permis au Territoire de confirmer son engagement en faveur de la protection du littoral, menacé par l’érosion et la montée du niveau des océans

L’économie est en grande partie soutenue par le secteur administratif qui concentre plus de la moitié de la création de richesses. Le secteur du commerce constitue également un secteur clé. Il est soutenu par la consommation des ménages et concentre près d’un sixième des effectifs. En l’absence d’impôts sur le revenu et sur les bénéfices des sociétés, le produit de la taxation des importations constitue la principale recette budgétaire du Territoire. En 2016, les recettes douanières représentent en effet 72 % des recettes fiscales de l’archipel, selon l’IEOM. Les indicateurs économiques confirment sur l’année la reprise de l’activité commerciale. La consommation des ménages progresse. Les entreprises s’adaptent à cette croissance de la demande et l’encours du financement bancaire de l’investissement atteint ainsi son plus haut montant depuis septembre 2014, analyse l’IEOM. L’emploi dans le secteur du BTP continue de se contracter, mais les travaux en lien avec l’installation du câble numérique devraient permettre de relancer l’activité dans ce secteur.

De nouvelles avancées en matière de modernisation et d’équipement permettent de sortir le territoire de l’isolement extrême qui l’a longtemps caractérisé. Après la téléphonie mobile fin 2015, c’est l’internet très haut débit qui devient une réalité avec la pose marine du câble numérique TUI-SAMOA en novembre 2017 par le navire câblier «  île de Ré » raccordant désormais Wallis mais aussi Futuna au reste du monde. D’une longueur de 1 600 km, TUI-SAMOA relie Fidji à Samoa en passant par les îles Wallis et Futuna. Fabriqué à Calais dans le Nord de la France par le leader mondial du câble sous-marin, la société française Alcatel Submarine Networks, il va offrir à partir de sa mise en service en mars 2018 un débit de 50 gigabits par seconde, soit 100 000 fois le débit offert jusque-là par la liaison satellite. À Futuna, c’est le premier distributeur automatique de billets (DAB) qui a été inauguré par le Préfet. Cette mise en service fait suite à la signature d’une convention passée entre l’État, le Territoire et la Banque de Wallis-et-Futuna (BWF).


Installation du cable à bord du navire - Ph : Alcatel Submarin Networks - Calais - France

En matière de transport qui est au cœur des enjeux de développement, la situation s’est avérée problématique pour le transport inter-île entre Wallis et Futuna. Une soixantaine de passagers ont été bloqués plus de dix jours à Wallis sans pouvoir rejoindre leur domicile à Futuna faute de places suffisantes sur les vols assurés par la Compagnie Air Calédonie international qui n’a pas donné d’explication. Par ailleurs, le blocage l’an passé du porte-conteneur Southern Pearl qui assure le ravitaillement du territoire a conduit le Préfet à sa rotation suivante à interdire la navigation d’unités non autorisées dans le lagon et la passe de Wallis de façon à garantir le passage du porte-conteneurs.

La zone économique exclusive (ZEE) de Wallis et Futuna fait l’objet, depuis le 15 mars 2017, d’une mission de surveillance maritime par le bâtiment multi-missions (B2M) de la marine nationale, le «  D’Entrecasteaux  », basé à Nouméa, au titre de la police des pêches. D’une superficie de plus de 200 000 km² et réputée pour ses eaux poissonneuses, cette ZEE voit transiter de nombreux navires de pêches asiatiques disposant de licences de pêche de l’État de Kiribati et faisant route vers le port fidjien de Suva, où le produit de leur pêche est traité et conditionné.

SOCIÉTÉ

Aux Xe Mini-jeux du Pacifique qu’a organisé le Vanuatu, Wallis et Futuna ont envoyé une délégation de soixante-cinq personnes dont trente-cinq athlètes dans six disciplines. Avec huit médailles et la 12e place sur vingt-deux nations participantes, le bilan est moindre qu’aux jeux de Wallis et Futuna en 2013, mais il est plus qu’honorable compte tenu du vivier d’athlètes possibles dans une population de 12 000 âmes. Une médaille d’or et deux d’argent ont été remportées par Israël Kaikilekofe, dix-neuf ans. L’or pour 152 kilos soulevés à l’arraché et l’argent, derrière les Samoa, avec 321 kilos soulevés à l’épaulé jeté. Magoni Tauvale a obtenu une médaille de bronze en saut à la perche avec un saut à 3 min 40 s et Falemanu Aveuki a décroché une médaille de bronze en athlétisme en catégorie javelot handisport.


Israël Kaikilekofe, l’or pour 152 kilos - Ph : Fédération Français d’Haltérophilie

Malgré sa démographie modeste, Wallis et Futuna est le Territoire de la République qui, en proportion de sa population, offre le plus d’engagés volontaires aux forces armées. Par ailleurs, le Territoire se distingue dans le domaine sportif puisque les qualités physiques exceptionnelles des sportifs insulaires leur permettent d’accéder à des compétitions de la communauté du Pacifique ou même de représenter la nation au niveau international.

Après quatre années de travaux de restauration, la chapelle de Saint-Pierre Chanel à Vaisei (Futuna) a été bénie à l’occasion d’une cérémonie fastueuse en présence des rois de Alo et de Sigave, Tuiagaifo et Keletaona et de plusieurs centaines de fidèles. Un autre événement religieux a marqué l’année à Wallis cette fois. Le diacre wallisien Soane Malivao a été ordonné prêtre en la cathédrale de Mata Utu. Il a 34 ans et revient de Métropole après sept ans passés au séminaire. Signe ou hasard du calendrier, 2017 marque aussi le 180e anniversaire de l’arrivée des premiers missionnaires à Wallis.

Wallis a été placée en état d’épidémie de dengue par les autorités de santé. Même si l’archipel n’aura compté que vingt-quatre cas déclarés, ce sont sept cas endémiques rapprochés sur quelques jours qui ont provoqué ce passage au stade d’épidémie.

SCIENCES

Débusquer les amas sulfurés ! - Ph : NOAA

Le projet Melodi (Magnetic Electromagnetic Ore DetectIon) prévoit de lancer des campagnes d’exploration pour détecter et cartographier, par grands fonds, des ressources minières exploitables. Selon le site Mer et Marine, une campagne avec des drones sous-marins est prévue en 2019-2020 à Wallis et Futuna, où des amas sulfurés ont été découverts lors d’une campagne menée entre 2010 et 2013 par Eramet, Technip et l’Ifremer. « Actuellement, seuls les amas sulfurés présentent une signature spécifique identifiable au travers de mesures magnétiques », indique Michel Colinet, chef de projet chez Créocéan qui est le leader du consortium pilotant le projet. « Les capteurs magnétiques intégrés aux différents vecteurs de cette flotte permettront d’identifier et localiser ces amas sulfurés dispersés sur de grandes surfaces. Le concept de flotte nous permettra de cartographier de manière efficiente de grandes superficies ».

La Fête de la Science a été organisée cette année par le Lycée d’État et le collège de Lano Alofivai avec la participation de plusieurs écoles et a mobilisé plus de 250 élèves qui ont présenté fièrement des expériences originales telles que la mesure de l’épaisseur d’un cheveu, le disque de Newton ou encore la fibre optique pour expliquer notamment la révolution qu’apporte cette année l’arrivée du câble à très haut débit.

Il n’existe pas encore d’Aire marine protégée (AMP) sur le territoire, même si des projets de créer des aires de gestion coutumières avaient été lancées dans les années 2000-2005 dans le cadre de l’IFRECOR sur le Trou de la Tortue et à Lano (Wallis). Le suivi des récifs coralliens a débuté avec trois stations en 1999, il en compte aujourd’hui sept. Depuis 2010, des suivis ichtyologiques sont réalisés sur ces mêmes stations par le Service Territorial de l’Environnement en lien avec le CRIOBE (Centre de Recherche et Observatoire de l’environnement, UMS 3278 CNRS-EPHE), basé en Polynésie française.

La parution du premier Guide de la flore de Wallis et de Futuna apporte de précieuses connaissances sur les plantes sous forme de 189 fiches illustrées qui décrivent une sélection de 209 taxons indigènes et endémiques - 164 plantes et fleurs et 45 fougères - classées en fonction de leurs habitats naturels. Les trois principales îles, Wallis, Futuna et Alofi, qui n’offrent que 142 km² de terres émergées et culminent au Mont Puke à Futuna à 524 m, abritent 370 plantes indigènes, mais se caractérisent par un faible taux d’endémisme (environ 2 %) que l’auteur explique par la proximité géographique avec les archipels voisins (Fidji, Tonga, Samoa) avec lesquels de nombreuses espèces sont communes. Ce Guide vise, selon l’auteur, le Dr Jean-Yves Meyer, à «  informer les communautés et autorités locales sur l’originalité et la fragilité de la flore primaire afin de la protéger et de la gérer de façon durable et respectueuse des traditions coutumières », tout en lançant un « message d’alerte pour la préservation d’un patrimoine naturel qui représente un capital d’importance socio-culturelle et économique pour les Wallisiens et Futuniens d’aujourd’hui et de demain ».

MEYER Jean-Yves, 2017, Guide des plantes de Wallis et Futuna. Éditeur, Au Vent des Iles (2 décembre 2017), Collection : Nature et Environnement d’Océanie, 488 pages

Christian JOST
Professeur à l’Université de la Polynésie française
christian.jost@upf.pf

Chercheur au CRIOBE UMS 3278 CNRS-EPHE