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SENEGAL - Valorisation des déchets organiques dans l’agriculture "péri-urbaine" à Dakar

SENEGAL - Valorisation des déchets organiques dans l’agriculture "péri-urbaine" à Dakar

Par Sidy Tounkara - Docteur de l’Université Jean Jaurès de Toulouse
21 mai 2016

Résumé de la thèse

L’objet de cette thèse est d’analyser la double question de l’intégration ou de l’effacement progressif de l’agriculture dans la ville de Dakar et la valorisation agricole des déchets organiques urbains. Le premier aspect pose d’emblée la question de la gouvernance territoriale de l’action publique locale. Le second aspect renvoie à la multifonctionnalité de l’agriculture dans un contexte d’écologisation des activités humaines pour protéger l’environnement. Mais la problématique environnementale se heurte souvent à la nécessité de produire davantage pour les besoins d’une population mondiale croissante. Cette thèse s’inscrit donc dans cette large problématique qui consiste à concilier le défi environnemental avec celui de la nourriture.

Comment les maraîchers de Dakar s’adaptent-ils à cette double préoccupation : maintenir l’agriculture en ville et valoriser les déchets organiques urbains ? En quoi la multifonctionnalité de l’agriculture peut-elle contribuer au maintien et au renforcement de l’activité maraîchère ? Inversement, dans quelle mesure la valorisation agricole des déchets organiques urbains est-elle une opportunité pour légitimer l’intégration de l’agriculture dans le projet d’urbanisation de Dakar ? Ces questions ont été abordées en adoptant une approche interdisciplinaire croisant en particulier la sociologie et la géographie.

Au Sénégal, les différentes politiques publiques agricoles n’ont toujours pas permis d’atteindre l’autosuffisance alimentaire. Elles n’ont pas non plus réussi à maintenir les populations rurales dans leurs territoires d’où un exode rural massif vers les villes, en particulier vers Dakar. La croissance démographique qui en découle pose des problèmes d’emplois et impacte l’urbanisme en s’accompagnant de problèmes d’insalubrité. Dans ce contexte, les « néo-citadins » en particulier se tournent vers l’agriculture « péri-urbaine », une
activité pourtant caractérisée essentiellement par une pression et une insécurité foncières, un déficit d’eau d’irrigation et un appauvrissement des sols.
Dès lors, la fonction environnementale de cette agriculture « péri-urbaine » apparaît problématique dans la mesure où elle est déjà soumise à des contraintes exacerbées par l’urbanisation. Toutefois, nous faisons l’hypothèse que cette nouvelle fonction environnementale de l’agriculture « péri-urbaine » constitue une opportunité pour les maraîchers de Dakar pour développer des stratégies d’adaptation au contexte local, mais aussi pour faire face au projet d’écologisation du secteur agricole porté par les partenaires scientifiques, techniques et financiers.

Dans cette thèse, il a d’abord été question d’analyser l’évolution des politiques publiques agricoles sénégalaises compte tenu des exigences nationales, de l’intégration africaine et de la mondialisation, dans un contexte marqué par la libéralisation de l’économie mondiale. Cette analyse des politiques agricoles a également porté sur la question de la multifonctionnalité agricole dans les relations Nord-Sud. L’analyse du problème des déchets urbains à Dakar a permis de montrer qu’il existe encore une gestion centralisée des déchets urbains et un passage progressif d’une politique hygiéniste à une politique de gestion qui met en avant la valorisation, y compris la valorisation agricole.

Néanmoins, la gestion des déchets à Dakar est fortement marquée par une instabilité institutionnelle. En outre, une approche géographique de l’espace des Niayes (de Dakar) a fait apparaître que les pratiques agricoles sont largement
déterminées par les caractéristiques de ce milieu soumis à une anthropisation renforcée par l’urbanisation. Cette urbanisation interroge la pérennité même de l’agriculture dans le projet urbain dakarois. Malgré les tentatives des maraîchers d’aller vers une coproduction de l’action publique locale qui devrait permettre l’intégration de l’agriculture dans les politiques d’urbanisme, nous montrons que la mise en agenda des problèmes agricoles en ville à Dakar ressemble plus à de l’affichage politique qu’à une réelle inscription dans le projet urbain.

Enfin, si les maraîchers valorisent les déchets organiques comme fertilisants dans les rares espaces agricoles dont ils disposent, il n’en demeure pas moins qu’il existe des facteurs bloquants à surmonter pour « intensifier écologiquement » leurs systèmes de production. Certains de ces facteurs trouvent leur origine dans l’inscription des pratiques agricoles dans le système socio-culturel local et dans le rapport des maraîchers avec le « monde » scientifique et les questions d’environnement. Cela les conduit, à des degrés divers, à adopter les innovations induites par l’écologisation agricole, ou bien à opposer une « résistance au changement ».

Photo du logo : Flickr - sandrox26

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