Dans l’espace francophone, un jeune sur quatre est au chômage

Dans l’espace francophone, un jeune sur quatre est au chômage

9 octobre 2018 - par Nataša Laporte
Disparité extême en Francophonie de l’emploi - Ph : Arnaud Galy - Agora Francophone
Disparité extême en Francophonie de l’emploi
Ph : Arnaud Galy - Agora Francophone

Un nouveau rapport de l’Organisation Internationale de la Francophonie brosse le portrait d’une jeunesse qui, à travers la plupart des pays membres et observateurs, subit le chômage de plein fouet. Sur d’autres plans, de l’éducation à l’accès au numérique en passant par la confiance à l’égard des institutions politiques, les situations, d’une région à l’autre, révèlent des situations très contrastées.

Pas moins de 775 millions de jeunes de moins de 35 ans, sur 1,3 milliard d’habitants qui vivent dans les États membres et observateurs de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) : les jeunes, dans la démographie de l’espace francophone, pèsent lourd, en particulier dans les pays d’Afrique subsaharienne. C’est ce qui ressort de la troisième édition du « Rapport sur la situation des jeunes dans l’espace francophone » de l’OIF, présenté mardi au Village de la francophonie, dressé du 7 au 12 octobre à l’occasion du XVIIe sommet de la Francophonie à Erevan. Une tendance démographique qui certes est un gage de dynamisme, mais qui n’est pas sans poser des « défis importants », que ce soit en matière d’accès aux moyens d’information et de communication, de réalisation d’aspirations familiales, d’engagement citoyen… et, surtout, en matière d’éducation et d’emploi.

Un chômage persistant

De fait, dans la majorité des 84 États membres ou observateurs réunis au sein de l’organisation, le chômage frappe de plein fouet les jeunes de 15 à 24 ans. Un phénomène persistant qui touche aussi bien certaines économies francophones développées que celles en développement. Ainsi, si en Suisse, au Canada et au Luxembourg, le taux de chômage des jeunes se situe entre 8 et 15 %, il atteint 22 % en France ou 19 % en Belgique. En Afrique du Nord, entre un cinquième (Maroc) et plus du tiers (Égypte, Tunisie) des 15-24 ans sont sans emploi. Les chiffres sont similaires, voire plus élevés dans les pays d’Afrique subsaharienne tels que le Mozambique ou le Gabon, tandis que les faibles taux de chômage affichés (5 %) dans certains pays de cette zone comme le Bénin, le Burundi ou le Rwanda, semblent pour leur part, selon l’étude, sous-estimés.

Dans la région des Balkans, le tableau n’est pas moins sombre : le chômage chez les jeunes grimpe jusqu’à 47 % en Ancienne République yougoslave de Macédoine et même à 55 % en Bosnie-Herzégovine… A l’inverse, les pays asiatiques comme le Cambodge, la Thaïlande et le Vietnam affichent des taux de chômage bien plus faibles : seuls 7 % des jeunes y seraient sans emploi. Autre tendance, les jeunes sont souvent des travailleurs indépendants, surtout dans les pays d’Afrique francophone : au Bénin, au Burkina Faso, en Guinée et à Madagascar, ils sont ainsi plus de 80 % des 18 à 29 ans à être à leur compte. En Europe, cette proportion est bien moindre, avoisinant en moyenne 10 %.

L’énorme défi de l’éducation

De son côté, l’analyse des données sur l’éducation dans l’espace francophone pointe une situation plus que contrastée. D’une part, une scolarisation généralisée en Europe et en Amérique du Nord. D’autre part, l’Afrique subsaharienne, à la traîne en matière de taux brut de scolarisation, de taux de diplômés, ou encore d’indice de parité dans l’enseignement secondaire et supérieur. Illustration, le taux brut de scolarisation (nombre d’élèves inscrits par la population en âge de scolarisation) ne dépasse pas 15 % en République centrafricaine, 23 % au Tchad, 24 % au Niger, ou encore 37 % au Rwanda… Les auteurs du rapport de résumer : « Dans l’ensemble, malgré quelques signes encourageants sur le continent africain, les défis demeurent encore énormes ».
Quant à l’enseignement supérieur, l’étude relève une grande concentration des diplômés en sciences sociales, en commerce et en droit dans tous les pays de l’espace francophone. Et si en Europe et outre-Atlantique l’ingénierie et la transformation occupent la deuxième place du podium, en Afrique du Nord et en Afrique subsaharienne, la préférence va aux sciences, tandis que les taux d’ingénieurs diplômés restent faibles.

La fracture numérique

C’est sans oublier une autre fracture, celle de l’accès aux technologies d’information et de communication, à l’heure où plus aucune sphère de nos vies n’échappe au digital. Sans surprise, entre 80 et 90 % des foyers en Europe et au Canada sont équipés d’un ordinateur alors que dans la moitié des pays francophones d’Afrique subsaharienne, moins de 5 % des foyers en possèdent un. Et si le Luxembourg se hisse au premier rang pour l’accès à Internet, dans les pays francophones du Sud, seuls le Maroc, l’Égypte et le Maurice demeurent dans la course numérique, avec au moins la moitié des foyers connectés. En revanche, l’utilisation du téléphone portable se généralise : 96 % des 18-29 ans possèdent un téléphone portable en Afrique du Nord ; ils sont 78 % dans les pays d’Afrique subsaharienne.

Enfin, le rapport recèle une mine d’informations en matière d’aspirations familiales des jeunes francophones, de leur confiance à l’égard des institutions politiques, de leur engagement citoyen… qui toutes, sans surprise, soulignent de fortes divergences des situations. Autant de constats qui ne sont pas sans rappeler ceux de la précédente édition du rapport, publié il y a deux ans.