Emmanuelle delle Piane

Emmanuelle delle Piane

8 mars 2019 - par Arnaud Galy 
 - © N. Sabato
© N. Sabato

Terminé. Emmanuelle delle Piane a terminé « son » Malade imaginaire. Ouf de soulagement. En réponse à l’éternelle question du comment s’attaquer à l’œuvre du grand pourfendeur des travers de son époque, l’auteure répond grâce à l’hyper courte phrase qui inaugure son texte : « Castigat ridendo mores » à savoir «  Corriger les mœurs par le rire  ». Jean-Baptiste Santeul dit Santolius (1630 – 1697) l’auteur de ce raccourci valide l’approche molièrienne qu’Emmanuelle réutilise sans hésitation aucune. Toujours dans un coin de sa tête vit la nécessité de garder très fort l’esprit de Molière, esprit qui fit de lui un auteur populaire tant auprès des puissants que des petites gens. Dans le cadre de la résidence 10 sur 10, elle se doit d’être populaire auprès des jeunes lecteurs. Tâche d’autant plus délicate que beaucoup d’entre eux ne seront pas joyeusement à l’aise avec la langue, de Molière ou d’Emmanuelle, et que les professeurs pour autant qu’ils soient amoureux du théâtre n’en seront jamais des professionnels rompus aux exigences de cet art. Son écriture sera donc abordable et exigeante, fine et drôle. Autant dire que l’auteure italo-suisse ne lésine pas sur la hauteur de fixation de la barre ! Trouver le juste équilibre entre l’élitisme effrayant et le cul cul la praline bêtifiant.
Son plaisir à être de l’aventure 10 sur 10 est visible malgré la tension qu’elle porte en elle. Une inquiétude qui ne s’évanouit qu’une fois le travail accompli, et encore ! Ce plaisir se ressent sur le terrain, lors de rencontres avec des professeurs avec qui elle peut éclairer les zones d’ombres et les difficultés de la langue pour qu’ils puissent, à leur tour, mieux guider les jeunes comédiens dans leur aventure théâtrale. Parfois, Emmanuelle dénote. Elle souhaiterait parfois donner plus d’informations à l’apprenti metteur en scène, ce que les gens de théâtre nomment didascalies. Ces informations sont pour certains auteurs et même pour Jan et Iris trop présentes. Ils sont les tenants de l’idée que les professeurs aiment à jouir de liberté. Quitte à être maladroits ? Encore un juste équilibre à trouver !