francophonie, OIF, Francophonie, Organisation Internationale de la Francophonie, langue française, diplomatie culturelle, littérature, théâtre, festival, diversité culturelle, les francophonies

MENU
Le blogue engagé de Tülay Torun

Le blogue engagé de Tülay Torun

9 février 2026 - par Tülay Torun 
 - © Gerda Wegener - Trois femmes sous un parapluie
© Gerda Wegener - Trois femmes sous un parapluie

25 01 2026

— Kurdistan

Les images sont insoutenables parce qu’elles sont volontairement humiliantes.

Un combattant jihadiste affilié à Damas exhibe la tresse coupée d’une combattante kurde tuée à Raqqa. Ce geste n’est pas anecdotique. Il vise à rappeler aux femmes kurdes qu’elles devraient avoir peur. C’est une stratégie ancienne : terroriser en profanant, dominer en déshumanisant.

La réponse est venue des femmes elles-mêmes. Sur les réseaux sociaux, elles se filment en train de se tresser les cheveux. Le geste est simple, sans mise en scène. Il ne cherche ni l’émotion facile ni l’indignation spectaculaire. Il affirme une chose essentielle : on peut tuer des combattantes, on ne fera pas disparaître ce qu’elles incarnent.

Cette mobilisation dit aussi ce que beaucoup refusent de nommer. La guerre menée contre les Kurdes est une guerre contre l’émancipation des femmes. Couper une tresse, ce n’est pas seulement mutiler un corps, c’est tenter d’effacer une identité politique. Face à cela, la tresse devient une ligne de front, une continuité assumée, un refus clair du silence.

Au Rojava, la résistance n’a rien d’un mythe romantique. Elle est quotidienne, organisée, lucide. Les femmes kurdes ne demandent pas la compassion. Elles exigent qu’on regarde les faits en face — et qu’on cesse enfin d’appeler « complexité » ce qui relève clairement de la barbarie.



Les tresses kurdes, ou ce que la barbarie ne parvient pas à détruire

Les tresses kurdes ne relèvent ni du folklore ni du symbole. Elles relèvent de l’existence.

On s’en prend aux femmes lorsqu’on veut atteindre un peuple à sa racine. Ce n’est ni accidentel ni marginal : là où les femmes tiennent, la transmission résiste — la langue, la mémoire, les gestes, la continuité du vivant.

Humilier les corps féminins est une stratégie de domination ancienne et parfaitement consciente. Mais aucune violence, aussi systématique soit-elle, n’abolit une mémoire partagée. Les cheveux ne sont pas des trophées. Ils disent l’appartenance, la continuité, le refus d’être effacées. On peut meurtrir des corps ; on ne détruit pas un peuple tant qu’il se sait vivant.

Face à ces réalités, l’invocation répétée du « conflit complexe » agit comme un écran de fumée. Elle neutralise la responsabilité, dilue les faits, et rend tolérable l’intolérable. Or la violence contre les femmes, les crimes de guerre et le terrorisme ne deviennent pas acceptables parce qu’on les enveloppe de prudence lexicale.

Être aux côtés des Kurdes ne signifie pas choisir un camp militaire ou idéologique. C’est refuser la normalisation de la barbarie. C’est rappeler que la paix ne se construit jamais sur l’humiliation des femmes ni sur leur réduction au silence. La paix commence précisément là : lorsque la dignité cesse d’être négociable.

Sur mes épaules repose un foulard kurde, peut-être vieux de plus de quatre-vingts ans. Un tissu usé par le temps, mais intact dans ce qu’il transmet. À la mémoire de mes ancêtres. Et à celles qui vivent encore, qui tiennent, qui survivent — face à la lâcheté humaine lorsqu’elle choisit le crime plutôt que la responsabilité.

Partagez cette page sur votre réseau :