UKRAINE - Lviv, la vie entre la guerre et la paix

UKRAINE - Lviv, la vie entre la guerre et la paix

« Alerte aérienne, veuillez vous mettre à l’abri » : la phrase qui accompagne quotidiennement les Ukrainiens et rappelle que le retour à la vie normale sera difficile.

29 mars 2022 - par Olesia Tytarenko 
Lviv avant le début du conflit - © Arnaud Galy
Lviv avant le début du conflit
© Arnaud Galy

À Lviv, où ces dernières semaines les attaques contre les infrastructure ont causé des dizaines des morts et des déplacés internes, diplomates et journalistes ont cependant trouvé leur havre de paix. « Cette bataille ne sera pas gagnée en quelques jours ou mois. Nous sommes à vos côtés », a dit aux Ukrainiens lors de son dernier discours à Varsovie le président américain Joe Biden. Ces derniers l’attendaient et regardaient attentivement depuis les abris anti bombes, car, à ce moment précis, la Russie continuait son attaque aérienne en lançant sur le territoire ukrainien environ 70 missiles. Pourtant, le jour d’après, la vie à Lviv, qui avait subi ce samedi de nouveaux bombardements, a continué comme avant, la plupart des cafés, centres commerciaux et salons de beauté n’ont pas cessé d’accueillir les clients, la ville, à sa façon, a encore une fois refusé d’accepter les retombées inévitables de la guerre. 


© Olesia Tytarenko

© Olesia Tytarenko

Commencer la journée à 4 heures, dormir à l’abri ou entre deux murs dans l’appartement, revenir au lit pour s’y reposer pendant deux ou trois heures et aller après au travail - voici à quoi ressemble la vie des Ukrainiens qui ont la chance d’être à l’arrière du front. Parmi ces Ukrainiens, moi, Olesia, journaliste et rédactrice qui travaille et passe le printemps en se cachant des missiles et explosions à Lviv, à l’ouest de l’Ukraine.


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Le 24 février a commencé mon jour de travail qui n’a cessé jusqu’à présent. Avec les collègues et compatriotes, nous avons traversé différentes phases de la perception de la guerre : la panique, la douleur, de la haine puis l’acceptation et l’indifférence envers l’ennemi. Les premiers jours de la guerre se sont passés comme dans un mauvais rêve. 48 heures de route pour relier Kiev à Lviv accompagnées de sirènes d’alerte et feux causés par des frappes de missiles. Deux semaines de travail et quatre heures de sommeil par jour. С’était mon emploi du temps ordinaire. Mais en comparaison avec les gens qui avaient vu les horreurs de la guerre, perdu leurs proches et foyers, je me suis trouvée chanceuse et, aussi, coupable.

À Lviv, aujourd’hui, les gens s’inquiètent mais peu à peu s’adaptent à la vie « entre sirènes ». La chance aujourd’hui c’est d’aller à l’abri une ou deux fois par jour, la victoire - ne pas y descendre pendant la journée. Ce dimanche, par exemple, j’ai bien dormi et me suis vue virtuellement avec le président Volodymyr Zelensky. 


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Le fait est que depuis le début de l’invasion russe en Ukraine, tous les groupes de médias se sont engagés dans la production d’un marathon d’information 24 heures sur 24. Chaque chaîne de télévision a obtenu son créneau horaire pour produire avec l’équipe un programme et le diffuser quotidiennement. 


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« Vous êtes une véritable armée. Aujourd’hui, la vérité tient à vous », a dit le président lors de la conférence ce dimanche. Environ 200 personnes, y compris les rédacteurs, journalistes, personnels technique et administratif, se sont réunies pour discuter des problèmes et défis qui se posaient dernièrement. Mais en effet, on comprenait tous, qu’il faudrait remercier principalement notre armée, services policiers et médicaux, compagnies techniques et alimentaires qui ont rendu ce rendez-vous possible. 
La connexion Internet et le réseau dès le 24 février fonctionnaient à Lviv et dans la plupart des régions ukrainiennes sans interruption. Cela, par exemple, après la réunion de travail, m’a permis de commander le petit déjeuner et le faire livrer à domicile. C’étaient... des crêpes au chocolat.

Payer par carte et même par téléphone est toujours possible dans les transports en commun. Les trams, ainsi que les autres moyens de transport public, même pendant la guerre, circulent strictement selon les horaires. Il en va de même pour les opérations bancaires. Les Ukrainiens peuvent toujours faire les virements, retirer de l’agent et le mettre sur leur compte.

La réouverture de presque tous les cafés et restaurants a marqué le deuxième mois de guerre. Dans le centre, sur la place Rynok, chacun peut prendre un café au lait caramel, manger des burgers américains et même commander un ramen dans le restaurant d’à côté. Bien évidemment, en tenant compte des alertes aériennes. 


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Pour ceux qui préfèrent cuisiner à la maison, les supermarchés de Lviv offrent la variété de marchandises quasi « d’avant-guerre », pourtant, la plupart d’elles sont produites à l’étranger. Selon l’European Business Association, seulement 17 % des compagnies ukrainiennes fonctionnent dans leur intégralité. Un tiers des compagnies ont suspendu l’activité. Mais les fromages français, mandarines turques ou avocats mexicains ou brésiliens sont toujours présents dans les rayons des supermarchés. 


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Néanmoins, la fréquence de livraison des marchandises est mise en question. Dans l’un des magasins des produits de beauté près de mon immeuble, ainsi que dans certains centres commerciaux, la dernière livraison a été faite il y a un mois et, selon les vendeurs, ne sera pas réalisé prochainement. 
Mais la vie à Lviv continue. La vie en Ukraine également. Les gens s’adaptent... faire du sport, lire, regarder les sériés et cuisiner à l’abri. Je termine cet article dans ma chambre et je pense qu’aujourd’hui moi et vous, qui êtes en train de me lire, avons eu la chance. Nous sommes chanceux de vivre. Il faut juste savoir profiter du temps présent.


Olesia Tytarenko

Olesia Tytarenko est la rédactrice en chef adjointe à la rédaction de l’information de UA - PBC
À lire sur Agora francophone - UKRAINE - DE 1776 À MARS 2022, L’HISTOIRE DE LA PRESSE EN FRANÇAIS


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