Un festival 10 sur 10 à Prague... bientôt !

Un festival 10 sur 10 à Prague... bientôt !

3 mars 2019 - par Arnaud Galy 
Marie Fourquet avec conviction - © Arnaud Galy - Agora francophone
Marie Fourquet avec conviction
© Arnaud Galy - Agora francophone

Un virus taquin sévissant entre Vltava et Vistule a cloué sur place la moitié des enseignants tchèques invités à passer la journée au Pałac Brunów. Qu’importe si les auteurs et l’équipe 10 sur 10 étaient deux fois plus nombreux que les nouveaux venus, la salle de bal fut aménagée pour la circonstance. Les sièges dessinaient un cercle parfait. Des voix basses teintées de sourires s’interrogeaient : ça fait secte, qui va-t-on sacrifier ? À voir...

Peu nombreux, certes, mais d’une séduisante variété de personnalités et de profils. D’Alexandra Noubelova fondatrice d’un festival de théâtre francophone il y a plus de 20 ans à Papa Daouda Gueye, résident tchèque depuis 13 ans, professeur de français à l’école « Open gate » de Prague, venu du Sénégal après des études à Paris, quelle diversité ! Toute la pyramide des âges était représentée même si les hommes étaient en infériorité numérique – comme le dirions -nous en commentant un match de football. Une particularité cachée allait bientôt se faire jour. Clara Pasekova, une jeune enseignante venant d’un établissement catholique – ce qui n’était point apparent ! - n’hésita pas à avouer que des sujets tels que l’homosexualité n’entreraient pas dans son école. La déception se lisait sur son visage, mais elle ne transmettait qu’une réalité incontournable sur laquelle elle n’a pas de prise. Le débat était lancé... lancé par Marie Fourquet décrivant son projet de réécriture de Tartuffe en épiçant le propos par une saillie contre l’homophobie et pour le mariage pour tous. Mais, Tartuffe revu par l’auteure franco-suisse ne viendra jamais pas perturber les jeunes esprits de cette école praguoise ! « Le » Tartuffe originel fut interdit en son temps, pourquoi ne pas interdire cette nouvelle adaptation ? N’est-ce pas la meilleure preuve que Marie pose un doigt là où ça fait mal !

Louis Jouvet
© DR

Le jeu de ping-pong se poursuivit. La question des costumes fut abordée. Pas si futile qu’il n’y parait. Pour les tenantes du classicisme, Tartuffe se doit d’être vêtu de noir à l’instar de Louis Jouvet en 1950. Toujours Tartuffe. Toujours Marie, décidément très en verve, à la baguette : Ha vous pensez qu’il n’y a pas de Tartuffe aujourd’hui et que la pièce ne parle pas de nos sociétés actuelles ? Action, réaction : Mais les élèves aiment les atmosphères historiques et les beaux costumes... Jan, juge de paix : De toutes les manières dans la charte de 10 sur 10, les auteurs n’imposent pas de code vestimentaire. Fermez le ban !


Papa Daouda Gueye, Isabelle Hubert - auteure québécoise - Alexandra Noubelova
© Arnaud Galy - Agora francophone

En parlant de charte... une professeure souhaite être éclairée sur les limites et les directives données aux auteurs. Des limites très douces résumées par Jan : Des phrases courtes, ne pas user de certaines conjugaisons inutilement compliquées, ne pas abuser de gros mots... Iris l’interrompt et appuie sur le souci du gros mot : Je me souviens d’un professeur à Dakar qui savait que ses élèves seraient gênés sur scène pour dire ces fameux gros mots. Après échange avec l’auteur, il a été convenu d’éliminer les mots choquants en question. Venue à la rescousse Emmanuelle delle Piane, auteure italo-suisse, déplace le curseur vers la gaîté : Quand j’écris pour un jeune public, je dois divertir c’est-à-dire à la fois faire rire et réfléchir sans réduire mon vocabulaire. Pas de français primaire !

Et Molière dans tout cela ?

Une question taraude Jan et finalement n’est-ce pas la question centrale : Est-ce excitant pour les élèves de lire et jouer Molière ? Les professeurs sont unanimes. Les pièces de Molière sont tellement difficiles que les élèves ne les lisent pas. Même si Tartuffe, les Précieuses ridicules ou l’Avare sont superficiellement connues de tous. Pire, une enseignante soupire : Les élèves ne savent pas lire la poésie. Il y a quelques années, au siècle dernier, la télévision diffusait 10 minutes de poésie tous les jours, cela donnait une habitude, mais aujourd’hui la poésie a disparu... Derrière ces questions sur Molière et sa vie active ou non dans les classes se profile un autre questionnement. Celui de la crainte d’un trop grand attachement aux textes et aux codes classiques. Pourtant la réécriture est un genre plein et entier depuis bien longtemps mais son principe fait toujours débat. Clara Pasekova s’interroge même sur le fait qu’il faudrait, peut-être, lire et jouer la pièce 10 sur 10 choisie par les élèves sans avoir expliqué auparavant qu’il s’agissait de la réécriture d’une pièce de Molière. Jan, fidèle à son habitude, modère : Considérons que nous parlons pour le plus souvent de classes de Français Langue Étrangère et non de classes de littérature. Nous parlons de l’apprentissage de la langue... Hélène Buisson, l’attachée de coopération pour le français à l’Institut français de Prague renchérit : Nous devons faire passer l’idée que ces pièces sont un fantastique moyen d’affimer que la langue française est vivante, en mouvement. Et que la contemporanéité n’enlève pas la complexité. Point final apporté par Rebecca Vaissermann, auteure française : il n’y a pas à craindre une opposition entre Molière et « aujourd’hui », puisque nous travaillons simplement à une transmission.