BURKINA FASO - Uppercut d’entrée

BURKINA FASO - Uppercut d’entrée

Le zèbre limougeaud est un combattant. Il combat les pensées discriminatoires et ségrégationnistes, les « il n’y a pas d’autres alternatives », les habitudes colonio-nordistes et les outrages à la dignité. Le zèbre limougeaud n’est point effrayé par les défis plus grands que lui. Cette année, son bateau amiral, « les Zébrures d’automne » débute par un coup de poing. Un uppercut. Quelle drôle d’idée.

22 septembre 2022 - par Arnaud Galy 
 - © Arnaud Galy - Agora francophone
© Arnaud Galy - Agora francophone

Fermez les yeux. Si, si... la lecture n’en est pas facilitée, mais le message n’en est que plus puissant. Uppercut. C’est bon, vos paupières sont lourdes et closes ? Imaginez, vous êtes au Zaïre, en 1974. Mohamed Ali et George Foreman sont sur le ring. Le combat mythique de l’histoire de la boxe. Sport noble dit-on. Corps à corps. Les commentateurs sont en extase. Celui qui affirme «  je danse comme un papillon et je pique comme une abeille  » et qui a refusé de servir son pays au Vietnam fait face à celui qui remet peu en cause son américanité texane. Ali, encaisse, encaisse, encaisse puis foudroie Foreman.

Ouvrez les yeux. Avez-vous triché ? Attention au choc, loin de la moiteur kinoise, vous êtes place de la République, à Limoges sous le soleil frisquet d’une fin d’après-midi automnale. A la foule « chaude patate » zaïroise, les résidents des immeubles encerclant le ring répondent par une indifférence effarante. Fenêtres et balcons sont déserts. Mention spéciale aux quatre observateurs attentifs qui font mentir la pique précédente. Mohamed et George sont là, enfin, presque.... à ma gauche, la Tigresse blanche, à ma droite la Panthère noire. Les femmes mènent la danse. Le commentateur n’est autre que Soro Solo, l’inénarrable ambianceur qui fait écho au saxo de Manu Dibango. Un batteur «  en présentiel » rythme le combat chamallow. Les résidents de la place doivent adoooorer. Il est 18 h, tant pis pour eux !
La Panthère et la Tigresse combattent, les gants s’entrechoquent mollement. Les droites partent au ralenti. Les gestes sont amples. Les chutes et roulés-boulés ne traumatisent ni les corps ni les spectateurs. Tout n’est que chorégraphie. Dans son coin, le Don King du moment, le Burkinabé Salia Sanou observe du coin de l’œil la soixantaine de danseurs amateurs venus se joindre au public. Ados pour la plupart, filles à 98 %, radieuses d’être là à 100 %. Le chorégraphe intègre est discret. Soro Solo, historien du moment affirme « qu’elles volent comme des papillons ». Au loin, des sirènes de police hurlent. Joie du direct. Soro Solo, pédagogique, appuie sur les valeurs attribuées à la boxe : respect de l’adversaire, dignité, détermination, humilité...

Uppercut et corps à corps sont relégués au sous-sol. Salia Sanou apporte sa petite pierre à l’œuvre d’Ali, celle que le philosophe Alexis Philonenko résumait ainsi : «  il est parvenu à "briser ce qu’il pouvait briser dans la citadelle du racisme" » . Le zèbre n’est point effrayé par les défis plus grands que lui. Hennissons avec lui et Salia Sanou.

Hassan Kouyaté, le patron, lance les Zébrures 2022 !
© Arnaud Galy - Agora francophone

Les photographies ont été prises lors des répétitions


Avec Marlène Guivier, Fatou Traoré, Marius Sawadogo, Soro Solo et 60 amateur·rice·s
Musique Séga Seck
Production Compagnie Mouvements perpétuels
Coproduction Le Grand R - Scène nationale de la Roche-sur-Yon, L’Atelline - lieu d’activation art & espace public, Le Manège de Reims, Les Francophonies - Des écritures à la scène Salia Sanou est artiste associé au Grand R - Scène nationale de La Roche-sur-Yon. La Compagnie Mouvements perpétuels est conventionnée par le ministère de la Culture – DRAC Occitanie et par la Région Occitanie, elle reçoit le soutien de la Ville de Montpellier.


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