Congo Jazz band - Expression libre

Congo Jazz band - Expression libre

27 septembre 2020 - par Arnaud Galy 

Par quel bout prendre Congo Jazz band ? L’écriture de Mohamed Kacimi est un gage de sérieux, d’attention au fait historique bien que l’expression artistique offre parfois quelques arrangements. L’histoire du Congo, du délire mégalomaniaque du roi des Belges, Léopold II, qui veut s’offrir une colonie privée jusqu’à l’assassinat méticuleusement sordide de Patrice Lumumba, tout y est. La mise en scène, signée Hassane Kassi Kouyaté, est basée sur un aller-retour permanent entre le jeu théâtral et la rumba congolaise magistralement interprétée par les acteurs. Acteurs et musiciens, et vice-versa. Chapeau les artistes ! L’applaudissement à tout rompre dès les notes finales montre l’harmonie qui existe entre le fidèle public des « Franco » et les spectacles sélectionnés.

Est-ce le bon bout ? Interrogations. Les discussions autour de Congo Jazz band sont propices à faire fonctionner les neurones. Dans ces échanges, formels ou informels, lors des « Cafés du zèbre » ou devant une cafetière désespérément vide, reviennent au galop les questionnements qui bousculent ces temps-ci les débats du microcosme artistico-francophono-intellectuel. En vrac : Un blanc peut-il écrire une histoire d’Africains ? Un blanc peut-il jouer le rôle d’un noir et inversement.Un Maghrébin est-il blanc ou noir ? Si Mohamed Kacimi et Hassane Kassi Kouyaté avaient été blancs, ou belges ou français, leur pièce aurait-elle subi les foudres de la suspicion d’appropriation culturelle ? Ne pourrait-on pas effacer les nationalités des acteurs sur les programmes et ne laisser que la qualification d’artiste ? J’en passe... et des meilleurs !

Expression libre est-il indiqué en préambule :
Ai-je le droit de dire que j’en ai ras le tengade* de ces débats stériles qui au bout du compte ne conduisent qu’à un seul résultat – j’ose espérer qu’il ne s’agit pas d’un objectif – la fracture, l’effritement de la liberté de création, l’élimination lente de la diversité culturelle au profit d’une catégorisation systématique des êtres qui s’approche à grands pas d’une uniformisation totale. Que vaudront les artistes quand ils se présenteront au public sans racines, sans histoires, sans imaginaires, sans sexe, sans défauts, sans failles comme chante Pomme ? Lisses, interchangeables, malléables...

La grandeur des Zébrures, anciennement « Franco », est au contraire d’ouvrir les esgourdes, de montrer les différences, de métisser, de montrer le regard de l’Autre, de faire en sorte que A se mêle de l’histoire de B et qu’il ait un avis. Le bonheur de lire le programme des Zébrures n’est-il pas dans la découverte, comme au feu d’artifice : hooo une troupe de théâtre du Burkina ! Whaou un marionnettiste chinois ! Tiens, t’as vu, une chanteuse ivoirienne... Qui peut penser qu’il serait plus enthousiasmant de dire : bon, ben y a des artistes. Plouf. Point final. Qui peut s’autoriser à dire que Martin Bellemare et Jérôme Richer sont illégitimes à écrire et mettre en scène Cœur minéral au prétexte qu’ils sont québécois et suisse ?

Si un tel courant de pensée devait gagner ce combat riquiqui, une certaine américanisation de la pensée triompherait. Le rouleau compresseur des soit-disant pensées correctes : no pasaran !

Que Mohamed Kacimi et Hassane Kassi Kouyaté me pardonnent, j’ai esquivé le récit de mon appréciation de leur pièce. Qu’ils se rassurent, elle m’a transporté et surtout m’a conduit à m’exprimer librement. Merci à eux ! Et merci au Congo Jazz band, ils dépotent grave. Au fait, Dominique Larose est Guadeloupéenne, que diable fait-elle dans cette pièce congolaise ? Quant à Mohamed Kacimi, il est africain géographiquement parlant, mais côté couleur l’homme est pâlot. Un uniformaliste le lui fera-t-il remarquer ? J’arrête là ma libre expression, ma tension artérielle ne supporterait pas une ligne supplémentaire !

* chapeau peulh


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