Marine Bachelot Nguyen, l’esprit de Sony Labou Tansi bien vivant

Marine Bachelot Nguyen, l’esprit de Sony Labou Tansi bien vivant

1er octobre 2019 - par Arnaud Galy 
Marine Bachelot Nguyen - © Arnaud Galy - Agora francophone
Marine Bachelot Nguyen
© Arnaud Galy - Agora francophone

Le prix Sony Labou Tansi n’est pas une récompense plan-plan. Derrière lui se cachent des lycéens de par le monde qui ont lu, discuté, étudié 5 pièces* de théâtre avant de lâcher leur verdict. Sans parler de la remise du prix, ici, aux Zébrures d’Automne. Devant une salle agitée du plaisir « d’en être », une troupe d’adolescents joue devant l’auteur de l’année un extrait ou l’intégralité de sa pièce. Énergique émotion pour les uns comme pour l’autre. Cette année, c’est à Marine Bachelot Nguyen d’être submergée par cette jeune vague. Marine, pour Le fils est récompensée par le prix Sony Labou Tansi. Applaudissements messieurs dames !

Marine Bachelot Nguyen a su toucher le cœur et le cerveau de cette jeunesse qui lit ! Car il existe une jeunesse qui lit. Si, si... Le sujet qu’elle aborde, avec Le fils, est pourtant coupant un rasoir, clivant comme on dit : Maman est une catholique militante avec des idées sur la société très arrêtées, assez peu progressistes – euphémisme – et voilà que son fils se découvre homosexuel. En pleine manif « un papa, une maman » les questionnements violents, culpabilisants et destructeurs, les non-dits mortifères, les séances de tête dans le sable façon autruche et les absurdes hypocrisies fracassent la famille qui est pourtant constituée « d’un papa, une maman ».

Preuve que 1200 lycéens en France, au Vietnam, en Algérie ou au Gabon (...) ont su dépasser les rigidités en place pour aller dans le sens de l’Histoire. Seraient-ils moins frileux que le milieu théâtral qui, il n’y a pas si longtemps, réserva un accueil mesuré à une pièce écrite par Marine ayant pour thème la naissance du mouvement militant LGBT au Vietnam. Peu de théâtres ont osé la proposer à leur public. Les LGBT + le Vietnam = trop de minorités = danger. Son travail était pourtant réalisé dans le cadre d’une bourse de l’Institut français de Hanoï qui lui permit de rencontrer des activistes qui lui firent partager leur expérience. C’était en 2012, époque de la première « marche des fiertés » au Vietnam, deux ans plus tard, 25 villes vietnamiennes organisaient des événements pro-LGBT. Porter la plume dans plaie, pour reprendre Albert Londres, n’est pas toujours payant. Le milieu théâtral compterait-il, contre vents et marées, en son sein des jusqu’au-boutistes sexistes, racistes ou ayant mal à la tête face aux questions de genre ? Qui sait ?

Il faut dire que Marine ne rechigne pas à aborder les sujets qui fâchent. Enfin, qui en fâchent certains. Autrice militante, elle construit son œuvre autour de thématiques qui ne laissent pas indifférentes, voire même qui hérissent le poil comme le féminisme et la décolonisation des arts*. Une œuvre qu’elle construit depuis sa Bretagne natale, entourée d’un collectif d’artistes soudés par une franche amitié et d’institutions qui lui renouvellent régulièrement leur confiance. Parions que le prix Sony Labou Tansi ne fera que les conforter dans ce soutien. Elle qui participe à des projets tels que Ciel à Bamako/Ciel à Ouaga ne peut qu’être émue de recevoir ce prix à la saveur engagée.

*Chaque année les éditeurs proposent leurs pièces aux organisateurs du prix Sony Labou Tansi, 12 sont présélectionnées, puis 5 sont présentées aux lycéens.
*Les ombres et les lèvres - Edition Lansman
*Marine Bachelot Nguyen a participé à « Décolonisons les arts ». Édition l’Arche.


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