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Téléporter Molière au cœur des travers et des intégrismes d’aujourd’hui ! Acte I

Téléporter Molière au cœur des travers et des intégrismes d’aujourd’hui ! Acte I

6 mars 2019 - par Arnaud Galy 
Dans les couloirs du château de Brunow - © Arnaud Galy - Agora francophone
Dans les couloirs du château de Brunow
© Arnaud Galy - Agora francophone

Molière en son temps n’avait pas son pareil pour piquer les fesses des malotrus, épaissir les traits des tordus et embarquer son public dans un tourbillon tantôt farce tantôt comedia dell arte. Comment réécrire sans tomber à plat ni se gargariser de vaine prétention ? En se décalant du maître, en le respectant sans l’aduler, en s’inspirant sans copier. Tentative d’explication avec quatre auteurs qui hantent les couloirs du château de Brunów.

Rebecca Vaissermann
© Arnaud Galy - Agora francophone (remerciement à Lucas Bolea - 10 sur 10)

Rebecca Vaissermann a pris d’assaut le Bourgeois gentilhomme en prenant bien garde de le délester de son image pesante d’œuvre scolaire par excellence. Le Monsieur Jourdain de Rebecca ne va plus simplement promener ses beaux habits en ville ni dominer son monde en se croyant Mamamouchi, il est un Golden boy qui sacrifierait sa part d’humanité pour posséder une Rolex ou quelque chose d’approchant. La réussite par l’argent n’a pas d’époque, l’être et le paraître non plus. La Comédie ballet de Molière ne sera jamais très loin puisque Rebecca laissera de longs moments de liberté afin que les jeunes acteurs puissent apporter leur touche musicale ou chantée. Les deux limites que la jeune auteure s’impose sont de ne pas trop simplifier le vocabulaire sous prétexte que les lecteurs-acteurs seront des adolescents et aussi de trouver un équilibre entre la place laissée à Molière et celle occupée par ses propres envies créatrices.

Guillaume Corbeil lui est québécois. Son origine nord-américaine lui offre davantage de libertés par rapport à la figure quasi asphyxiante que peut exercer Molière sur les auteurs ou les jeunes français. Il apparaît bien plus décomplexé pour réécrire l’Avare. Décomplexé comme l’est, aussi, un certain Donald Trump qui endosse le rôle de l’Avare nouvelle formule. Guillaume ne fait pas dans la dentelle au fuseau. Il tranche dans le vif. Son Avare est l’emblème du capitalisme sauvage, il vit dans une époque post-apocalyptique où le ciel est mauve orange sous l’effet de la pollution. Pourtant, contre vents et marées, cet Avare continue de ramasser tout ce qui peut l’être sans laisser le moindre espoir aux plus faibles comme à son clan. Tout, il veut tout ! Proche du « grand-guignol » la pièce de Guillaume se termine mal, l’atmosphère est macabre, voire sanglante. Personne ne pourra reprocher au Québécois de ne pas nous avoir prévenus que le 1 % des esclavagistes qui monopolisent 80 % des richesses mondiales mènent les sociétés à la catastrophe ! Les Avares du 21e siècle auront la place centrale dans le monde, il apparaissait alors impossible à Guillaume de ne mettre en scène qu’un vieil homme cachant des sous dans son jardin !


Guillaume Corbeil

Kouam Tawa voit Molière comme le feu autour duquel la petite communauté 10 sur 10 se réchauffe. Le bois qui alimente son feu personnel est Dom Juan, la pièce qu’il pense moins connue que son personnage principal. Tellement méconnu qu’il souligne fermement à quel point les lecteurs ont oublié que Dom Juan n’est pas seulement le volage dragueur incrusté dans l’imagerie populaire, il est aussi un mari ! Il se marie, se remarie... il est donc du genre polygame. C’est là que Kouam trouve son inspiration. Cette relation inattendue entre la société molièrienne et l’aujourd’hui du Cameroun lui sert de support à sa palabre. Il a choisi de palabrer et non de reproduire un style théâtral occidental, car il ne cesse de s’interroger sur le devenir du théâtre africain dépouillé des influences classiques et occidentales. Animiste, Kouam aime à penser que les méfaits ou les erreurs des humains se payent un jour ou l’autre, ici et maintenant sur terre et comme il a bien conscience d’écrire pour la jeunesse, il a chevillé au corps l’idée que Molière a un rôle à jouer dans l’éducation ou l’émancipation des futurs adultes camerounais.


Kouam Tawa

Laurent Van Wetter, Bruxellois pur sucre, s’attache à actualiser les Femmes savantes. De son propre aveu il n’a pas d’affinités particulières avec Molière. Il a même écrit sa candidature à la résidence sans indiquer la ou les pièces qu’il souhaitait chambouler. Les Femmes savantes lui sont tombées sur le coin du nez sans crier gare. Son esprit perché et taquin s’en donne à cœur joie. Les Femmes de sa réécriture sont très 21e siècle. Elles se passionnent pour le réchauffement climatique, le véganisme et le bouddhisme. Rien que cela. Laurent refuse de faire de l’à-peu-près Molière. À l’instar de ses acolytes québécois, il s’autorise quelques belgismes débridés, histoire de conforter la farce. Car le mot est lâché. Farce. Laurent dit prendre un grand plaisir à écrire, l’amusement de l’auteur induira-t-il l’amusement des futurs jeunes lecteurs et comédiens. Le pari est pris ! La côte est basse, très basse. Le risque de se tromper est quasi nul. Même Trissotin pourrait jouer...


Laurent van Wetter

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