EDITORIAL

EDITORIAL

Diantre, qu’ont-ils fait de Mon Molière ?

16 février 2021 - par Arnaud Galy 

Ces derniers jours les réseaux sociaux ont connu une épidermique et violente polémique dont le mot clef était Molière. Si, si, je vous assure #Molière ! Preuve qu’on peut s’énerver et invectiver l’inconnu d’en face absolument pour tout. Molière. Non, mais. L’homme de Pézenas ne nous met-il pas tous d’accord ? Qui a déjà exprimé haut et fort que ce trublion était un médiocre scribouillard ? Chacun a le droit de ne pas le porter au pinacle pour des raisons qui lui sont propres, mais voit-on des adversaires à Molière, des aigris portés sur la démolièrisation de la société ? Que nenni. Alors, pourquoi s’emporter ? Il y a-t-il un plaisir à s’inventer des ennemis ?

En tant que lecteur d’Agora francophone, vous savez que nous suivons avec attention les travaux de l’organisation polonaise 10 sur 10 qui consacre son énergie débordante à faciliter l’apprentissage du français aux jeunes du monde entier en les amenant à pratiquer « la langue de Molière » par l’intermédiaire du théâtre. Jusque là, rien de mal à déclarer. Enfin, il me semble...

Oui, mais voilà, voilà que, parrainés par la Comédie française et RFI (excusez du peu !), ces inconscients ont eu l’indécence, que dis-je la stupidité la plus provocante de « toucher » à la statue du commandeur, au totem, à celui avec qui on ne rigole pas... j’ai nommé Molière ! Venus du Québec, du Cameroun, de Guinée, de Guyane, de Suisse, de Belgique et de France métropolitaine des auteurs de théâtre reçurent la mission de « réécrire » des pièces du Grand maître avec leurs propres mots, leur culture et la vision qu’ils ont de l’œuvre du « papa » des Fourberies de Scapin. Objectif : inviter des jeunes polonais, brésiliens, sénégalais ou roumains (entre autres !) à monter des pièces courtes, avec leurs professeurs de français et contribuer à leur donner envie de plonger dans les textes originels.

Mais que diable ces Polonais allaient-ils faire dans cette galère ? Comme il est croustillant de constater à quel point les Molièriens intégristes sont dépourvus d’humour, de recul et même de politesse. La haine, l’insulte, le jugement instantané, l’absence de quête d’information... en un mot, le fait de blatérer comme un chameau contre des écrits que l’on n’a pas lus et dont on a refusé de comprendre le contexte, voilà ce qui a animé la communauté des défenseurs de la pureté intemporelle de Molière. Des plateaux de télévision et des médias écrits, que l’on qualifiera gentiment de conservateurs un brin réactionnaires, ont relayé l’épouvantable initiative venue de la sauvage et irrespectueuse Pologne. D’autres ont tenté de rectifier le tir en abaissant une température qui flirtait avec le suffocant. Comme beaucoup d’entre-nous, je n’ai pas eu le plaisir ni l’honneur de rencontrer le Sieur Jean-Baptiste, mais il m’est avis qu’il aurait trouvé en ses défenseurs de 2021 de biens belles figures à exploiter dans ses pièces.

Au fait si quelqu’un peut m’expliquer en quoi les auteurs de 10 sur 10 ont « touché » à Molière, je lirai leur argumentation avec grande attention.

D’ici là, le soufflet sera retombé. Les auteurs, acteurs, professeurs et élèves se seront remis au travail et la langue française n’en sera que plus dynamique et séductrice.