francophonie, OIF, Francophonie, Organisation Internationale de la Francophonie, langue française, diplomatie culturelle, littérature, théâtre, festival, diversité culturelle, les francophonies

MENU
EDITORIAL

EDITORIAL

Quel avenir pour l’Ukraine ?

19 août 2025 - par Zenon Kowal 
 - © Alex Brandon - AP
© Alex Brandon - AP

Jamais sans doute un tel aréopage de personnalités européennes ne s’est déplacé à la Maison Blanche pour rencontrer un Président des Etats-Unis. Il faut dire que l’événement était de première importance puisque le Président Trump venait de rencontrer le Président Poutine en Alaska, déroulant un tapis rouge et tous les honneurs à une personne sous le coup d’un mandat de la Cour Pénale Internationale depuis le 17 mars 2023.
Il n’est pas un secret que le Président Trump convoite le Prix Nobel de la Paix et qu’il souhaite mettre fin à cette guerre atroce qui a commencé en 2014 par l’annexion de la Crimée et l’incursion de la Russie dans la région du Donbass… incursion qui s’est ensuite développée en une guerre totale le 24 février 2022…pudiquement appelée « opération spéciale » par la Russie…une opération qui en trois ans a déjà causé 80 fois plus de victimes russes que la guerre soviétique en Afghanistan qui, elle, a duré 10 ans…

Cette rencontre entre les deux Présidents suscitait les plus grandes craintes puisqu’ils allaient discuter de l’Ukraine et peut-être s’engager sur certaines prises de position sans que celle-ci n’ait voix au chapitre. N’oublions pas que ces deux Présidents proviennent d’univers totalement différents…l’un étant un homme d’affaires habitué à conclure (rapidement de préférence), l’autre provenant du tristement célèbre KGB pour lequel la fin justifie tous les moyens.

Le Président Trump a téléphoné au Président Zelensky et à ses partenaires européens après sa rencontre avec le Président Poutine, les invitant à se rendre à Washington pour deux rencontres. La première avec le Président Zelensky et ensuite avec les autres collègues européens : Emmanuel Macron (France), Keir Starmer (Royaume-Uni), Friedrich Merz (Allemagne), Giorgia Meloni (Italie), Alexander Stubb (Finlande), Ursula von der Leyen (UE) et Mark Rutte (OTAN).

Le corollaire du principe « rien sur l’Ukraine sans l’Ukraine » est « rien sur l’Europe sans l’Europe ». Nous savons que les Etats-Unis sont plus intéressés aujourd’hui par la zone Pacifique que par la zone Atlantique. Donc, si un plan de paix parvient à être négocié, l’Europe aura un rôle primordial à jouer pour en assurer les garanties, même si les Etats-Unis resteront en appui, en dernière instance.
L’étape suivante devrait être une rencontre entre les Présidents Poutine et Zelensky, suivie d’une rencontre à trois avec le Président Trump.

La rencontre entre les Présidents russe et ukrainien devrait porter notamment sur la question des territoires or nous savons que leurs positions de départ sont inconciliables. La Russie exige en effet que l’Ukraine « reconnaisse » l’annexion de la Crimée et de quatre autres oblasts (provinces) dont trois ne sont que partiellement occupées par l’armée russe. L’Ukraine ne peut reconnaître aucune cession de territoire et ne va certainement pas céder des parties d’oblasts qu’elle défend au prix de son sang et qui sont toujours en sa possession. Selon le Président ukrainien, le point de départ des négociations devrait correspondre à la ligne de front actuelle. On comprend donc le besoin pour l’Ukraine de la défendre avec âpreté et les narratifs russes sur une percée dans le Donbass…où ils n’ont pratiquement pas avancé depuis 12 ans. On se souviendra du nombre de fois où l’on a annoncé la chute imminente de la ville de Pokrovsk…qui est toujours aux mains de l’armée ukrainienne…

L’Ukraine, sa capacité à se défendre et à résister, au-delà d’un courage incroyable, dépend du soutien de ses alliés. Mais la Russie, avec une armée qui est considérée comme la deuxième armée la plus puissante au monde, ne parvient pas à avancer de façon décisive. Elle doit faire appel au soutien de la Corée du Nord, de l’Iran et de façon voilée à la Chine. Les sanctions européennes/américaines et leur impact cumulatif ont donc un effet, même si elles sont en partie contournées.

Le Président Zelensky est prêt à rencontrer le Président Poutine…mais est-ce réciproque ? Et sinon, le Président Trump dispose-t-il de moyens de persuasion suffisants pour amener ce dernier à la table de négociations ?

Y aura-t-il un quatrième tour de négociations avec les représentants européens, comme le souhaite le Président Macron ? Il est trop tôt pour en parler maintenant et il reste à espérer que l’absence de toute critique de la Russie par le Président Trump n’est qu’une manière diplomatique pour amener le Président Poutine à négocier…mais il est également permis d’en douter, jusqu’à preuve du contraire.
En tout cas, un mérite doit être reconnu au Président Trump, celui d’avoir fait bouger les choses…au prix de permettre à la Russie de retrouver son rêve de grandeur, alors qu’elle se comporte comme un paria…seul l’avenir…peut-être proche, le dira.

Partagez cette page sur votre réseau :